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Impact du Covid-19: ces femmes qui ont su se réinventer

2 janvier 2021, 17:00

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Impact du Covid-19: ces femmes qui ont su se réinventer

La pandémie du Covid-19 a fait l’économie mondiale se contracter, ralentissant l’activité de bon nombre d’entreprises et de commerces, quand elle ne les a pas obligés à fermer boutique. Tous les pays ont essuyé ces revers, Maurice compris. Mais ici, fidèles à leur réputation de débrouillards, bon nombre de Mauriciens et de Mauriciennes ont su rebondir. Voici l’histoire de quelques-unes d’entre elles.

Vanessa Cornell-Frédéric: de «Guest Services Officer» sur bateaux de croisière à importatrice de sandales personnalisées

Cette jeune femme de 30 ans, qui a étudié le Tourism Management et qui est détentrice d’un diplôme en Wedding planner, a toujours voulu concrétiser ses rêves. C’est ainsi qu’au cours de sa courte vie, elle a travaillé au sein d’une institution bancaire, occupé plusieurs postes dans différents hôtels, a été hôtesse de l’air. En 2013, elle rencontre le Mauricien Jérôme Frédéric, qui exerce comme deejay sur un bateau de croisière de la Royal Carribean. L’amour est au rendez-vous. Elle l’épouse en 2018 et le rejoint en se faisant embaucher comme Guest Services Officer par la même compagnie de bateaux de croisière. Emploi qu’elle adore car elle apprécie particulièrement le contact humain et la découverte de nouveaux pays et des cultures différentes.

En décembre 2019, Vanessa Cornell-Frédéric a regagné Maurice avec l’intention de remonter sur un bateau de croisière en février 2020. Mais pour des raisons personnelles, elle a étendu son congé mais avec la ferme intention de repartir et son mari aussi. Mais c’était sans compter le nouveau coronavirus, qui les a mis en congé forcé. Bien qu’ils aient fait des économies, le confinement les a fait fondre comme neige au soleil. Ne pouvant faire des plans sur l’avenir, Vanessa Cornell-Frédéric et son mari se sont mis à cogiter à propos de quelle voie suivre. «Il y a quatre ans, Jérôme m’avait offert une paire de sandales à monter soi-même et très populaire auprès des touristes au Mexique. Elles se présentent sous forme de semelles en Memory foam couleur bois ou noir et la personne choisit ses lacets qui sont en tissus de différentes couleurs qu’elle peut tresser et ajuster comme bon lui semble ou le dessus en tissu qu’elle veut et qui est réversible. Il y a aussi des bijoux qui vont avec et ainsi, on peut personnaliser les sandales. J’avais beaucoup aimé ces sandales qui ont duré quatre ans», raconte Vanessa Cornell-Frédéric.

Elle et son mari se renseignent sur le fabricant mexicain, SunSmiles, qui a une branche en Hollande et cette compagnie veut travailler avec eux. Et avant d’épuiser toutes leurs économies, ils décident de passer une petite commande auprès du Mexique qu’ils règlent en dollars par virement bancaire. Sauf que Vanessa Cornell-Fréderic a des sueurs froides quand sa commande passée à la levée du confinement et déjà réglée, n’arrive pas. Elle apprend alors que celle-ci a été rejetée par la Banque du Mexique car Maurice figure sur la liste noire de l’Union européenne.

Elle doit alors attendre que l’argent lui soit remboursé et doit repasser sa commande qu’elle règle cette fois par Paypal. Elle n’est pas au bout de ses peines car sa commande de bijoux s’égare et heureusement pour elle, le fournisseur hollandais accepte de lui en renvoyer une autre. «J’étais censée recevoir mes sandales début novembre mais elles sont arrivées début décembre», explique-t-elle.

Et depuis, la jeune femme, qui a créé sa compagnie nommée SunSmiles Mauritius, a introduit sa page Facebook où elle met en avant ses produits et a participé à plusieurs marchés de Noël. La réaction des gens a été positive. Il faut dire qu’elle et son mari savent y faire. Ils présentent les semelles et montent les sandalettes en une minute. «C’est rapide, solide et pratique». Son public cible est la fillette et la femme chaussant entre 32 et 41.

