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Abus sexuels :Comment protéger nos petits

17 juin 2006, 20:00

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Horrible, inadmissible… Difficile de trouver les mots justes pour décrire le sort de la petite Anne Jennia Arekion. Elle n’avait que quatre ans et subissait des sévices sexuels depuis plus d’un mois. Force est de constater que la série noire continue et que les délits sont de plus en plus sordides.

On se souvient du cas de la petite Cheyenne qui subissait régulièrement des sévices de son oncle chez qui elle habitait. On n’a découvert son calvaire que quand elle a eu six ans. On n’oublie pas non plus le cas de cette fillette âgée de dix ans tombée enceinte après avoir été violée par son père. Les exemples se suivent les uns plus choquants que les autres.

On s’interroge. Comment se fait-il que l’entourage ne se rende pas compte de ce qui se passe, est-ce que le comportement de l’enfant ne laisse pas entrevoir des troubles ?

<B>Savoir dire non et dénoncer</B>

Ce n’est pas si simple. Comme l’explique la psychothérapeute et Rape Crisis Counsellor Jaya Balgobin (photo), on peut être attentif à certains signes, mais ces mêmes signes peuvent traduire d’autres déséquilibres d’ordre psychologique.

Si l’on ne doit pas être paranoïaque, il faut tout de même être vigilant car « filles ou garçons – ils sont tous des victimes potentielles et l’abuseur peut être un parent, un membre de la famille, un voisin, un prof, un moniteur, un étranger, etc. » souligne Jaya Balgobin.

Pour Raj Mootoosamy de l’association Victim Support « un crime de plus est un crime de trop ». Pour que cesse cette vague de délits inqualifiable, tout le monde a un rôle à jouer. Raj Mootoosamy considère que « la population dans son ensemble est responsable de ce résultat pressenti ». Les premiers à avoir à jouer un rôle pour arrêter cette descente aux enfers sont les parents.

Pour Monique Dinan « les parents doivent apprendre à protéger leurs enfants. ». Cette protection ne se limite pas qu’à une surveillance constante. Cela va bien au-delà. Une protection signifie également informer les enfants sur une sexualité saine, savoir comment se protéger, savoir dire non et dénoncer. « L’enfant doit être mis en garde », comme nous l’indique Monique Dinan.

Là encore c’est plus facile à dire qu’à faire. Les choses se corsent quand l’enfant victime d’abus est amadoué par le prédateur. Il finit par se sentir coupable, ne sachan pas qu’en fait il est la victime.

<I>« Filles ou garçons – ils sont tous des victimes potentielles et l’abuseur peut être un parent, un membre de la famille, un voisin, un prof, un moniteur, un étranger, etc. »</I>

Il doit pouvoir discerner ce qui est permis de ce qui ne l’est pas, savoir dénoncer et surtout savoir que tous les adultes n’ont pas tous les droits sur eux… même les plus proches. Les parents doivent, quant à eux, se responsabiliser et chercher à connaître la bonne attitude à adopter.

Par exemple, un enfant ne devrait pas être obligé de faire la bise à un adulte s’il n’en a pas envie. Et encore moins que l’adulte lui fasse du chantage en lui promettant des sucreries en échange d’un câlin.

Il faut donc miser sur l’éducation mais pas seulement sur elle. Les pa-rents ou l’entourage le plus proche doivent apprendre à reconnaître les signes que l’enfant est passé par des moments traumatisants.

Tout changement dans son comportement doit interpeller. La psychothérapeute Jaya Balgobin nous met sur quelques pistes dans ce dossier.

<B>Quelles sont les mesures préventives pour éviter le pire ?</B>

■ Il faut prendre conscience que cela n’arrive pas qu’aux autres. N’importe quel enfant peut être une victime potentielle et, dans la plupart des cas, le prédateur sexuel évolue dans l’entourage de l’enfant. Un enfant n’est jamais préparé pour pouvoir gérer cet abus, même s’il a deux ou trois ans et ne comprend absolument pas ce qui se passe, il ne pourra pas gérer cette stimulation sexuelle malsaine.

■ Mettre en garde l’enfant des abus et ne pas se dire qu’on va le traumatiser. L’enfant parlera plus facilement à une personne en qui il aura confiance. Il faut donc le rassurer et lui faire comprendre qu’il peut tout vous raconter, sans craindre d’être grondé ou critiqué. Gagner sa confiance reste un des facteurs déterminants pour que l’enfant se sente en sécurité pour parler des incidents qui le perturbent.

■ Employer un langage simple, faire comprendre à l’enfant que son corps lui appartient et que si quelqu’un manipule/touche ses parties intimes sous prétexte que ce n’est qu’un jeu/un petit « secret entre nous », il doit dire non fermement. On peut lui expliquer que s’il sent qu’on lui a fait faire certains actes qui lui semblent étranges, il peut en parler et qu’il ne sera jamais à blâmer.

Par exemple, pour rendre cela plus concret, on peut expliquer aux petits enfants que si parfois les médecins ont besoin d’examiner leurs parties intimes, il y aura toujours (maman/papa) qui sera présent, comme ça, il comprend de quoi on parle !

■ Expliquer aux enfants que bien qu’il existe des règles établies par des adultes qu’il doit suivre, il y a quand même certaines exceptions. On peut lui dire que dans certains cas, les adultes n’ont pas toujours raison et que si l’enfant a des doutes, il peut venir vers vous et qu’on le prendra au sérieux.

