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Moorthy Nagalingum: peindre «la transparence même de la vie»
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Moorthy Nagalingum: peindre «la transparence même de la vie»
Retrouver l’essentiel, c’est le cheminement de l’œuvre de Moorthy Nagalingum. Il expose 70 œuvres à partir de vendredi au Blue Penny Museum, visibles jusqu’au 29 juin.
Discrétion et détachement. Pour Moorthy Nagalingum, l’homme s’efface derrière l’oeuvre. Montrant des cartons rangés dans son studio, au bord du ravin à Balfour, il affirme qu’il y a là assez pour faire «cinq expositions ». Mais comment effacer sa contribution au développement des beaux-arts à Maurice ? C’est pour s’en souvenir et la faire découvrir que le Blue Penny Museum lui consacre une exposition, du 31 mai au 29 juin.
Qu’a-t-il choisi de montrer ? «C’est au public de le dire.» Un temps. Une respiration. «C’est la transparence même de la vie.» Moorthy Nagalingum croit dans le pouvoir de la vérité. De la franchise, «mais sans jamais blesser. Si vous n’y êtes pas réceptif, je me retire».
À 84 ans, celui qui a enseigné les beaux-arts à des générations d’étudiants affirme : «Je ne prétends pas connaître la vie.» Mais à la phrase suivante, c’est la sagesse acquise au fil d’une riche existence que l’on entend : «Pour se faire accepter ou se faire connaître, il n’y a pas lieu de monter sur les épaules des autres parce qu’en voulant atteindre le sommet, vous tombez six pieds sous terre.» Moorthy Nagalingum poursuit : «Ne suivez pas servilement le courant, vous risquez d’être emporté.»
Aïe, le professeur stoppe tout net la leçon. «Je parle trop. J’ai fait mon travail, c’est tout. Si vous me flattez, je le mérite, si vous me tapez dessus, je le mérite.»
Quel est ce travail ? Définition de l’artiste lui-même : «Figer en formes et en couleurs ce que vous ressentez.» Il insiste, une fois qu’il entre dans le sujet – il s’excuse d’utiliser ce mot – «je me fiche du sujet». Moorthy Nagalingum se défend de pratiquer une peinture totalement abstraite. «On ne peut pas être trop égoïste et ne peindre que pour soi.» L’objectif n’est pas de comprendre le tableau, mais de le ressentir. «Je pose ça là, si cela vous attire tant mieux, sinon tant pis.»
Sa palette est épurée : du bleu, un peu d’orange et du marron. Le minimum pour faire le maximum. Mais aussi du noir et blanc, pour le «contraste de la vie». Au début, c’était la forme qui primait, la couleur n’étant que prétexte pour y entrer. C’était l’époque où il était «naïf». Mais le «fana de la forme» a fini par comprendre que l’essentiel est d’atteindre une forme de délivrance.
Au Blue Penny Museum, seront exposées une dizaine de pièces anciennes datant des années 1970. En vitrine, ses miniatures les plus récentes. Le dessin, qu’il pratique toujours est «une accalmie. C’est la prière du jour».
Les 60 autres pièces déroulent le temps jusqu’à nos jours. «On verra s’il y a eu une évolution de mon travail ou si je suis vraiment un dinosaure de la vieille école.» Car au final, «qu’est-ce que tout cela a à faire avec l’homme ?»
Attention aux définitions
<p style="text-align: justify;">Son alma mater en Inde, c’est Santiniketan. Moorthy Nagalingum y a touché à tout : l’argile, la colle forte, mais aussi à la bouse de vache, à l’urine de boeuf. «On ne faisait pas de vous un artiste. Vous étiez équipé pour faire des choix.» Il a «tâté» du dessin, de la gravure, de la tempera à l’oeuf, «sans arrogance», insiste-t-il. Mais aussi du modelage et de la sculpture. Le vénérable maître se redresse dans son fauteuil. «Ici, nous avons une fausse conception de la sculpture.» Il mime le ciseau et le maillet. «La sculpture veut dire ça.» À ne pas confondre avec le modelage de l’argile, du plâtre de Paris ou du ciment. Il distingue aussi «les artisans qui se posent en artistes».</p>
Salon de mai : l’idée de départ
<p style="text-align: justify;">Pourquoi a-t-il initié le Salon de Mai ? Il répond : «C’est devenu cliché maintenant de dire que Nagalingum a commencé par la musique avec France Alleaume, le conservateur.» Il se souvient qu’à l’époque, ce n’était pas courant de «marcher avec son cahier de dessin». C’est en cachette que l’adolescent qui a grandi à la rue Remy Ollier à Port-Louis, va peindre au Champ-de-Mars, au jardin de la Compagnie. Surtout les multipliants. Il entend parler d’une exposition et se présente pour montrer l’un de ses tableaux. Sauf qu’il tombe sur quelqu’un qui n’est pas concerné par l’exposition. Moorthy Nagalingum prendra son refus comme une «gifle». «Je me suis demandé si c’était réservé à une catégorie de gens.» Bond dans le temps : au MGI, «faute de galerie, faute de musée, c’était impensable pour les jeunes d’aller voir des expositions. Le but était que les jeunes côtoient les aînés». Depuis l’an dernier, le Salon de Mai a changé de direction. Il ne se déroule plus en mai à cause des examens qui se tiennent durant cette période. «Tout cela n’est plus de mon ressort.» Ce que qu’il regrette, que l’idée de Salon de l’océan Indien n’ait pas abouti.</p>
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