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Hippisme: le parcours du combattant des chevaux à Maurice
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Hippisme: le parcours du combattant des chevaux à Maurice
Le monde hippique est encore sous le choc, une semaine après le décès du champion Nooresh Juglall, lors de cette nuit fatidique du 15 mai 2021… Parallèlement, le cheval Golden Tractor a été euthanasié alors que Rule The Night, la monture du jockey décédé, serait sorti d’affaire, indique Soodesh Seesurrun, assistant de l’entraîneur Gilbert Rousset. «Le cheval est passé par un choc avec l’accident. Heureusement, il n’a pas été blessé. Il va mieux désormais. Jeudi, il a repris l’entraînement à Floréal. Il va courir dans un mois et demi...»
Ces événements suscitent des questions sur les conditions de vie de ces animaux. De leur arrivée à Maurice à leur départ à la retraite, comment évoluent-ils, comment vivent-ils ? Selon Benoît Halbwachs, secrétaire du Mauritius Turf Club (MTC), il y a plus de 900 chevaux et poneys actuellement à Maurice, dont 502 participent aux courses hippiques. «En l’absence d’élevage ici, la majorité des chevaux sont importés par avion de l’Afrique du Sud. Ils peuvent intégrer les écuries après une période de quarantaine (20 jours en Afrique du Sud et 20 jours ici).»
Vers quel âge sont-ils acheminés vers Maurice ? Auparavant, explique Vicky Ruhee, licensed veterinary du MTC, on privilégiait les chevaux âgés de quatre à cinq ans, ayant déjà couru en Afrique du Sud.
Maintenant, les entraîneurs optent davantage pour des animaux plus jeunes, donc autour de trois à quatre ans, pouvant prétendre à une plus longue carrière au Champ-de-Mars.

Rs 500 000 à Rs 4 millions par cheval
La procédure pour les ramener au pays vaut son pesant d’or. Le fret revient à Rs 400 000 tandis que le prix de ces belles bêtes, racées, varie entre Rs 500 000 et Rs 4 millions par cheval, précise Vicky Ruhee.
Après le débarquement et la quarantaine, s’enchaînent le trot et l’entraînement pour les courses. La fréquence est d’environ quatre à cinq fois par semaine, indique Soodesh Seesurrun. D’après le secrétaire du MTC, les chevaux s’entraînent du lundi au vendredi sur les pistes du Champ-de-Mars à Port-Louis et au Centre Guy Desmarais à Floréal. 225 boxes sont disponibles à Port-Louis et 170, à Floréal. Bon nombre de chevaux s’entraînent au sein de six à sept centres privés, à la mer.
Leur quotidien ? Tous les jours, c’est la marche le matin et l’après-midi, en sus des séances d’entraînement, répond Benoît Halbwachs. Celles-ci comprennent un travail d’endurance et de musculation avec les trots, le canter, les galops entre autres, en fonction du programme établi par l’entraîneur.
Une prison
Parallèlement, le palefrenier passe environ une heure et demie par jour pour la toilette, les soins et la nourriture du cheval. «Les chevaux font le va-et-vient entre Port-Louis et Floréal, dépendant s’ils vont courir ou pas. La piste de Floréal est un lieu permettant aux chevaux d’effectuer un travail plus léger et de récupérer après une course grâce à un climat plus frais et un meilleur environnement.»
Qu’en est-il des fameuses conditions de vie ? «C’est un peu une prison. Les chevaux ont un temps très limité aux Champ-de-Mars dont la piste s’ouvre à 5 heures et ferme à 7 h 30. Il y a plusieurs chevaux à faire travailler. Ils sont seulement hors de leur box pour 20 à 25 minutes, ce qui très insuffisant. En Afrique du Sud ou ailleurs, ils sont à l’extérieur pour au moins pour une heure, voire plus, le matin et une demi-heure en après-midi. Ils ont tout le temps voulu alors qu’ici, ils se pressent. C’est loin d’être l’idéal», avoue Ricky Maingard, qui compte 35 ans dans l’entraînement des chevaux en Afrique du Sud et à Maurice.
Box étriqué
Pour un ancien membre du Retired Race Horse Committee du MTC, un cheval n’est pas une automobile, mais un être de chair et de sang. «Il faut être conscient que le sport hippique est dangereux. L’animal peut se cogner le pied dans le box ou être sujet à tout accident inopinément et ne plus être de la course.»
D’ailleurs, rétorque Ricky Maingard, à l’étranger, les box sont plus grands, avec des dimensions de 4 m x 4 m, ici ils font 3,6 m x 3,6 m (NdlR, tout en sachant qu’un cheval mesure entre 1m55 et 1m70 des sabots au garrot et qu’il peut peser entre 400 et 500 kilos en moyenne). «Ailleurs, les boxes sont un peu plus aérés que ceux de Maurice qui sont comme des prisons. Il faut que ces animaux aient de l’air !» avoue notre interlocuteur.
