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Vincent D’Arifat: «Notre efficience portuaire est déplorable»
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Vincent D’Arifat: «Notre efficience portuaire est déplorable»
C’est sous sa présidence, en 2012, que le label Made in Moris a été créé. Vincent d’Arifat partage son analyse de l’augmentation du déficit commercial. Si la conjoncture actuelle n’est pas en faveur de l’importation, la production locale pourrait aider. Cependant, c’est sans compter le manque d’efficience du port, l’absence de main-d’œuvre qualifiée et le manque de compétitivité, qui font barrage aux ambitions des producteurs locaux.
La balance commerciale affiche un déficit de Rs 10,2 milliards pour le mois de juin. Le Covid-19 est-il le seul à blâmer ?
C’est indéniable, le Covid-19 a eu un impact conséquent sur la note d’importation. La rupture des chaînes de valeurs, le ralentissement et l’interruption des activités à travers le monde ont bouleversé l’approvisionnement et la stabilité, jusqu’à ce jour, des matières premières pour les producteurs et des produits finis pour les consommateurs.
Aujourd’hui, les producteurs font face à une pénurie de conteneurs finis et à des ralentissements dus aux Standard Operating Procedures plus strictes dans les ports. Ceux-ci ont, pour conséquence, une flambée des prix du transport et une difficulté aussi bien pour s’approvisionner en matières premières que pour exporter les produits finis. Nous devons également gérer le manque de ressources humaines et les reprises aléatoires.
D’autre part, la demande pour les produits de masse n’a jamais diminué, la tendance est à une consommation continue mais plus raisonnée. Il y a eu, plutôt, un retard de livraison et une chaîne d’approvisionnement au ralenti. On pourrait également parler de la situation dans le port. Notre port efficiency est déplorable. Une restructuration est essentielle, avec l’adoption de vrais KPIs (indicateurs clés de performance). Ajoutez à cela la fermeture des frontières qui impacte sur le renouvellement des équipages des bateaux.
Tout ceci mène à une augmentation des coûts, à l’impossibilité de négocier les prix, donc à une baisse d’efficience. Voici ce qui explique cette note salée. Notons, cependant, qu’il y a eu quelques opportunités pour le secteur textile. Lorsque certains marchés sont bloqués, les acheteurs se sont tournés, de nouveau, vers les manufacturiers mauriciens.
L’importation des produits de première nécessité, incluant la matière première, est subventionnée. Cela implique que la note d’importation est condamnée à rester élevée ?
Ce ne sont pas les matières premières qui sont subventionnées mais une liste de produits locaux importés, pour la plupart des produits de première nécessité. La subvention est bonne par rapport aux consommateurs, mais les importateurs bénéficient également de cette subvention. Il aurait fallu privilégier les produits fabriqués localement.
La subvention permet de maintenir un prix d’offre maximum aux consommateurs, afin de ne pas alourdir le fardeau des ménages. Ce n’est qu’une stratégie temporaire, à court terme, pour arrêter cette hémorragie sur les produits de base, tels que le lait, l’huile comestible et les conserves.
Deux facteurs influencent le prix à l’importation : l’augmentation sur le prix d’arrivée, due soit à une augmentation imposée par le fournisseur soit par le coût du fret, et la dépréciation de la roupie par rapport aux devises comme les dollars américains et australiens et l’euro. Tant que la chaîne de valeur n’est pas stabilisée, que les compagnies maritimes n’arrêtent pas l’inflation artificielle de leurs tarifs, et qu’il n’y a pas de libre mouvement du commerce et de la population, la note d’importation restera plus élevée par rapport à la période 2019, avant l’apparition de la pandémie.
L’importation de la matière première étant aussi subventionnée, est-ce vraiment là une occasion pour la production locale de s’emparer d’une plus grande part de marché ?
Oui, si la subvention portait véritablement sur les matières premières. Ce n’est pas le cas. Nous parlons seulement d’une subvention des produits de première nécessité. Ce n’est qu’un allégement temporaire pour les consommateurs.
Cette stratégie de subvention est-elle efficace pour contrer l’impact de la dépréciation de la roupie ?
Il y a une nécessité de maintenir le pouvoir d’achat et de ne pas alourdir le panier de la ménagère. Mais pour contrer l’impact de la dépréciation de la roupie, il faut impérativement relancer les secteurs porteurs qui apportent les devises étrangères et les activités économiques clés.
Dans cette nouvelle normalité, y a-t-il suffisamment d’aide publique pour la production locale ?
