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Jon Rabaud: «La vraie question, c’est pourquoi mon film est autofinancé ?»
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Jon Rabaud: «La vraie question, c’est pourquoi mon film est autofinancé ?»
«The Blue Penny», le premier long-métrage de Jon Rabaud, sort en salle le 23 mars. La date a été annoncée le jeudi 23 février. Derrière l’intrigue qui se déroule à Eureka, «The Blue Penny» – qui montre le véritable timbre –, il y a la conviction que le cinéma est un secteur porteur économiquement.
La bande-annonce de «The Blue Penny» a été diffusée en salle avant «Avatar 2». Seriez-vous le James Cameron mauricien?
(Il rit) Personne ne se compare à James Cameron.
■ Ce n’était pas une coïncidence ?
C’est un gros coup de chance. C’est la salle qui me l’a proposé. Vu qu’il y avait une grosse affluence pour Avatar 2, c’était intéressant de montrer les premières images du film là. D’autant plus que c’est un film qui détonne avec ce que l’on voit d’habitude. Je suis allé voir les réactions du public.
■ Cela donnait quoi ?
Ceux qui ne connaissent pas les acteurs à l’écran n’ont pas tout de suite compris que c’est un film mauricien. Jusqu’à ce que deux personnages parlent en créole. Là, les têtes se sont tournées. On aspire à faire des films comme en voit au cinéma. C’est un signe qu’on se rapproche tout doucement de cette qualité.
■ Il existe des compétences dans tous les métiers du cinéma localement, mais il n’y a pas d’industrie du cinéma à Maurice. Qu’est-ce qu’il faut pour la créer ?
On ne produit pas assez. C’est aussi simple que ça. En sus d’être un film, The Blue Penny est un projet autour de la culture à Maurice. Il y a cinq-six ans, une équipe de tournage étrangère prenait des Mauriciens pour aider dans certains départements. Maintenant, on voit de moins en moins d’équipes techniques étrangères. Mais tant qu’on ne produit pas, cela reste des prestations de service, pas une industrie.
■ Le manque de productions locales, c’est la faute à qui ?
Il n’y a pas de fautif as such. Il y en aurait eu, si on avait une industrie et que cela coinçait. Il y a des inquiétudes pour sauter le pas vers ce secteur émergent. Débroussailler un chemin, c’est prendre des risques. On ne sait pas si on va tomber dans un trou, se cogner. À Maurice, on n’est pas au début de l’histoire parce qu’il y a des compétences qui se forment depuis une dizaine d’années.
■ On a peur de quoi ?
De mettre en place des structures. On se dit, le cinéma, cela coûte de l’argent, estce qu’on ne va pas dépenser des fonds publics dans quelque chose qui n’est pas viable ? Cette inquiétude est là depuis des années, on fait avec.
■ «The Blue Penny» bénéficie-t-il du «Film Rebate Scheme» ?
Non. C’est un tout petit film (NdlR, pour bénéficier de remboursements du Film Rebate Scheme à hauteur de 30 %, il faut justifier des dépenses de production de 50 000 dollars US minimum – environ Rs 2,3 millions – pour un film local).
■ Quel est le budget de votre premier long-métrage?
C’est un film autofinancé.
■Par vous seul ?
On est quatre-cinq à avoir contribué des petits montants.
■ Le plus gros vient de vous ?
Oui.
■ De vos économies ?
Oui. Et de sous gagnés sur des tournages (NdlR, le gagnepain de Jon Rabaud, c’est directeur de casting). En 2020, juste avant de tourner The Blue Penny, j’ai travaillé sur deux gros tournages de Netflix : l’un d’Espagne, l’autre américain (NdlR, Resort to love avec Christina Milian).
■Vous ne dites toujours pas quel est le budget de votre film.
Autour d’un million de roupies.
■ C’est possible de faire de la qualité avec un petit budget ?
Justement, non, c’est pour cela que je suis prudent concernant le budget du film. Ce n’est pas du tout représentatif de ce qu’un film comme The Blue Penny coûte réellement. On a pu le faire parce qu’il y avait un contexte très particulier. On était en période de pandémie du Covid-19. Pendant les confinements, toute une économie était à l’arrêt, les compétences du cinéma ne travaillaient pas.
■Vive le Covid-19 ?