Outre le fait d’être étriqué, le box est parsemé de papier journal laminé, disposé au sol, pour absorber l’urine du cheval. Mais d’autres matériaux doivent être favorisés, soutient-il. Il cite le caoutchouc pour les sols et un mélange de papier journal et de «pine wood shavings», qui sont plus absorbants. «En Europe et en Afrique du Sud ou ailleurs, on emploie surtout de la paille de blé dans le box. Hélas, à Maurice, il n’y en a pas», ajoute-t-il.
Sous cadenas
Il évoque le besoin d’un nouvel espace d’entraînement où les chevaux peuvent être plus libres. «À Maurice, ils sont enfermés sous cadenas. À cause de la sécurité, ils ont des surveillants avant les courses. C’est aberrant», martèle-t-il.
Pour Ashley Muthoora, propriétaire de l’ex-cheval de compétition Battle Ready, le Champ-de-Mars demeure «petit» comparé aux parcours hippiques en Afrique du Sud et en Australie.
En dépit de l’entretien local, la piste reste dure, surtout en été. «Bien sûr, on ne peut tout attribuer à la piste. Il faudra un jour penser à un hippodrome moderne. Les chevaux ont besoin d’espace…»
Infrastructures inchangées
Nitish Padya, passionné des chevaux, abonde dans ce sens, estimant que les infrastructures demeurent inchangées depuis des décennies. «Hélas, ces animaux de compétition restent confinés dans leur petit box durant la majorité de leur journée. Cela occasionne des problèmes. À Port-Louis, ils ne peuvent même pas sortir la tête à l’extérieur. Une grille de protection est placée pour contrer les tentatives de dopage», explique-t-il.
Heureusement, dans les centres privés ou du côté de celui de Floréal, les chevaux peuvent s’aérer la tête. Histoire pour eux de pouvoir «respirer» un peu mieux…
Meilleures conditions au-delà de la profitabilité
D’autres problèmes surviennent dans la pratique, poursuit Nitsh Padya. En effet, du taux de chevaux importés annuellement, une partie est sujette à des saignements à l’entraînement. Par conséquent, ces animaux ne peuvent ni concourir ni remporter de course.
«Si un cheval saigne une première fois, il ne pourra pas courir pendant un mois. Et si cela se produit jusqu’à trois fois, il devra se reposer pour trois mois. «À une nouvelle occurrence, ils sont mis à la retraite.» Il est d’avis que trop de chevaux sont importés pour une si petite île comme Maurice.
Sur cet aspect, Ashley Muthoora prévient contre les anomalies affectant ces animaux dès leur pays d’origine. «À moins d’acheter un cheval à deux ans dépourvu de problèmes d’Afrique du Sud, dans beaucoup de cas, ces animaux ne sont pas toujours sains. Ils ont des soucis au niveau des tendons et des boulets etc. Ces complications vont resurgir à la longue. On peut les traiter mais cela peut revenir à tout moment surtout pour les tendons face à la pression.»
Contrôle plus strict
Selon Nitish Padya, des lois et un contrôle plus stricts sont à instaurer. Les défenseurs des animaux devraient également être à cheval sur les principes et défendre cette cause pour que de meilleures conditions priment au-delà de la profitabilité des courses.
Benoît Halbwachs concède qu’il y a un besoin d’espace dans les écuries. Espace est hélas restreint, en particulier à Port-Louis. «Il manque le plein air et de verdure. C’est pour cela que les chevaux vont à Floréal mais ce site est également petit. Nous en sommes conscients depuis longtemps. La nécessité de pouvoir bouger est là mais les moyens font défaut.»
Une plus grande piste est également souhaitable, ce qui serait à l’avantage de la ligne droite durant les courses. Or, un tel projet a été évoqué 20 ans plus tôt mais n’a pas abouti. Des partenariats sont ainsi nécessaires pour cette refonte. Subséquemment, il faudrait donc en faire son cheval de bataille.
Espérance de vie de 15 à 18 ans
Pendant combien d’années ces animaux de compétition peuvent-ils être dans les stalles de départ ? Généralement, ils participent à environ 25 à 30 courses jusqu’à l’âge de huit/neuf ans, indique le secrétaire du MTC.
«Un cheval peut courir pendant deux à trois ans. Cela peut aller jusqu’à cinq ans dans certains cas. Au total, l’espérance de vie de l’animal est de 15 à 18 ans ou plus», précise Vicky Ruhee.
Que se passe-t-il au terme de la carrière hippique, si en route, ces chevaux ne décèdent pas ? «Une fois qu’ils ne peuvent plus courir, la grosse majorité des chevaux doivent être euthanasiés, comme l’île Maurice est trop petite pour les accommoder. De plus, certains propriétaires ne dépenseront pas davantage pour eux», avance Nitish Padya.
