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Questions à…
Ahmad Sulliman : «On est en train de subir les mêmes maladies que sous l’ancien régime, sinon pire»
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Ahmad Sulliman : «On est en train de subir les mêmes maladies que sous l’ancien régime, sinon pire»
Ahmad Sulliman, directeur des Éditions Le Printemps.
Cri du cœur ou coup de gueule ? En ce début novembre, le regard d’Ahmad Sulliman, directeur des Éditions Le Printemps, est tourné vers la prochaine rentrée scolaire. L’expérience – cela fait 36 ans que le libraire et éditeur a pignon sur rue à Vacoas – nourrit ses critiques.
Nous sommes à plus de deux mois de la rentrée scolaire 2027. Vous craignez déjà le risque de retard dans la disponibilité des manuels. Pourquoi ?
Depuis une semaine, j’ai commencé à dire aux parents d’élèves que la situation risque d’être compliquée à la rentrée. Déjà qu’en temps normal, les établissements scolaires prennent du temps à nous envoyer la liste des livres pour la rentrée. Aujourd’hui, situation mondiale oblige, il y a des problèmes partout, pas qu’à Maurice. Je préfère être prévoyant.
Pour mieux comprendre la situation, pouvez-vous donner des chiffres ?
À hier matin (NdlR, le lundi 2 novembre), 25 institutions scolaires sur 150 nous avaient envoyé leur liste de livres. Cela ne représente même pas 20 %. On est en train de subir les mêmes ‘maladies’ que sous l’ancien régime, sinon pire. On dira que je ne suis jamais content. Mais je connais profondément la situation.
Justement, de quels livres parlez-vous, alors que les manuels scolaires sont gratuits pour tout le cycle primaire ainsi qu’au début du secondaire jusqu’en Grade 9 ?
Je parle essentiellement des livres qui sont imprimés localement, surtout pour le secondaire. Des suppléments, pour ainsi dire, pour accompagner les textes prescrits. Je parle aussi des livres pour les Grades 10 à 13, des classes où les livres sont aux frais des parents. Si on ne sait pas quel est le nombre d’exemplaires requis pour chaque matière, soit on en fabrique trop, ce qui coûte de l’argent, soit on n’en fait pas assez et il y a un manque sur le marché. Pour éviter ces deux cas de figure, il nous faut les listes de livres pour prévoir et comparer aux ventes de l’année précédente.
Prenez l’exemple d’un livre de mathématiques pour le Grade 10. Il n’est pas gratuit. Il y a au moins trois-quatre auteurs pour cette matière. Les collèges de Lorette, les collèges Royal n’utilisent pas forcément le même livre. Les listes permettent de prévoir les ventes. Un tirage à 1 000 exemplaires a un coût qui n’est pas le même que pour un livre tiré à 100 exemplaires, qui sera beaucoup plus cher à l’unité.
Même si toutes les listes de livres ne vous sont pas encore parvenues, comparé à l’année dernière, l’augmentation du prix pour une sélection de livres prescrits va se situer dans quelle fourchette ?
Ce sera à peu près 10 % plus cher. Nous avons pas mal de titres dont nous sommes l’éditeur. Prenez par exemple La diligence s’éloigne à l’aube de Marcelle Lagesse. Ce texte revient au programme l’année prochaine. J’ai été tellement fier quand Mme Lagesse m’a choisi comme son éditeur. Cela fait au moins une dizaine d’années que ce texte n’était plus étudié ; il est de retour. Nous avions aussi publié Une jeune femme au mont Limon. L’année dernière, nous avons publié Le fils du pauvre (NdlR, de Mouloud Feraoun) et du Maupassant. L’école des femmes de Molière revient aussi au programme l’année prochaine. Pour tous ces livres, nous ne dépendons plus de l’étranger. Nous achetons les droits. C’est ce que nous avons fait pour Un secret de Philippe Grimbert (NdlR, prix Goncourt des lycéens 2004).
Tous ces livres ont été choisis par les institutions mauriciennes avec l’agrément de Cambridge. Ce que nous voulons savoir maintenant, c’est combien d’élèves vont choisir la filière littérature française et étudier tel ou tel ouvrage. Sans les listes, c’est difficile à prévoir. Quand nous produisons ces livres, nous ne faisons pas qu’imprimer le texte intégral. Ils sont toujours accompagnés d’une analyse critique, de commentaires, de notes biographiques sur l’auteur. Les livres en anglais ne sont pas en reste. L’année dernière, pour la première fois, nous avons produit A Midsummer Night’s Dream de Shakespeare. Et là, c’est The Tempest qui va sortir, avec le Modern English, les annotations à Rs 200.
Les écoles suivent un calendrier. Elles sont aussi au courant de la situation que vous décrivez et savent qu’il y a urgence. D’après vous, où est-ce que ça coince ?
Avec toutes les facilités de communication qui existent, les gens pensent que vous pressez sur un bouton, vous avez tout le texte. D’autres sont négligents. Le gouvernement a changé, mais on a toujours les mêmes contraintes. J’ai le sentiment que l’on dilapide l’argent des contribuables. Vous savez combien le gouvernement doit débourser pour la réimpression des livres soi-disant gratuits ? Au moins Rs 4 millions en plus. Mais c’est l’indifférence qui prime. Cette année-ci, je n’ai pas eu de contrat. Pourquoi ? J’ai demandé une extension de 30 jours. Ils ont refusé. Au lieu de payer Rs 2 millions, ils ont payé probablement Rs 4 millions pour gagner 30 jours.
Tout est une question de planification. Si vous planifiez en décembre d’aller imprimer les livres, vous aurez du retard pour la fourniture. Ce sont les mêmes choses qui se répètent. Une commande du ministère de l’Éducation, c’est environ 10 000 à 15 000 exemplaires par titre. Avec une bonne planification, vous pouvez négocier un bon prix dans les bateaux. Mais quand vous faites tout à la va-vite, vous êtes obligé de payer des frais supplémentaires. Sans oublier que le fret a quasiment doublé, surtout sur l’Asie.
Les livres que vous produisez sont imprimés localement ?
Tout est fait à Maurice. Ensuite l’impression est faite ailleurs. Si je fais imprimer à Maurice, cela va coûter deux fois plus cher. Et certaines imprimeries locales ne peuvent pas fournir les quantités. Ceci dit, il y a des manuels scolaires qui seront disponibles au même prix que l’an dernier. Par exemple, le livre de mathématiques pour le Grade 10 à Rs 450 ne bouge pas. Le livre de français pour le Grade 10 est à Rs 425.
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