■ Répéter ces messages pour que l’enfant arrive à les saisir. Et puis, il faut aussi interroger son enfant – s’intéresser à ce qu’il a fait à l’école, pendant ses heures d’activités, quand il est chez des proches, etc.

<B>Enfant abusé,quel soutienlui donner ?</B>

Avant tout, on est obligé de protéger l’enfant et de s’assurer qu’il ne se retrouve pas dans un environnement où il est toujours en proie aux abus sexuels. Dans bien des cas, les enfants demandent à ceux à qui ils se confient – parents, psys, autres membres de la famille, etc. – de garder cette révélation secrète. Mais on doit en parler. D’ailleurs dans beaucoup de pays, les professionnels qui travaillent avec des enfants, profs, pédiatres, psys, entraîneurs, etc. sont dans l’obligation légale de révéler toute suspicion. L’enfant qui prend conscience de ce qui lui est arrivé peut éprouver des sentiments de culpabilité, de honte et d’humiliation. Cela peut s’avérer beaucoup plus intense si la révélation entraîne une séparation ou une rupture familiale.

Il faut porter plainte directement aux autorités et mieux vaut ne pas prévenir l’abuseur quand ce dernier est un membre de la famille. L’erreur capitale, c’est de se dire que c’est une affaire de famille qu’on va régler en silence. Un accompagnement psychologique est indispensable et malheureusement à Maurice, nous n’avons pas de psychologues spécialisés en abus sexuels pour les enfants ni de pédopsychiatres. N’empêche qu’un suivi thérapeutique auprès des professionnels, thérapeutes et psychologues, etc. est important. En termes de soutien, c’est aussi important de bien faire ressortir que l’enfant n’est jamais à blâmer, qu’il a été victime d’un crime et qu’il n’est pas le seul à qui cela arrive.

<B>À lire</B>

■ Apprends à dire non est un petit livre de Marcèle Lamarche et de Pol Danheux destiné aux enfants. Il est composé de plusieurs petites histoires, qui présentent des scénarios dans lesquels l’enfant pourrait se retrouver en danger.

Point intéressant, avant de connaître le dénouement, l’enfant est mis devant plusieurs options sur l’attitude à adopter. C’est en quelque sorte un moyen ludique d’informer son enfant et de passer un moment agréable en famille car les activités peuvent être considérées comme des jeux. Disponible à la librairie Le Cygne, à Rose-Hill,

■ Te Laisse pas Faire ! est destiné aux parents qui ont des doutes sur la manière de s’y prendre pour discuter d’abus sexuels avec leur enfant. La sexologue et pédagogue Jocelyne Robert donne une explication claire et simple sur l’abus sexuel. Cet ouvrage invite les parents à accompagner pédagogiquement leurs enfants en les aidant à reconnaître des situations ambiguës qui sont à éviter. On peut, par exemple, aborder ce sujet épineux à travers des activités comme des chants ou encore des simulations de situation. L’ouvrage est disponible à la librairie Le Cygne.

■ Parlez-leur d’amour… et de sexualité, écrit par la sexologue et pédagogue Jocelyne Robert, offre un autre guide aux parents sur la manière d’aborder la sexualité avec leurs enfants. Elle met ici l’accent sur la beauté de la sexualité. L’amour et la sexualité sont complémentaires. Les deux ne doivent pas être considérés comme étant deux entités. Disponible chez Bookcourt, Trianon.

<B>La marche à suivre en cas de soupçons</B>

Vous avez un doute ? Vous avez l’impression que votre enfant est abusé ? Gardez votre calme, parlez à votre enfant, essayez de voir ce qui le préoccupe, encouragez-le à se confier. Soyez attentif à ce qu’il vous raconte, il va peut-être vous confier des choses de manière indirecte comme « mon ami m’a raconté que… ». S’il vous dévoile un abus, signalez-le au poste de police situé dans la région où le délit a été commis. Les officiers de police se chargeront à partir de là d’indiquer à la victime ainsi qu’à la famille les démarches à suivre. La victime, accompagnée d’officiers de police, aura à se rendre à l’hôpital le plus proche où elle donnera une autre déclaration. Celle-ci se fait en présence d’un Child Welfare Officer qui a été averti sur une hot line par un agent de police. La victime est examinée le plus vite possible par un médecin afin de déceler toute preuve d’abus, examen médical qui est effectué par un Police Medical Officer.

Des soins médicaux d’urgence sont également prodigués dans des cas où l’enfant en aurait besoin. Le tout se fait dans une salle qui a été aménagée spécialement dans les hôpitaux pour des mineurs victimes d’abus. Quand toutes les procédures ont été suivies, l’enfant repart chez lui. En cas d’inceste, il est référé à un centre pour enfants. Une enquête policière s’ensuit afin de découvrir le coupable de l’acte d’abus.

Il faut savoir que durant toutes ces démarches l’enfant doit être accompagné de sa mère. Un soutien psychologique est également dispensé tout au long de ces différentes étapes et également lorsque l’enfant à réintégré son domicile. La victime a d’autres options. Elle peut se rendre à Victim Support qui reste à la disposition de toute victime. Cette organisation est en mesure de fournir une aide psychologique, émotionnelle et légale, à l’enfant et à sa famille. Elle saura vous conseiller sur les démarches à suivre ou vous référera directement aux autorités concernées. Tél. : 670.48.15. L’association Pédostop vient plus précisément en aide aux enfants victimes d’abus sexuels.

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