Si la maison mère lui impose un prix de revient et qu’elle ne gagne qu’environ Rs 200 à Rs 300 par paire de sandales, Vanessa Cornell-Frédéric ne veut pas transiger sur la qualité et espère gagner sur le volume une fois que les Mauriciens auront découvert ses produits. Elle attend que le tourisme redémarre pour placer ses sandales dans les boutiques d’hôtels. Si son mari doit repartir sur les bateaux de croisière lors de la reprise des activités de la Royal Carribean, programmée pour septembre 2021, elle ne pense pas lui emboîter le pas. Du moins, pas tout de suite. Car avant, elle veut consolider sa petite entreprise.

Si elle avait un conseil à donner aux personnes dont l’activité économique a subi les coups de butoir du Covid-19 et qui doivent impérativement changer leur fusil d’épaule, c’est de ne pas hésiter à se lancer. «Il faut croire en ses projets et en ses rêves. J’ai toujours réalisé les miens. Il faut essayer de rebondir, que cela marche ou pas. Au moins, on aura essayé. Il ne faut jamais baisser les bras.»

Reshmi Beejadhur-Rayapen trouve du réconfort dans l’artisanat

Cette habitante de Mahébourg de 34 ans a d’abord travaillé dans des centres d’appels avant d’être embauchée par une compagnie de fret. Après son mariage en 2013, elle est devenue femme au foyer jusqu’à 2018 lorsqu’on lui a proposé un emploi d’enseignante d’art et d’artisanat dans une école pour adolescents à Ville-Noire. «C’était une expérience très enrichissante. J’ai bénéficié de pas mal de formations chez Tipa et auprès du réseau ANFEN. Tout comme j’ai suivi des cours sur la connaissance de soi et l’écoute auprès des psychologues comme Mélanie Vigier De la Tour Bérenger et Émilie Duval. Ce qui m’a appris à mieux communiquer avec les adolescents.»

Lorsque l’île est frappée par le Covid-19, Reshmi Beejadmhur-Rayapen ne peut plus travailler. Et son mari connaît une baisse drastique de salaire. «C’est ce qui m’a poussée à trouver quelque chose qui rapporterait un peu plus d’argent car nous avions besoin de manger, des factures à payer comme tout le monde, un emprunt à rembourser et des chiens errants adoptés à nourrir.»

Grâce aux encouragements de son ami Jean-Daniel Wong, elle a repris l’art et l’artisanat et le facepainting. Depuis, elle participe aux marchés et anime des ateliers pour enfants. «J’ai toujours été passionnée par l’art et pouvoir créer, transformer, redonner une seconde vie aux objets jetés, me rend heureuse.»

Elle est confiante en sa réussite. «Comme le petit oiseau, je fais mon nid. Et j’aimerais dire aux gens comme moi de ne jamais baisser les bras. Trouvez quelque chose que vous aimez et savez faire. Croyez en vous et vous verrez que vous réussirez.»

Reshmi Beejadhur-Rayapen excelle aussi dans l’art du «face painting».

 

Laëtitia Dalais: de créatrice de sacs à main à brodeuse hors pair

Laëtitia Dalais a fait de sa passion pour la broderie une entreprise qui marche.

Cela fait cinq ans que cette Française d’origine réunionnaise, qui a épousé un Mauricien, est basée à Maurice. Avant cela, elle habitait en région parisienne et travaillait dans la lingerie fine pour la marque Simone Pérèle et ce, après avoir complété des études en couture et broderie dans une école de modélisme connue à Paris. Cette mère de quatre enfants dont l’aîné a 10 ans et le benjamin 3 ans, s’est d’abord occupée de ces derniers lorsqu’elle et son mari ont déposé leurs valises dans l’île. Mais comme elle aime énorm é m e n t la couture, durant son temps libre, elle s’est mise à réaliser des sacs à main en suédine avec paillettes et strass et a lancé son entreprise, Tissya Créa, en 2018. Elle plaçait ses produits dans les boutiques des hôtels Beachcomber et chez Beauté de Chine à Curepipe. «C’était des collections privées de sacs à main en trois formats, petit, moyen et grand, que je confectionnais. Cela marchait très bien», raconte-t-elle. Elle a aussi exposé ses collections à London Way, So’Flo et Plaisance Mall.

