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Anaïs Agathe: la volonté de réussir est là mais le corps ne suit pas

8 octobre 2017, 13:23

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Anaïs Agathe: la volonté de réussir est là mais le corps ne suit pas

Ils ont beau squatter mais beaucoup d’entre eux veulent s’en sortir. Soit par l’entrepreneuriat, soit par l’éducation, comme le désire Anaïs Agathe, qui vit avec ses proches sur le flanc de la montagne, à Tranquebar. Studieuse, elle a réussi à se hisser jusqu’en première année de Form VI. Mais l’anémie la mine. Le manque de moyens pour y arriver aussi.

Anaïs Agathe est une jeune fille joviale mais dont le teint et l’embonpoint trahissent une alimentation pas toujours équilibrée. Elle est l’aînée de trois enfants et fille de Rodriguais originaires de Port-Sud-Est, venus s’installer à Maurice, il y a 16 ans, dans l’espoir d’y trouver un avenir meilleur. Mais malgré leur détermination, ils se sont enlisés dans la pauvreté – Anne Marie Agathe, la mère, trouvant de l’emploi comme bonne et son mari comme maçon. Ils ont fini sur ce flanc pelé de la montagne Le Pouce, dans une bicoque en bois et tôle. Mais chez les Agathe, on a beau manquer d’argent mais pas de dignité et d’hygiène. Si petit soit leur logis, il est propre et bien entretenu.

Anaïs porte fièrement l’uniforme du Medco Bhujoharry qu’elle fréquente depuis la Form I. Elle est actuellement vice-class Captain. Si elle aime cette institution, il n’en a pas toujours été ainsi à ses débuts. «Ler mo rant dans Form I, bann zélev pli gran kinn fini kité zordi fer bullying. Elles vous bousculent et vous réclament votre argent, zot bat mwa kalot. Mo ti ankor couyon lerla. Mo pa ti adapté ar sa ditou. Zot sikann dimounn lor zot fizik alor ki zot latet pa meyer ki pou ou.» Elle en souffre mais n’en parle pas à sa mère. «Mo ti pé ploré an kasiet.» Si bien que lorsque son oncle et sa tante qui sont en visite à Maurice lui proposent de venir à Rodrigues, Anaïs accepte et s’en va. Elle fait d’ailleurs sa Form II à l’école de Grande Montagne et adore sa vie scolaire. «Bannla mari korek.» Elle se prend de passion pour une matière, en l’occurrence l’agriculture. Elle a de bonnes notes, sauf qu’au fil du temps, sa fratrie lui manque. Si bien qu’au bout d’un an, elle regagne Maurice et est réadmise à l’école Medco Bhujoharry. Elle ne se laisse plus faire par les plus grandes. «Je n’étais plus cette Anaïs naïve d’autrefois. Monn koz brit ar zot ek zot inn konpran ki fodé pa rodé ar mwa», explique-t-elle. «Monn gagn la pé ziska zordi.»

Anaïs est studieuse. Pour certains, elle fait même partie de la «bande des intellos» comme on nomme celles qui s’appliquent. Elle bute sur des matières comme les mathématiques et l’anglais. Si elle réussit son examen de Form V dont les frais sont assurés par l’État, elle n’obtient pas suffisamment de credits pour passer en Form VI.

«Konsantrasion ki difisil. Éna ler mo pa bien mé mo pa montré li...»

Elle ne se décourage pas pour autant et refait sa classe, sa mère étant prête à se saigner pour qu’elle puisse reprendre l’examen. La jeune fille réussit à sa seconde tentative et passe depuis le début de 2017 en Form VI. Si elle démarre cette première année du bon pied, un jour elle manque de s’évanouir au sortir de l’école. Heureusement que sa mère, qui n’est pas loin derrière, la soutient et lui évite la chute. Comme ses faiblesses deviennent plus régulières, sa mère l’emmène à l’hôpital. Les analyses sanguines qui sont effectuées révèlent que son hémoglobine est de 8 grammes par 100 ml alors qu’un taux d’hémoglobine normal chez la femme doit se situer entre 11,5 et 15 g/ml. Là-dessus vient se greffer un début de gastrique, faute de se nourrir convenablement et à des heures régulières.

Anne Marie Agathe, sa mère, explique désolée, que ce n’est pas qu’ils ne s’alimentent pas. «Nou manz diri, cari pwason, parfwa poul ou sardine.» Mais les légumes et les fruits ne sont pas souvent à la portée de la bourse des Agathe qui sont tout de même cinq à table.

Pour compliquer les choses, les comprimés de fer qu’Anaïs obtient dans un premier temps de l’hôpital la font gonfler. «Mo ti oblizé aret pran li.» Le médecin qu’elle a revu lui en a prescrit d’autres. Cet état de faiblesse a fait qu’Anaïs manque souvent l’école au deuxième trimestre. Et le dokter payé chez lequel sa mère l’a entraînée a découvert qu’elle a un kyste près des ovaires. Pour couronner le tout, depuis six semaines maintenant, ses règles ne tarissent pas.

Elle s’efforce malgré tout d’aller à l’école et de rattraper son retard car ses examens commencent la semaine prochaine. «Mo pa bes lébra.» Elle a de nombreux projets scolaires notamment en art pour lesquels elle doit effectuer des recherches sur le Net. Mais comment le faire sans ordinateur à la maison ? Elle se débrouille comme elle peut et surtout grâce à une enseignante qui lui propose de venir chez elle le samedi pour consulter le Net. Tout comme un autre enseignant lui donne d’autres cours. Les deux n’insistent pas pour qu’elle les règle. Mais la fierté des Agathe ne l’accepte pas. Le père d’Anaïs fait un sacrifice supplémentaire pour que la jeune fille leur donne une petite enveloppe, même si c’est nettement moins que ce qu’elle aurait dû payer pour des leçons particulières.

Elle a beaucoup de mal à se concentrer. «J’ai raté beaucoup de classes. Konsantrasion ki difisil. Éna ler mo pa bien mé mo pa montré li. Mo pou komposé ek mo pou gété.» Ses parents sont inquiets pour elle car ils savent que si elle rate cette première année, elle ne pourra prendre part qu’à l’examen de General Certificate of Education vu qu’elle a déjà 19 ans. De plus, elle sait que ses parents devront encore dépenser pour elle.

Lorsqu’elle est découragée, elle se dit qu’elle va arrêter l’école et chercher un parrain pour des études à l’école hôtelière, par exemple. Mais son père et sa mère insistent pour qu’elle étudie et décroche au moins son certificat de Higher School Certificate. «Mo mari kontan aprann. Mo aprann ek révisé pandan peryod lib lékol ek mo gard zis dévwar ékri pou lakaz. Si mo ti éna enn computer, sa ti pou fasilit mo lavi ek edmo frère Anadiel ki pé refer so Form V collège St Bartholomew ek mo ti ser Anastasia, wit an, ki konn bann mot mé pa konn lir. Mé bon, mo péna li. Mo pou fer tou zéfor pou sey pasé pou papa ek maman pa dépans ankor lor mo lexamen… »

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