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Acclamé ou honni le protocole de Kyoto entre en vigueur

17 février 2005, 20:00

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Contrainte insupportable pour Washington et Canberra, sauveur potentiel de la planète pour d?autres, le protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre est officiellement entré en vigueur mercredi matin. Avec plusieurs années de retard, ce texte qui lie 141 pays est entré en vigueur à minuit heure de New York (05h00 GMT), accompagné de festivités organisées, notamment, dans la ville japonaise où il a vu le jour en 1997.

Ce document s?inspire d?un plan lancé en 1992 au Sommet de la Terre de Rio, qui prévoyait à l?horizon 2000 la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre à leur niveau de 1990. Cet objectif n?a pas été atteint. Défaut majeur, pour certains, du protocole de Kyoto, il n?inclut pas, au moins jusqu?en 2012, des pays en voie de développement tels que l?Inde, la Chine et le Brésil, qui abritent pourtant plus d?un tiers de la population mondiale.

?C?est un grand pas en avant dans notre lutte contre ce qui constitue l?un des plus grands défis du 21e siècle: le changement climatique?, a déclaré le secrétaire général de l?Onu, Kofi Annan, à Kyoto. ?Le changement climatique est un problème mondial. Il exige une réaction mondiale, et concertée?, a-t-il ajouté. ?J?appelle la communauté internationale à faire preuve d?audace, à adhérer au protocole de Kyoto, et à se hâter de prendre les mesures nécessaires. Il n?y a pas de temps à perdre !?

Le pacte vise à ralentir la hausse des températures que beaucoup d?experts imputent aux émissions de gaz à effet de serre, qui pourrait provoquer une recrudescence des ouragans, des inondations et des sécheresses, et entraîner l?extinction de milliers d?espèces animales et végétales d?ici 2100.

<B>Le pollueur numéro un hors protocole</B>

Le niveau des mers pourrait également s?élever, menaçant les zones situées à très faible altitude, les villes côtières et les nappes phréatiques. Aux termes de ce texte, les pays développés doivent réduire d?ici 2008-2012 de 5,2% par rapport à leur niveau de 1990 leurs émissions de gaz à effet de serre. ?Kyoto fournit une base très solide pour notre politique en matière de changement climatique?, se félicite Klaus Toepfer, chef du Programme des Nations unies pour l?environnement, qui y voit une première étape dans la lutte contre des modifications du climat potentiellement catastrophiques.

?Le réchauffement climatique est déjà à l?oeuvre (...) Nous savons que Kyoto est seulement un premier pas?, a déclaré le commissaire européen à l?Environnement Stavros Dimas, en relevant que l?élévation des températures tuait déjà, selon l?Organisation mondiale de la santé (OMS), 150.000 personnes par an.

Mais Kyoto a été affaibli en 2001 par le retrait des Etats-Unis, le premier pollueur mondial, source de près du quart des émissions humaines de dioxide de carbone. L?Australie a également refusé de ratifier le protocole de Kyoto, suscitant la colère de groupes écologistes qui ont, lors d?une manifestation à Sydney, fait fondre des sculptures de glace représentant des kangourous et des koalas. Le président américain George Bush a estimé que Kyoto était trop coûteux pour l?industrie et qu?il avait tort d?exempter dans un premier temps - jusqu?en 2012 - les pays en voie de développement.

La Maison blanche a dit mercredi vouloir combattre le réchauffement climatique par des innovations technologiques, dont certaines doivent encore être mises au point. ?Sur les trois dernières années de l?administration Bush, les Etats-Unis ont consacré plus de ressources à la question du changement climatique que n?importe quel autre pays et que la plupart des pays du monde réunis?, a encore affirmé James Connaughton, président du Conseil pour la qualité de l?environnement, rattaché à la Maison blanche.

Les défenseurs du pacte estiment que les pays riches sont la principale cause de l?accroissement de 0,6 degrés Celsius des températures mondiales depuis la révolution industrielle, et qu?ils doivent donc prendre l?initiative en réduisant leur recours aux combustibles fossiles et en favorisant des énergies propres, notamment solaire et éolienne.

Certains redoutent également que les grands pays en voie de développement - Chine et Inde en tête - soient peu susceptibles d?y adhérer en 2012 si les Etats-Unis ne le font pas. Bush a déclaré que de nouvelles recherches étaient nécessaires, jugeant les prédictions sur le changement climatique insuffisamment étayées.

<B>Des signataires mauvais élèves </B>

Les Etats-Unis ont beau être montrés du doigt, de nombreux signataires du pacte ? pour qui il acquiert mercredi valeur contraignante ? sont eux-mêmes bien au-dessus des niveaux d?émissions de 1990. L?Espagne et le Portugal étaient ainsi en 2002 à 40,5% au-dessus du niveau des émissions de 1990, l?Irlande à 28,9% et la Grèce à 26%, selon les chiffres de l?Onu. Par comparaison, l?Australie se situe à 22,2% au-dessus des niveaux de 1990, et les Etats-Unis à 13,1%.

Même s?il est scrupuleusement appliqué, le protocole ne réduira la hausse prévue des températures d?ici 2100 que de 0,1 degrés Celsius, selon les projections de l?Onu, soit peu de chose par rapport à un accroissement des températures d?ici 2100 que l?Onu évalue à entre 1,4 et 5,8 degrés Celsius. Dans les pires scénarios, les zones côtières du monde entier seraient menacées, et des villes telles que Londres, Shanghai, Bombay et New York inondées.

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