Les affaires marchaient bien pour elle jusqu’au Covid-19 et la fermeture des frontières, qui sont venus mettre un terme à cette activité rémunératrice. «Cela a été un coup dur pour moi au niveau de la clientèle. J’ai été obligée de revoir mes projets.» Comme elle possédait une machine à broder, elle s’est dit qu’elle s’en servirait pour broder sur des torchons, des serviettes et des peignoirs et réaliser des coffrets de mariage avec certains de ces accessoires.

Elle s’est donc approvisionnée auprès d’Associated Textiles et s’est mise à sa machine à broder. C’est ainsi qu’elle a fondé une autre compagnie pour ces produits spécifiques qu’elle a nommée Brod and Joy car broder lui apporte de la joie, précise-t-elle. «Brod and Joy c’est la marque pour des créations de broderies à la machine et de la broderie avec des techniques d’appliques.»

Depuis, cette habitante de Mahébourg, membre d’Entreprendre au Féminin Océan Indien (EFOI), a participé à plusieurs marchés et a été agréablement surprise par la réaction du public. Elle affiche aussi ses produits sur la page Facebook de Brod and Joy et sur Instagram. Cette reconversion, dit-elle, n’a pas été difficile car coudre et broder restent sa passion.

Elle attend janvier pour relancer la confection des sacs à main mais cette fois pour le marché local. Laëtitia Dalais veut aussi consolider Brod and Joy. Tout comme elle a d’autres projets en tête, c’est-à-dire fabriquer des sacs à main avec de nouvelles matières. Elle conseille à tous ceux dont l’activité a été ébranlée par le Covid-19 de ne pas hésiter à se lancer. «À Maurice, il y a beaucoup d’aides pour ceux qui veulent lancer leur entreprise. L’EFOI met son expertise au service des petits entrepreneurs et il faut en profiter. Il ne faut pas se décourager mais foncer.»

Marie Connie Ashlyn Rosse poursuit ses activités au ralenti en attendant que passe l’orage

Ashlyn Rosse (au centre) et ses bijoux en pierres semi-précieuses.

Les deux domaines explorés par cette jeune fille de 19 ans ont été affectés par le Covid-19 et la fermeture des frontières. Cette cadette de trois enfants, qui a fréquenté le Lorette de Curepipe et qui est en première année d’études en communication, média et journalisme auprès de l’Open University, menait de front une carrière de chanteuse – elle a sorti deux singles intitulés Modem et Anomalie avec le groupe So –, et celle de petite entrepreneure car elle a fondé Kwartz, entreprise de fabrication de bijoux avec des pierres semi-précieuses.

«Avant le Covid-19, j’étais en pleine exploration dans ces deux domaines que j’entreprenais quand malheureusement, mon entourage et moi avons été impactés par le nouveau coronavirus.» En effet, sa mère, après 34 ans de service à Air Mauritius, a été contrainte de prendre une retraite anticipée alors qu’elle n’y était guère préparée, comme tous les employés de la compagnie d’aviation nationale.

Sans compter que la petite entreprise de Marie Connie Ashlyn Rosse connaît une pénurie de matières premières en raison du prolongement de la fermeture des frontières. «Les livraisons devenaient alors très compliquées. La musique, n’en parlons même pas, plus de concerts, plus de représentations, rien. Avec ces changements drastiques de vie, ce n’est pas facile de rebondir seule.»

Heureusement que Marie Connie Ashlyn Rosse a pu compter sur le soutien de ses proches et de son compagnon. «Selon moi, tout arrive pour une raison et cela m’a permis d’évoluer en tant qu’être humain et à dépasser mes limites pour m’adapter aux nouvelles circonstances de la vie, à remettre en perspective mes priorités.»

Marie Connie Ashlyn Rosse a profité de ce temps mort pour travailler sur son premier album, qui est presque terminé. «En ces temps difficiles, la musique est un moyen de soulager les âmes.» Avec les moyens du bord, elle a créé une nouvelle collection de bijoux qu’elle lancera prochainement. Elle promet «plein de nouvelles surprises». «Je pense qu’il faut vivre pleinement chaque instant de la vie et que chaque succès est le miroir de l’effort et des sacrifices fournis.»

Son conseil aux autres, c’est de ne pas oublier d’où on vient et surtout d’écouter son cœur car «c’est la seule façon d’être performant, de faire des choses qui nous tiennent à cœur».