L’entretien du cheval nécessite de l’espace et coûte au minimum Rs 10 000 à Rs 12 000 par mois pour l’alimentaire et les frais de palefrenier, constate Vicky Ruhee. D’autres frais sont imputables.
Et lorsque certains chevaux ont des ennuis de santé durant leur carrière, ils doivent hélas être euthanasiés si jugés irrécupérables, poursuit Benoît Halbwachs. «Autrement, les autres se reconvertissent à l’équitation pour les ballades ou saut d’obstacles. Cette transition prend entre six mois à une année. Il y a également une dizaine de clubs privés à Maurice qui accueillent ces chevaux retraités de la compétition ainsi qu’une vingtaine de particuliers qui disposent des facilités nécessaires pour cela, soit un espace approprié, une connaissance du cheval, entre autres.»
Quand ils raccrochent les sabots
Après une carrière hippique, certains chevaux se reconvertissent. D’après un ancien représentant du Retired Race Horse Committee du MTC, on peut alors acheminer ces animaux hors course aux clubs hippiques pour une retraite paisible.
«Nous accueillons 80 chevaux retraités dans notre centre. Il y en a pas mal qui couraient au Champ-de-Mars avant. Nous avons également des poneys importés pour les enfants», soutient Stéphanie Bax-Poupard, directrice du centre Mon Rocher, à Belle-Vue, qui existe depuis deux ans et demi.
Comment s’écoule la retraite de ces ex-chevaux de compétition ? D’après elle, deux d’entre eux travaillent très peu et sont lâchés dans un enclos. Les autres sont reconvertis. Par exemple, certains chevaux sont destinés à la voltige et à l’apprentissage.
Certains propriétaires les récupèrent pour des promenades, compétitions et dressage. «Les ‘réformés’ sont recueillis gratuitement. Malheureusement, trois quarts des chevaux sont euthanasiés comme il n’y a pas de place à Maurice pour les garder. On essaie de sauver ceux ayant le moins de problèmes, en sachant qu’aux courses, ils ont souvent beaucoup d’ennuis de santé.»

En «maison» de retraite, chaque cheval est disposé dans son box. Une quinzaine de paddocks sont disponibles, dont l’un étalé sur une superficie d’un arpent. «On les lâche individuellement ou par groupe si ces derniers sont habitués.»
L’euthanasie…
Une soixantaine de chevaux de compétition sont euthanasiés annuellement, affirme Benoît Halbwachs, secrétaire du Mauritius Turf Club. Une euthanasie coûte environ Rs 3 000, indique-t-il. «Si un cheval est gravement malade ou blessé et qu’on ne peut le soigner, là, on doit abréger ses souffrances. C’est uniquement dans ce cas que je procède à l’euthanasie», déclare le vétérinaire, Vicky Ruhee.

Peut-on sauver les chevaux mal en point ? On essaie toujours de sauver un animal, répond-il. Mais tout dépend de la gravité de son état. Par la conformation d’un cheval, explique-t-il, son poids doit être distribué de manière égale sur ses pieds qui sont petits. «S’il n’arrive pas à poser un pied au sol, il va rééquilibrer son poids sur les trois autres. En faisant cela, il s’expose à un risque de ce qu’on appelle le ‘laminitis’. Cela dégénérera en deux à trois jours. Le cheval ne pourra plus se mettre debout.»
S’il a une fracture, l’animal ne pourra prendre de poids. «Est-ce qu’on peut faire une intervention pour fixer une patte fracturée ? Ce sera extrêmement difficile, et quasiment impossible dans certains cas. Pour le gérer, ce sera encore plus complexe comme d’autres complications surviendront dans les prochains jours selon sa condition. C’est d’une atrocité extraordinaire et une torture pour l’animal…»
Il évoque également des séquelles et complications qui se manifestent à long terme, comme l’arthrite et l’arthrose. L’euthanasie est donc sollicitée. Comment cela se passe-t-il ? Selon le vétérinaire, on administre un calmant suivi d’une injection intraveineuse qui agit très vite sur les animaux… Et puis adieu.

La dernière ligne droite
Selon Nitish Padya, après l’euthanasie, les chevaux sont enterrés au centre Guy Desmarais à Floréal. «Le corps prend énormément de temps pour la décomposition», confie-t-il. Comme il n’y a pas d’incinération pour les chevaux, l’enterrement est la seule option.
Seul le site de Floréal est destiné à cet exercice, confie Benoît Halbwachs, qui mentionne également un projet d’incinération pour les bœufs et chevaux. Nous avons essayé de joindre le responsable du centre Guy Desmarais à plusieurs reprises mais en vain.
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