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Absentéisme au collège : échec d?une stratégie

10 mai 2008, 20:00

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L?absentéisme à l?école, surtout au collège, se porte bien, mer-ci ! Comme chaque année, au fur et à mesure que le troisième trimestre montre le bout de son nez, les étudiants de Form V et VI déserteront les salles de classes, prétextant de réviser chez eux. À l?appel du matin dans les classes, les registres de présence marqués au rouge relèveront les absences chroniques, mais elles seront classées sans suite.

L?affaire aurait pu en rester là, n?était-ce l?exaspération des bailleurs de fond. En effet, la lutte contre l?absentéisme demeure un critère d?évaluation de l?Union européenne et au bout du compte, celle-ci pourrait bien refuser de verser au ministère de l?Éducation une aide liée à cet indicateur de performance.

Dans les milieux de l?enseignement secondaire, on regrette le manque de stratégie claire en la matière, si ce n?est les éternels effets d?annonce ministériels et autres comités techniques aux résultats peu probants. Mercredi, la Fédération des managers des collèges privés rencontre le ministre de l?Édu-cation en espérant que les retombées de cette réunion seront positives et traceront une trajectoire efficace, entre autres, dans la lutte contre l?absentéisme scolaire.

Des mesures énergiques demandées

Dans la foulée, on se résout à reconnaître que les leçons particulières se-raient le principal facteur derrière le manque d?assiduité scolaire. C?est ce que confirme une ancienne étudiante d?une Star School. « Au troisième trimestre, à quelques semaines des examens, les enseignants changent les horaires des leçons et les donnent pendant la journée. Alors, vous voyez bien que les élèves sont obligés d?être présents aux leçons particulières et non en salle de classe », témoigne notre interlocutrice, sous couvert de l?anonymat.

« Comme auparavant, cette année encore les enseignants donneront les leçons particulières en pleine journée », pronostique-t-elle. Notre interlocutrice, qui a terminé le HSC l?année dernière, admet avoir beaucoup misé sur ces fameuses leçons. « À l?école, on avait l?impression d?avoir 45 minutes d?enseignement moral pour chaque cours. En fin de compte, je préférais les leçons », ajoute-t-elle.

Selon les indications, le total des absences donnerait une moyenne de 80 % au troisième trimestre. Les responsables d?école admettent que le problème serait « grave », et qu?il demande des mesures énergiques.

À l?instar du collège Saint-Esprit où, pour encourager les étudiants à être présents jusqu?aux débuts d?examens, un programme d?activités à été introduit. « À la fin du deuxième trimestre on a des full dress rehearsal exams. Puis, au troisième trimestre, nous avons un programme de révision, des réunions avec les parents d?élèves et des circulaires pour les responsabiliser. Il faut aussi dire que la messe de fin d?année scolaire demeure un tournant dans la vie du collège, et nous encourageons les étudiants à y participer », déclare Jacques Maillié, le recteur du collège.

Et on estime avec raison que l?absentéisme ne touche pas directement les collèges d?élite. Ce sont les étudiants issus des milieux défavorisés et des collèges privés qui sont les plus affectés. Contraire-ment à « l?élite » qui dispose d?une méthode de travail, d?un système parallèle de lecons particulières, les plus « lents » dont les performances sont moyennes paient le prix fort, avec à la clef, des risques d?échec scolaire.

« Ces enfants demandent plus d?attention. C?est pourquoi nous avons réclamé des amendements à l?Education Act pour obliger les élèves à avoir une présence obligatoire. Nous avons à c?ur l?intérêt des enfants moins brillants et quand ils sont présents au troisième trimestre, leurs résultats sont meilleurs », déclare Harris Bacchwa, porte-parole de la Fédération des managers des collèges privés.

Un frein aux leçons particulières

Au nombre des mesures immédiatement applicables à court terme, on a longtemps évoqué le compulsory attendance. Mais à en croire les responsables des collèges, cela ne suffit pas. « C?est joli de dire qu?il faut du compulsory attendance, mais que fait-on si les étudiants ne se présentent pas à l?école. Je n?ai pas le pouvoir de sanctionner. Or, pour être efficace dans la lutte contre l?absentéisme, il faut disposer de ce pouvoir », soutient Mitranee Khusiram, rectrice du Collège Royal de Port-Louis.

Couplée à cela, on préconise l?extension de la formule de présence obligatoire imposée aux étudiants boursiers-lauréats à tous les étudiants de Form VI. « Afin d?être éligibles à la compétition pour être lauréat, les étudiants concernés n?ont droit qu?à neuf jours d?absence. Cela est certifié individuellement par les recteurs. Étendre cette politique à tous les étudiants indistinctement ? ceux qui aspirent à être lauréats comme ceux qui ambitionnent seulement de prendre part au HSC ? serait certainement un pas dans la bonne direction », avance, quant à lui, Lucien Finette, directeur du Mauritius Examinations Syndicate (MES).

Sur le long terme, dans le milieu de l?Éducation secondaire, on avance qu?il faut mettre un frein au phénomène de leçons particulières. Aussi longtemps qu?on a cet état d?esprit qui veut que l?apprentissage se fait en dehors de l?école, on sera confronté à l?absentéisme et au problème de l?indiscipline dans les écoles, avance un pédagogue. Il faut donc trouver des moyens de mettre un terme à ce « système parallèle à l?école que sont les leçons particulières ».

« Se sentir bien dans sa classe »

Ce qui amène le Dr Vassen Naeck, conférencier au Mauritius Institute of Education (MIE), à se demander pourquoi les cours au collège se terminent à 14 heures, et à déplorer l?ampleur des leçons particulières. « L?école doit être un pôle d?attraction qui valorise l?estime de soi et l?adolescence, au lieu d?être un système de bachotage dirigé vers un cursus pour réussir un examen. Il faut reconsidérer les techniques, les méthodes pédagogiques, et le fonctionnement de l?école. L?étudiant doit se sentir bien dans sa classe et non pas hors de la classe », estime Vassen Naeck. C?est à ce prix que l?absentéisme scolaire sera vaincu.

Avec un tel phénomène comme indicateur de performance, peut-être qu?il y aura un manque à gagner dans les caisses de l?État. Mais par-delà les considérations d?argent, il importe de reconnaître qu?un pays qui ne dispose que de ses ressources humaines et qui a intérêt à investir dans ce capital, ne peut pas laisser cette situation perdurer. Car l?absentéisme est source d?incivilité à l?école et aussi d?échec scolaire.

LES MODELES ETRANGERS

Pour rappel, en France, pour favoriser l?assiduité des élèves à l?école, le dispositif de lutte contre l?absentéisme scolaire prévoit la mise en place d?une contravention de 750 euros aux familles. En Angleterre, les parents sont même passibles d?une peine de prison de trois mois au maximum. D?autres pays tels que la Suède encouragent les étudiants à être assidus en offrant des incitations et des récompenses. À titre d?exemple, en Suède, un lycée privé de Falkenberg offre 500 couronnes (l?équivalent de 55 euros) aux élèves qui n?ont aucune absence.

Aux États-Unis, enfin, les établissements publics proposent des coupons de réduction ou des billets de cinéma aux élèves assidus.

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