Astrid Duchenne et Gaëlle Guého: les sœurs qui vous facilitent la vie

Astrid Duchenne et Gaëlle Guého proposent des produits pratiques et écologiques.

Même si Astrid Duchenne, 38 ans, et Gaëlle Guého, de trois ans sa cadette, viennent d’un milieu créatif et très porté pour la couture, le tricot, le crochet et même la peinture et que leur rêve d’enfants était d’avoir un magasin à elles, chacune a pris une voie différente en grandissant. Pour la première, cela a été l’enseignement après avoir obtenu un diplôme en langues et en histoire alors que la seconde a mis sur pied, avec sa belle-sœur, une compagnie de décorations florales, qui cartonnait auprès des hôtels. «On avait énormément de travail et il arrivait fréquemment que l’on doive cumuler plusieurs événements en une semaine», raconte Gaëlle Guého.

Gérant un foyer et étant mamans, elles réalisaient qu’il y a des produits pour la maison que les gens achètent et qu’elles pourraient fabriquer en version pratique et écologique. Elles en discutaient souvent mais sans jamais passer à l’acte. Jusqu’à ce que le Covid-19 s’en mêle et réduise drastiquement l’activité de Gaëlle Guého, qui est tributaire du tourisme.

Loin de se morfondre, les sœurs ont alors décidé de remettre au goût du jour leur idée de réaliser des produits du quotidien pratiques, écologiques et à prix abordables et ont fondé leur compagnie qu’elles ont nommée MakemyD Ltd. Que proposent-elles ? Plusieurs produits, à commencer par «l’écoponge», soit un carré de tissu-éponge lavable pour le nettoyage de la maison, une débarbouillette avec pochette pour insérer ses doigts et se démaquiller ou débarbouiller les visages d’enfants, un récup-savon qui ressemble à un gant de toilette et dans lequel on insère le savon, ce qui permet d’éviter que des petits bouts de savon ne finissent dans le carré de douche. Il y a aussi un porte-téléphone portable en tissu, un rouleau de lingettes en tissu, qui ressemble au rouleau de papier essuie-tout, sauf que ce sont des lingettes écologiques lavables et réutilisables à souhait, une trousse de voyage avec plusieurs poches pour y mettre ses objets de toilette lors de déplacements, une poubelle de voiture en tissu, un set de trois couvertures en tissu avec élastique qui s’ajustent sur des bols et évitent le recours au film alimentaire, un coussin chaud et un autre froid pour atténuer les douleurs et autres inflammations. «Tout ce que nous réalisons vient de notre vécu», explique Gaëlle Guého, sujette, de tout temps, aux migraines et qui trouve un soulagement avec ces coussins.

Si elles ont participé à sept marchés jusqu’ici, ce qui a boosté la vente de leurs produits, elles les placent aussi chez l’Ecolo à Curepipe et Beau-Plan et au Pop-Up Store à Cap Tamarin. Les personnes intéressées peuvent consulter l’éventail de leurs produits sur la page Facebook de leur compagnie et passer commande sur Messenger. Ce qu’Astrid Duchenne et Gaëlle Guého apprécient le plus, c’est quand leurs clients utilisent leurs produits à d’autres fins, par exemple, la trousse de voyage qu’une acheteuse a convertie en range-biberons pour son bébé et pour le tire-lait lorsqu’elle est en déplacement. «C’est super car cela indique que les gens font vivre nos produits à leur manière.» Comme elles sous-traitent avec des couturières, elles peuvent prendre des commandes spécifiques comme la confection de rideaux, la couture de poufs, pour ne citer que ceux-là.

Et les deux soeurs débordent d’idées. «Nous avons encore une trentaine de produits à réaliser en tête mais nous ne voulons pas aller trop vite car notre priorité reste nos emplois premiers. De ce fait, cela nous arrange de faire les choses par étapes.»

Si elles avaient un conseil à donner à ceux dont l’activité a été réduite ou stoppée, c’est de «garder espoir et se faire confiance. L’humain a des ressources insoupçonnées. Nous sommes impressionnées par la créativité des Mauriciens. Ils doivent tenter leur chance et surtout ne pas faire du copier-coller. Il faut rester original, créatif et oser.»

 

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