Premier confine ment : écriture et tournage. Deuxième confinement : montage. Donc, oui, on a vu les bons côtés de ces difficultés. Je n’ai pas envie que demain, on se base sur un budget que j’ai cité pour dire à d’autres réalisateurs qu’il faut qu’ils se débrouillent avec le même petit montant. La vraie question, c’est pourquoi The Blue Penny est autofinancé ?
■ Je vous retourne la question.
C’est parce qu’il n’y a pas de structures pour la culture.
■ Avez-vous eu un soutien de la Mauritius Film Development Corporation (MFDC) ?
Je ne me voyais pas lancer un projet comme ça sans explorer les possibilités. J’ai eu des rendez-vous avec la MFDC. À l’époque, elle n’avait pas de fonds pour financer la production de films. Ce n’est pas grave. Je ne veux pas taper sur l’un ou l’autre. Ni le secteur public, ni le secteur privé ne peuvent tout faire. Il faut un apport des deux. Le secteur public doit mettre en place une structure financière pour la culture.
■ Il y a déjà le «Film Promotion Fund», le «Film Rebate Scheme», les subventions du «National Arts Fund», la MFDC. Qu’est-ce qui manque ?
Le rebate, c’est un remboursement. Pour l’avoir, faut déjà avoir des sous. Le National Arts Fund lance des appels à projets.
■ Vous avez frappé à cette porte ?
On m’a expliqué que je ne peux pas demander une subvention pour un projet en cours de route. Ce qui n’est pas logique. Pour un projet de cinéma, il faut le fonds de développement, celui du tournage, des fonds pour la post-production. Les fonds de post-production ne s’obtiennent qu’une fois le film tourné.
Si on a une subvention du National Arts Fund, on ne peut pas avoir accès au Film Rebate Scheme. Je ne comprends pas pourquoi. Financer un projet culturel, c’est un montage par tranches. Un investisseur, un sponsor ne prend pas tous les risques. Généralement, cela fonctionne à la confiance. C’est pour cela que le financement du secteur public doit être le premier coup de pouce d’un projet culturel. Cela montre que le projet a été examiné, qu’il a convaincu de son sérieux et a eu un premier financement. Cela peut être 10 %, mais le sceau de l’État, ça change tout. À partir de là, vous vous tournez vers le privé et le projet se construit.
Avec des fonds qui s’excluent mutuellement, on n’y arrivera jamais. Il faut aussi que le bailleur de fonds public soit un organisme actif. Qu’on sache précisément quand les projets seront examinés et une réponse rendue. Là, il y a des appels à projets qui changent tout le temps, enn kout septam, enn kout desam. C’est le flou.
■ Dans ce flou, vous montrerez un film 100 % mauricien. Pourquoi est-ce si important d’affirmer ce mauricianisme ?
The Blue Penny réuni des Mauriciens d’ici et d’ailleurs. La musique a été faite en France par le compositeur mauricien William Ross. Il a monté l’association Moris Orkestra pour favoriser les échanges entre musiciens français et mauriciens. Il est en Bretagne. Nous l’avons mis en contact avec des Mauriciens à Paris, qui ont fait la route pour jouer dans l’orchestre.
Tous les ans, à l’annonce des lauréats, c’est le grand débat. Est-ce qu’ils vont rentrer au pays ? Ces Mauriciens en France attendent juste un soutien pour revenir. Avec The Blue Penny, on montre à quel point la culture génère des emplois. Pendant un séjour de deux semaines, un touriste peut aller voir trois pièces de théâtre, des films, des concerts, des festivals etc.
À travers The Blue Penny, je veux dire que la création se marie au tourisme. Un touriste américain ne vient pas à Maurice pour aller voir Avatar 2. Il veut découvrir la culture locale. Komié later set kouler touris pou asté?
FICHE TECHNIQUE
<p>The Blue Penny, premier long-métrage de Jon Rabaud, sort en salles le 23 mars. Il est produit par Magic Wheel Pictures. Le film est porté par Robert Furlong, qui joue le père de famille. Autour de lui, une pléiade d’acteurs: Rachel de Spéville, Vinaya Sungkur, Christophe St Lambert, Guillaume Silavant, Clémence Soupe et Christine Gufflet, entre autres. «Les personnages ont été écrits avec ces acteurs-là en tête», affirme Jon Rabaud. L’intrigue se déroule à Eureka.</p>
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