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Abhimanyu Unnuth : une voix qui ne transige pas
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Abhimanyu Unnuth : une voix qui ne transige pas
Abhimanyu Unnuth a toujours eu la colère dans les veines. La dénonciation dans la parole. Et le talent dans la plume. Les années et les épreuves de la vie ne l?ont pas changé. Il est resté tout aussi extrême dans son refus de la bêtise et de la médiocrité. Il est toujours aussi révolté par l?exploitation de l?homme par l?homme. Par cette injustice qui change de forme selon les époques mais qui demeure la première démonstration de l?inhumanité.
Auteur prolixe, une trentaine de romans, des pièces de théâtre et des tableaux, Abhimanyu Unnuth a trouvé dans l?art le moyen de témoigner du monde dans lequel nous vivons. ?La littérature évoque les époques mais elle est au-delà du temps?, confie-t-il. C?est une vision substantielle de l?art. Mais ça reste un cri profond.
Abhimanyu Unnuth n?a ainsi jamais eu peur de dire ce qu?il sent le besoin de dire. Et sa parole résonne, résolument iconoclaste, fait voler en éclat les lieux communs et les préjugés si mauriciens. Il tient à rester une voix des causes perdues. ?L?injustice est partout. Elle est de droite et de gauche. Elle est devant et derrière?, tonne-t-il.
Cette injustice, les hommes la subissent mais ils en sont aussi l?instrument souvent. Parce qu?ils se laissent emporter par des lectures erronées des concepts. À cet effet, il maintient que, lui, se bat pour la culture et non pour la religion. ?Je crois dans la culture plus que dans la religion. Quand deux personnes de foi différente parlent de religion, elles finissent par se disputer alors que la culture, elle, est un moyen de réunir les gens. La religion a été à la base des plus grands génocides à travers le temps. C?est la haine exercée au nom de la religion et à partir de certaines conceptions liées aux questions de civilisation. Cela ne veut pas dire que je ne crois pas en la religion. Je suis croyant mais je récuse cette religion organisée et ses rituels?, précise-t-il.
Avant d?en arriver là, Abhimanyu Unnuth a connu un parcours de combattant. Victime de la pauvreté, il met fin à ses études dès la Form I et se fait embaucher comme laboureur dans les champs de cannes. Un premier contact avec l?univers agricole qui remet en question des croyances populaires. ?On parlait de l?exploitation des laboureurs par des Blancs. Moi, j?ai vu à 14 ans l?exploitation des laboureurs par des non-blancs?, raconte-t-il. C?est l?éveil à la souffrance pour Abhimanyu Unnuth. Jamais plus ce sentiment ne le quittera.
Il a donc 14 ans. Il sait qu?il ne peut être indifférent à ce qui l?entoure. Sur son lieu de travail, à 14 ans et pendant ses moments libres, il commence son premier roman. Aur nadi bahti rahi? (La rivière coule toujours) raconte l?histoire d?un sacrifice et d?une exploitation sur les champs de cannes. Le roman sera complété des années plus tard et sera publié alors que le jeune écrivain a 25 ans. Entre-temps, il aura écrit des nouvelles qui seront publiées dans des revues indiennes. L?aventure littéraire a déjà commencé pour le jeune homme et ne s?arrêtera plus.
Ni prophète, ni messager
L?envie d?écrire est une urgence chez lui. Sa carrière d?écrivain n?aura connu que des moments de joie et de reconnaissance. Les autorités indiennes, les lecteurs indiens et les maisons d?édition en Inde en feront l?un des auteurs les plus connus de la Grande Péninsule.
Les récompenses pleuvent. Les honneurs et les prix aussi. Lal Pasina est l?un de ses romans les plus connus. Ce sera d?ailleurs le roman qui sera traduit en français par la maison d?édition Stock.
L?ancien chargé de cours au Mahatma Gandhi Institute et désormais coordonnateur au Centre culturel Rabindranath Tagore, a préservé son regard critique. En cette période trouble de campagne électorale, il ne peut s?empêcher de constater le déficit culturel de nos dirigeants politiques et même de certains acteurs dits responsables des centres culturels. ?Nous vivons dans un pays où la nature nous communique constamment son harmonie. Pourtant, nous passons à côté de ce cadeau. Quand le son n?est pas organisé, il devient bruit. Quand il l?est, il devient de la musique, de l?harmonie. Notre nature, c?est cette harmonie. C?est cette harmonie que nous sacrifions?, avertit Abhimanyu Unnuth.
Il maintient que l?écrivain n?est pas un prophète ni un messager. Il pose simplement des questions. Pour conclure, Abhimanyu Unnuth nous pose une question : ?Est-ce que nous sommes une société cultivée ?? Ses ?uvres posent également cette question aux prêtres, aux politiques, aux citoyens? et à lui-même. Pourvu qu?il ne trouve pas la réponse pour que son ?uvre continue à disséquer notre imaginaire? dans l?espoir qu?un jour elle sera traduite et accessible à l?ensemble des Mauriciens.
HOMMAGE
Rabindranath Tagore, l?héritage spirituel de l?Inde
■ Sa langue maternelle était le bengali, mais il a su toucher les oreilles de millions de lecteurs à travers le monde. Tagore, c?est une poésie mystique, des romans construits autour d?une psychologie réaliste des personnages. Rabindranath Tagore, dont on commémore le 144e anniversaire de la naissance, est surtout associé à ?Gitajali?, un recueil d?hymnes à l?amour et à la spiritualité. Traduit en anglais par les soins de l?auteur, ?Gitanjali? fut accompagné, à partir de 1912 d?une note d?introduction par William Butler Yates. Ezra Pound, ami et éditeur du poète américain T.S Eliott, ne tarit pas d?éloges sur l??uvre de Tagore. Une critique favorable qui attira l?attention du comité du Prix Nobel. Une distinction suprême qui lui fut décernée en 1913. S?il est universellement acclamé pour ses idées progressistes, son engagement politique et son influence sur Gandhi, l?histoire de Tagore n?est pas uniquement constituée de louanges. Père du ?Jana Gana Mana?, l?hymne national de la Grande Péninsule, Tagore fut accusé d?avoir élaboré un hymne à la gloire du monarque britannique George V, à l?occasion de sa visite en Inde. La polémique n?empêcha pas le royaume de l?anoblir, une décoration que Tagore rendit à la couronne en 1919, en signe de protestation contre le massacre d?Amritsar, où les troupes britanniques tuèrent 400 manifestants indiens. Né à Calcutta dans une famille bourgeoise, Rabindranath Tagore est aussi à l?origine de Shantiniketan, école révolutionnaire où il appliqua les principes de l??Upanishad?, texte sacré hindou visant à libérer l?homme du cycle des renaissances.
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