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Kaviraj Sharma Sukon: «Le “mismatch” ne pourra jamais être éliminé mais peut être réduit»
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Kaviraj Sharma Sukon: «Le “mismatch” ne pourra jamais être éliminé mais peut être réduit»
État des lieux de la formation à distance, disparité entre l’offre et la demande de formation, employabilité des diplômés… Kaviraj Sharma Sukon, directeur général de l'Open University, décortique ces thèmes qui font débat dans l’enseignement supérieur.
Quel est le profil de la population estudiantine dans votre établissement ?
Nous distinguons trois catégories d’étudiants. Premièrement, ceux déjà actifs dans le monde du travail et qui cherchent de nouvelles compétences pour s’inscrire dans la dynamique mondiale. Parallèlement, l’Open University (OU) attire des jeunes de 18 à 25 ans qui, à la fin du cycle secondaire, ont le choix de l’alternance entre le travail et les études. Par exemple, en débutant leur carrière, certains réalisent que pour progresser, des qualifications additionnelles sont requises.
Quant aux personnes disposant préalablement d’une expérience professionnelle de dix à 20 ans, elles constatent les changements en termes de critères de promotion. Elles prennent conscience que leurs apprentissages sont dépassés. Il faut en développer de nouveaux. Troisièmement, il y a des personnes retraitées qui, par exemple, entament leur licence car elles n’ont pas de grande activité. De plus, il s’agit d’un rêve qui n’a pu être réalisé auparavant.
Depuis sa création, l’université accueille environ 5 000 étudiants, dont une centaine d’étrangers. Nous visons beaucoup les professionnels. Une cinquantaine de médecins sont inscrits en maîtrise en santé publique. Et des spécialistes sont, eux, inscrits dans des cours avec le Royal College of Physicians d’Edimbourg.
L’éducation à distance fonctionne-t-elle vraiment à Maurice ?
Plusieurs personnes avaient et peuvent encore avoir des appréhensions à ce sujet. Quand l’Internet s’est développé, nombreux sont ceux qui ont appris à travers cet instrument. Au fil du temps, on a accepté la formation à distance. Par exemple, il y a beaucoup de Mauriciens inscrits aux Massive Online Open Courses (ou Cours en ligne ouverts et massifs). Ils sont dispensés par des universités de renom. Ceci a démontré qu’ils pouvaient apprendre à travers cette méthode.
À nos débuts, nous avions une centaine d’inscriptions pour les cours à distance. En janvier 2017, nous avons reçu 800 nouvelles inscriptions. Et nous espérons en avoir 1 200 de plus pour la rentrée en août. L’éducation à distance fonctionne bien à Maurice. Le nombre d’inscriptions ne cesse de croître. En 2014, l’OU était l’unique université publique mauricienne à avoir enregistré une croissance positive de 88 %. De plus, le nombre de drop-outs est très faible. Il est de 2 à 3 %. Nous développons le Learner Management System pour offrir un meilleur service aux étudiants et renouvelons notre bâtiment destiné au tutorat à Curepipe.
Quelles différences faites-vous entre les cours réguliers et les cours à distance ?
Ce qui distingue principalement les cours réguliers et à distance, ce sont la flexibilité, l’autonomie et la compatibilité avec tous les types de vie. Les cours à distance attirent un public divers. Les cours dits «réguliers» ou «conventionnels» n’offrent que très peu de flexibilité à l’apprenant, qui est contraint d’être présent pendant toute la durée d’une classe. Cela oblige à modifier l’emploi du temps. Et ce, souvent au détriment d’autres obligations.
À l’inverse, l’éducation à distance est un mode d’apprentissage qui ne requiert pas obligatoirement la présence physique de l’enseignant auprès de l’étudiant. Dans la même veine, les étudiants peuvent s’organiser à leur rythme et avoir une autre activité en parallèle, comme un stage ou un emploi à temps partiel. Ainsi, l’étudiant qui arrive à l’OU reçoit un manuel complet avec ses notes de lecture, des supports vidéo pour certains modules et une opportunité d’interaction avec des tuteurs pendant une dizaine d’heures.
Une plateforme de e-learning assure également la liaison avec les tuteurs et Programme managers. L’étudiant est donc indépendant mais pas isolé. En somme, l’université va vers l’apprenant. L’éducation est plus personnalisée et calibrée avec des tuteurs préparés pour répondre aux besoins de l’apprenant professionnel. Une autre différence relève de l’e-library. Celle-ci comprend 500 000 titres incluant les revues scientifiques et des livres en anglais et en français. En cours présentiel, l’élève doit se déplacer et est limité dans le nombre d’ouvrages à emprunter. Avec la bibliothèque en ligne, il peut rester chez lui, télécharger ses documents et apprendre quand il le souhaite.
À qui s’adressent les «Foundation courses» ?