Nous apprécions les aides apportées par le gouvernement. Elles sont taillées plus pour les petites et moyennes entreprises (PME). Il est urgent de revoir le ciblage et de cibler ces entreprises qui ne tombent pas dans cette catégorie : celles qui réalisent un chiffre d’affaires entre Rs 100 millions et Rs 500 millions et qui sont de gros pourvoyeurs d’emplois. À La Réunion, par exemple, l’État subventionne l’investissement, avec des déductions attractives pour l’achat d’équipements productifs pour compenser l’étroitesse du marché et le fait que, souvent, les équipements sont surdimensionnés par rapport à ces marchés. L’AMM a déjà proposé à divers gouvernements un mécanisme simple de subvention de l’investissement d’équipements de production, soit la double déduction de la TVA qui représenterait une subvention de 15 % maximum.
C’est vrai qu’il y a, ici, des facilités de leasing et d’amortissement du CAPEX. Mais nous sommes sur une île sans ressources naturelles. Nous sommes contraints d’importer nos matières premières pour les transformer et vendre sur le marché local. Là encore, nous sommes à la merci des coûts de la logistique, des retards et des augmentations des prix à l’import, où nous ne pouvons pas négocier, car notre marché interne est trop petit comparé à l’Afrique du Sud, l’Indonésie, ou même la Chine.
Augmentation de la production locale, oui, mais avons-nous de la main-d’œuvre qualifiée ?
Ce n’est pas un secret. De nombreuses Export Oriented Entreprises ont besoin de travailleurs étrangers pour faire rouler les usines, surtout par rapport aux shifts systems. Cela permet de maintenir une stabilité car ces ressources humaines exigent une formation et une maîtrise qui demandent du temps. Malheureusement, dépendre que de la maind’œuvre locale n’est pas envisageable pour l’instant car certains secteurs manufacturiers n’attirent pas beaucoup de Mauriciens. Sur l’aspect mécatronique, l’intégration de la technologie de pointe dans la production, nous avons une lacune et un retard considérable. Il nous faut miser sur les formations supérieures et techniques.
La problématique de la main-d’œuvre est encore plus aiguë pour les Domestic Oriented Entreprises. On voit de plus en plus de travailleurs étrangers dans les super- marchés et les restaurants, où les heures d’opération sont plus longues. C’est un paradoxe car le nombre de chômeurs est en augmentation et les lois actuelles du travail ne sont pas propices à promouvoir la mobilité et la flexibilité, donc l’emploi.
Quid de l’absence d’économie d’échelle et donc des coûts de la production ?
Entre une usine qui roule sur trois shifts et une autre qui opère un shift, la première sera définitivement plus compétitive, avec une maîtrise des coûts et des opportunités de diversification, de recherche et développement. Cette usine disposerait d’une force de frappe plus conséquente et des ressources financières plus importantes pour pénétrer d’autres marchés à l’étranger.
Cependant, il existe des secteurs où la robotique, la stabilité du pays, l’ease of doing business peuvent compenser ces handicaps. Pensons aussi à instaurer un level playing field via une taxe carbone ou l’octroi de mer, les cahiers des charges et les normes à respecter, la subvention dans l’investissement, sans oublier la création de valeurs.
Notre capacité d’exportation de produits locaux est-elle suffisante pour rétablir la balance commerciale ?
Toute contribution, aussi petite soit-elle, est la bienvenue, afin de rétablir la balance commerciale.
Oui, nous avons des pro- duits locaux de qualité mais nous souffrons d’une faible compétitivité régionale, du manque de connectivité et de problèmes logistiques. Tout ceci ne favorise pas cette réactivité si nécessaire pour continuer d’approvisionner les clients dans les délais impartis. Il ne faut pas compter seulement sur les produits locaux mais devenir un hub portuaire. Si nous disposons d’un port de transbordement efficient, fiable, professionnel et compétitif, cela changerait la donne.
Cependant, si des PME ou autres entreprises en me- sure d’exporter, trouvent des marchés niches, cela ne peut faire que du bien à la balance commerciale. Nous devons savoir comment créer une entreprise de taille importante, dotée des équipements et des incitations nécessaires pour exporter vers la région et d’autres marchés.
Sur le plan international, si l’économie mondiale a connu un rebond cette année, la confiance est moindre pour 2022. Quel en est l’impact sur la chaîne d’approvisionnement ?
Nous ne voyons toujours pas de baisse sur les matières premières, le changement climatique affecte les récoltes à travers le monde, et les prix des denrées de bas vont prendre l’ascenseur. De plus, il faut composer avec le manque de connectivité, les longs délais et un manque de visibilité par rapport à 2019. Tout ceci nous pousse à adopter un mode de maintain what you have and keep your current market, and see if procurement can be established smoothly.
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