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Hausse des prix : le calvaire de la classe moyenne

31 octobre 2021, 18:29

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Hausse des prix : le calvaire de la classe moyenne

Majoration des articles de consommation courante, difficultés à honorer ses emprunts ou à aspirer à un logement social : les temps sont durs pour la classe moyenne. Qui sont-ils ? Combien touchent-ils ? Comment se répartissent leurs dépenses ? Quelle a été l’évolution du coût de la vie ces deux dernières années ? Tour d’horizon.

«Ayo, tou inn vinn ser. Kan la fin dimwa, gagn migrenn asterla. Ariv le 10, fini plat. Pena kas. Imposib ekonomizé», déclare Anne, une secrétaire de 45 ans. De plus, elle doit rembourser son prêt logement pour un studio à Rs 1,5 million, qui prend 30 % de son salaire. Un emprunt contracté en 2015. «Res ankor 25 ans pou péyé», martèle-t-elle. S’y ajoutent factures d’électricité, de téléphone, d’Internet et frais d’études de son fils. Rien de superflu, ni d’exagéré. Impossible de vivre ainsi, poursuit-elle.

Ce calvaire, Adhil, 46 ans, le vit également au quotidien. Récemment opéré, il était en congé maladie pendant quatre mois. «Sur un salaire de Rs 40 000, je paie Rs 14 000 pour mon housing loan. Étant en congé maladie prolongé, les allocations de présence et de transport ont été supprimées. Cela me sauvait la mise», confie-t-il. Entre les traitements médicaux et la nourriture, chaque dépense est évaluée. Au supermarché, il traque les articles les moins chers. «Avant quand c’était la fin de mois, on s’offrait un repas en famille mais désormais, on a fait une croix définitive sur les food courts. Jusqu’à quand va-t-on se serrer la ceinture ?

Cri du cœur aussi de Nadia Gounden, qui travaille à son compte. «Nous sommes une famille de quatre, deux parents et deux adolescentes. Avec le confinement, les prix ont commencé à grimper. On s’est retrouvé avec un pouvoir d’achat diminué. Pour soutenir sa compagnie de location de voitures, mon conjoint a été obligé de contracter un emprunt de la Banque de développement. Je travaille dans le restaurant familial et ça a été très dur d’œuvrer pour continuer à faire tourner l’entreprise comme les Mauriciens font beaucoup plus attention à leurs dépenses», soutient-elle. Face aux majorations alimentaires, Nadia Gounden s’est mis à cultiver ses propres fruits et légumes. «Je ne fais pas de gaspillage. Tout se renouvelle dans un jardin. Au supermarché, la facture est toujours bien salée mais pour contrebalancer, j’achète seulement l’essentiel. En tant que famille, on doit se réinventer et trouver des moyens plus durables pour s’entraider.»

Hélas, explique Bhavish Jugurnath, économiste et expert-comptable, le coût de la vie a augmenté d’environ 10 à 12 % depuis les deux dernières années. D’après des données sur la pauvreté relative, en 2017, un individu était considéré pauvre s’il touchait des revenus inférieurs à Rs 7 909. De Rs 13 200 à Rs 17 430, il faisait alors partie de la classe moyenne alors qu’un salaire de Rs 34 990 à monter tombait dans la classe aisée. Pour Ibrahim Koodoruth, sociologue, en compilant le salaire d’un couple, on arrive à un budget de Rs 40 000 à Rs 45 000 pour la classe moyenne. Au-delà de Rs 60 000, on parle de classe moyenne supérieure, précise l’économiste.

De plus, la classe moyenne représente 40 % de la population active. Selon les autorités, à juin 2021, environ 70 % des Mauriciens percevaient moins de Rs 25 000. Selon Suttyadeo Tengur, président de l’Association for the Protection of the Environment and Consumers, depuis les cinq dernières années et le Covid-19 en 2020, la classe moyenne s’aligne comme le parent pauvre de la société mauricienne. «Ceux au bas et au plus haut de l’échelle compressent la classe moyenne, qui ainsi écrasée, subit un rétrécissement conséquent», précise-t-il. D’ailleurs, cette catégorie paie le prix fort… surtout en impôts et taxe à valeur ajoutée.

«En tant que famille, on doit se réinventer et trouver des moyens plus durables pour s’entraider..»
 

Quels changements sont perceptibles dans les habitudes d’achat de ces Mauriciens ? «Il y a eu beaucoup d’ajustements. La classe moyenne aspirait à financer les études de leurs enfants surtout à l’étranger. Beaucoup de parents ont dû revenir sur ce projet. Cela ne veut pas dire qu’ils ne le feront pas mais les dépenses ont un impact considérable. Auparavant, la classe moyenne partait en week-end à l’hôtel, à la Réunion, Rodrigues, en Inde ou toute autre destination peu coûteuse mais tout cela a été revu», constate Ibrahim Koodoruth.

Selon lui, les prêts et investissements dans la maison ont diminué. Seul l’électroménager et le strict nécessaire sont sujets à investissement. Aujourd’hui, la classe moyenne ne s’offre plus le luxe des marques ou tendances. Exit les travaux d’aménagement. Désormais, ces travailleurs conservent meubles, coussins, rideaux et le maximum de dispositifs. Idem pour les loisirs comme les sorties au restaurant. «On préfère acheter et cuisiner à la maison.» Pour y faire face, la classe moyenne se défait des marques et privilégie la comparaison des prix pour choisir les enseignes les plus avantageuses.

D’après Bhavish Jugurnath, la classe moyenne dépense le plus en termes de consommation basique et de véhicules. Par exemple, dans un supermarché, 70 % de la consommation est effectuée par ces travailleurs. «La hausse du coût de la vie a été accélérée par le confinement. Un seuil de 10 à 12 % est énorme pour la classe moyenne. En termes de changement, ces Mauriciens segmentent leur budget drastiquement. Comparée à deux ou trois ans, la consommation a diminué. Par exemple, il prendra un fromage cheddar par semaine au lieu de deux.», déclare-t-il. Parallèlement, ces derniers sont aux prises avec des remboursements d’emprunt pour les voitures. S’il leur est plus difficile d’honorer leurs dettes, les possibilités d’acquisition de véhicules ou autres facilités s’amenuisent davantage dans les conditions actuelles.

La classe moyenne est-elle donc la plus mal lotie comme elle n’a pas d’augmentations ou d’avantages comme le Pay Research Bureau ? «Définitivement. Le PRB accorde environ 6 à 10 % comme révision salariale. Pour vivre co rrectement, un couple a besoin de Rs 22 000 au minimum. Privée d’augmentation salariale significative, la classe moyenne est la plus mal lotie. Avec le Covid-19, l’écart entre les riches et les pauvres va augmenter», répond l’économiste. Un fait que confit Ibrahim Koodoruth. «On parle souvent de rattrapage des salaires et surtout de rémunérations les plus faibles. Cependant, on occulte la tranche qui se trouve au milieu. Effectivement, ils sont les plus mal lotis en avantages. Hélas, avec la paupérisation de la population, cette tendance risque de durer. La classe moyenne deviendra plus pauvre», indique-t-il. Pour Suttyhudeo Tengur, l’unique solution relève des politiques étatiques pour consolider cette catégorie de travailleurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

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