Les Foundation courses sont destinés aux étudiants ayant réussi dans une seule matière principale au Higher School Certificate. Or, pour être admissible à un programme de licence universitaire, il faut réussir au moins dans deux matières principales. Il s’agit de donner une seconde chance aux personnes qui sont déjà dans le domaine du travail sans avoir acquis au préalable de diplôme secondaire.
Le problème de «mismatch» entre la formation et l’employabilité se pose souvent lorsqu’on évoque les inscriptions universitaires. Quelles seraient les solutions ?
Beaucoup de recherches ont été réalisées sur le mismatch depuis 2005, notamment par le Human Resources Development Council (HRDC). J’y ai personnellement consacré pas mal de travaux. Il faut préconiser un bon career planning à partir de la Grade 7, ou Grade 9, lorsque l’étudiant décide des filières qu’il intégrera. Les jeunes doivent aussi faire des tests de psychométrie pour déterminer leurs forces et faiblesses. Les tests peuvent être faits en ligne. Le HRDC travaille sur un projet dans ce sens. Deuxièmement, l’élève doit analyser son profil. Par exemple, les sciences sont-elles plus appropriées pour lui que l’économie ou d’autres domaines ? Parallèlement, il doit connaître les paramètres du métier. Par exemple, sur career4u.tv, le jeune peut découvrir des vidéos de gens qui exercent déjà la profession qui l’intéresse.
Le problème de mismatch ne pourra jamais être éliminé, mais il peut être réduit. En complément au career guidance, un étudiant en fin de programme doit être exposé à la pratique. Un stage en industrie est crucial. Les compagnies doivent ouvrir leurs portes aux étudiants pour une formation de six mois à un an. Ainsi, ce mismatch pourrait être réduit. De plus, nous devons travailler en collaboration avec l’industrie. Chez nous, pendant qu’un jeune est avec nous, il doit avoir un certificat professionnel. Nous l’encourageons à aller chercher une formation et considérons ce certificat. Cette collaboration est primordiale. Enfin, lorsque des industries sont sujettes à des fermetures, il faut des initiatives pour la réorientation des employés vers un autre domaine. Il faut aussi avoir des professeurs formés en counselling et également ce type de service pour les employés.
Et qu’en est-il de la disparité entre les formations liées aux champs d’études prioritaires et l’absence de cours spécialisés dans ces domaines ?
Nous pouvons dispenser ces cours en collaboration avec d’autres universités et pouvons également les inviter à dispenser des formations précises pour un certain temps. C’est ce que Singapour a fait. Quand le pays a besoin de certaines compétences, il contacte ces universités. L’OU est là pour ça. Par exemple, pour les médecins, il y avait une grande demande. Nous avons contacté l’établissement d’Edimbourg pour dispenser ces cours. Dans tous les domaines, nous pouvons le faire. Maurice est petit. Pour effectuer un cours, c’est tout de même difficile. La collaboration avec d’autres universités est nécessaire.
Un autre problème se pose. Imaginons que la liste d’études prioritaires est émise aujourd’hui et qu’il faut du personnel en Medical Engineering. L’université décide de monter ce cours. Cela nous prend un an pour développer ce programme, un an encore pour recruter l’étudiant et quatre autres pour compléter la formation. Cela veut dire que nous aurons cette ressource après cinq ans. Il se peut qu’il n’y ait plus le besoin après ce délai. C’est une réalité que les gens doivent comprendre. Si le besoin est là, maintenant, il vaut mieux leur offrir un programme de conversion qu’ils peuvent compléter dans un an au minimum.
Quels sont les nouveaux métiers et formations ?
Dans tous les domaines, il manque des gens avec des compétences. Par exemple, en finance, c’est la trésorerie et la gestion des fonds. Dans l’informatique ou le marketing, on verra qu’il faut se spécialiser en digital marketing. Il y a aussi au niveau des technologies des nouveaux logiciels. Dans l’architecture, il faut davantage tenir compte du sustainable development, town planning, entre autres. Si quelqu’un fait un degré classique, il ne pourra pas répondre aux besoins. Beaucoup de spécialisations émergent désormais.
Côté formations, nous venons d’introduire le Diploma in Social Work, le BSc (Hons) in Social Work et le Consultation skills for Doctors and Healthcare Professionals. C’est novateur dans le domaine de la médecine car ce cours procure les outils pédagogiques nécessaires aux médecins pour améliorer leurs consultations.
Bio Express
<p>1996 : Chargé de cours en mathématiques et statistiques à l’université de Maurice (UoM).</p>
<p>1999 : Il rejoint le département de recherche du Mauritius Examinations Syndicate.</p>
<p>2005 : Manager du département de Research and Consultancy au HRDC.</p>
<p>2005 à 2012 : Chairman du comité de direction du Mauritius College of the Air.</p>
<p>2007 à 2011 : Membre du sénat de l’UoM</p>
<p>Depuis 2011 : Membre du conseil de l’université de Technologie.</p>
<p>Depuis 2012 : Directeur de l’Open University à Réduit et, parallèlement, Honorary Senior Lecturer de l’Imperial College de Londres.</p>
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