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Weema Askri et Najeeb Ahmad Fokeerbux: «Rendre visibles les actions des jeunes LGBT»

15 août 2019, 12:30

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Weema Askri et Najeeb Ahmad Fokeerbux: «Rendre visibles les actions des jeunes LGBT»

L’African Queer Youth Initiative (AQYI) a tenu sa première assemblée générale en fin de semaine dernière, à l’hôtel Voilà de Bagatelle.

À quand remonte la constitution de l’African Queer Youth Initiative ? 
Sa constitution a démarré en 2015 sur l’idée d’un groupe de jeunes LGBT. C’était lors d’une conférence intitulée Changing Faces, Changing Spaces (CFCS) qui a eu lieu au Kenya et au cours de laquelle, il a été décidé de donner plus de visibilité aux jeunes LGBT en Afrique et de les valoriser en constituant un réseau. L’objectif était de pouvoir autonomiser les jeunes LGBT en Afrique. Cela ne signifie pas qu’ils n’étaient pas déjà actifs mais que leur engagement n’était pas suffisamment visible.

Pour nous, il était important d’injecter du sang neuf dans le mouvement africain LGBT. Donc, lors de la conférence CFCS au Kenya en 2017, nous avons tenu une Youth Pre-conference qui a rassemblé une cinquantaine de jeunes LGBT. Nous avons évoqué la constitution de ce réseau à la suite duquel, nous avons fait un appel à candidatures pour constituer l’exécutif de ce réseau. Pas moins de 150 jeunes LGBT issus des pays d’Afrique y ont répondu favorablement. Étant sous représentés concernant les discours, espaces et projets LGBT en Afrique, l’inclusion de l’Afrique du Nord et des îles y était primordiale.

Qu’avez-vous fait depuis votre constitution effective en 2017 ? 
Grâce au soutien technique et financier d’All Out, en avril, nous avons évalué les besoins en matière de sécurité digitale et l’activisme en ligne dans la région Afrique de l’Est, dans le but d’effectuer une formation à quelque 25 jeunes LGBT de cette région d’ici octobre. L’activisme sur le terrain est présent mais dans plusieurs régions où la législation pénalise les personnes LGBT, ce n’est pas évident de se rendre visible et un des moyens de faire de l’activisme demeure alors par le biais des réseaux sociaux. Nous avons aussi assisté à un forum de l’African Commission on Human and People’s Rights et avons évoqué les enjeux pour les communautés LGBT en Afrique car les réalités africaines sont différentes de celles de nombreux autres pays de l’hémisphère Nord.

Quelles sont justement les réalités des LGBT en Afrique ? 
Les réalités des LGBT ne sont pas les mêmes partout. Elles diffèrent d’une région à une autre, mais en Afrique, la majorité des pays criminalisent encore le droit au mariage homosexuel, exception faite de l’Afrique du Sud, des Seychelles, du Botswana et de l’Angola où l’homosexualité a été dépénalisée. Dans certains autres pays africains, les personnes LGBT n’ont même pas le droit de se grouper en organisation. Par exemple, au Maroc, en Algérie ou encore en Égypte, on ne peut même pas parler des LGBT.

Est-ce lié à la religion ? 
Pas que. C’est aussi une question de culture. En Égypte par exemple, il n’y a pas de loi qui pénalise l’homosexualité en tant que telle mais c’est la loi qui pénalise la prostitution qui s’applique aux homosexuels. En Tunisie, la sodomie est pénalisée et ce sont plutôt les lesbiennes qui peuvent parler plus librement des droits des LGBT, car aucune loi ne les pénalise. Donc en Tunisie, le mouvement s’est féminisé et les lesbiennes sont plus tolérées.

Qui sont les plus à plaindre dans la communauté LGBT en Afrique, jeunes comme moins jeunes ? 
Définitivement les personnes trans car elles sont plus visibles que les homosexuels et les lesbiennes et elles sont sujettes à toutes sortes de violence. Mais cela ne les empêche pas de continuer à militer et à prendre les devants. Au Botswana par exemple Tshepo Ricki Kgositau a obtenu de la Cour suprême le droit d’être considérée comme une femme et de recourir au changement de sexe.

Depuis sa constitution, quel est le message transmis par l’AQYI aux jeunes LGBT ? 
Qu’il faut plus de logique, plus de sensibilité, plus de diversité, d’innovations et de moyens de communication mais tout dépend de notre cible. L’acceptation de la communauté LGBT vient de la population plus jeune qui comprend et accepte les différences. En Tunisie, la culture Queer commence à émerger. Il ne faut plus dire que les jeunes sont l’avenir de demain. Les jeunes sont dans le présent. D’ici 2030, en Afrique, une personne sur quatre sera un jeune de moins de 25 ans. Il faut donc les écouter et composer avec eux.

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