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L’an prochain à Diégo Garcia: Le pot-de-vin Chapitre I (2/2)
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L’an prochain à Diégo Garcia: Le pot-de-vin Chapitre I (2/2)
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Les stratèges britanniques qui ont analysé la situation militaire de l’océan Indien sont sensibles aux besoins des Américains. Ils notent que depuis l’attaque chinoise de 1962 contre l’Inde, et peut-être plus tôt, les Américains ont pris conscience d’un «vide» dans leur dispositif militaire dans la région. Ils n’ont pas de forces déployées en permanence entre la Méditerranée et les Philippines. D’autre part, les Britanniques estiment que si eux-mêmes doivent maintenir une présence militaire à l’est de Suez, ils ont intérêt à promouvoir une plus grande coopération militaire anglo-américaine dans l’océan Indien, et s’ils devaient se retirer graduellement, il ne serait pas moins utile d’assurer une présence américaine.
L’étude conjointe anglo-américaine, menée dans les îles, est réalisée avec l’accord de Seewoosagur Ramgoolam, qui dirige le gouvernement autonome de Maurice. Assez vite, les experts qui inspectent les îles arrivent à la conclusion que Diego Garcia serait un excellent choix pour l’établissement d’une base militaire. Isolé, mollement administré par Port-Louis, l’archipel, peu peuplé, est situé à une distance presque égale des côtes de l’Afrique orientale, des archipels indonésiens, de l’Australie et de l’Irak. Il est aussi proche de l’Asie du sud, un point chaud en raison de la rivalité entre l’Inde et le Pakistan. Tel un «porte-avions», Diego Garcia est exceptionnellement bien située pour contrôler tout l’océan Indien. En fait, les Britanniques en rêvent depuis fort longtemps : déjà en 1786, aux prises avec les Français, ils avaient envoyé de l’Inde une expédition dans l’île pour y installer une «base militaire».
Le choix fait, conformément à leur accord secret, les Britanniques tentent une première approche auprès du chef du gouvernement mauricien. Ils évoquent la possibilité de détacher quelques-unes des îles de l’archipel. Ils constatent que la première réaction de Seewoosagur Ramgoolam est «réservée». C’est que même si les Britanniques ne parlent que de «station de communications», les dirigeants mauriciens sont parfaitement au courant de leur intention à long terme. Des rumeurs d’installation d’une base américaine dans la région circulent déjà. Elles ont provoqué des réactions hostiles de certains gouvernements africains et asiatiques, ainsi que de Moscou et de la conférence des pays non-alignés qui s’est déroulée au Caire.
Mais, les critiques et les oppositions ne freinent aucunement Whitehall. Il est rapidement décidé que le Colonial Office devrait prendre les mesures constitutionnelles voulues afin de détacher les îles en question. Le ministère de la Défense est invité à calculer le «prix d’achat» de ces îles et évaluer le potentiel militaire de chacune d’elles.
Lors d’une visite à la Maison-Blanche, le 15 avril 1965, le Premier ministre britannique, Harold Wilson, rassure les Américains qui s’impatientent. Ils trouvent que le projet n’avance pas suffisamment vite. Wilson déclare que les Britanniques sont tout aussi pressés de faire aboutir ce projet de développement de «bases» dans l’océan Indien – «base» est le mot utilisé parWilson.
Le Premier ministre britannique réaffirme son engagement de faire aboutir le projet, malgré «l’embarras politique» dont le Royaume- Uni pourrait être l’objet aux Nations unies et ailleurs. Le Royaume-Uni appréhende une levée de boucliers de l’Onu. En 1960, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la Déclaration 1514 (XV) sur l’indépendance des territoires et des peuples coloniaux. Cette déclaration demande l’indépendance complète des territoires autonomes comme Maurice et les Seychelles, sans modification de leurs frontières. Elle condamne «toute atteinte visant à bouleverser, partiellement ou totalement l’unité nationale et l’intégrité territoriale d’un pays».
Le gouvernement britannique reconnaît que le démembrement éventuel des territoires mauricien et seychellois, en violation donc de la charte des Nations unies, provoquera des «accusations de colonialisme et d’impérialisme». Pour tenter d’atténuer ces critiques, il n’a de cesse de souligner qu’il agit en consultation permanente avec les dirigeants politiques locaux. Le Premier ministre britannique admet que le Royaume-Uni paiera un «prix» politique pour cette opération. Il se préoccupe également de son coût en termes d’indemnités à payer aux intérêts commerciaux concernés, «mais aussi du prix qu’il faudra payer au gouvernement local pour la cession des îles en question». Il souhaite que la proposition soit davantage discutée, notamment son aspect juridique ; il s’agit de savoir si les gouvernements locaux peuvent vraiment exiger un dédommagement en contrepartie du démembrement de leur territoire.
Cette question a été analysée par l’administration britannique, qui a conclu que même si elle est en droit de détacher ces îles, un dédommagement devrait quand même être payé pour écarter tout risque de «chantage».
Et comme il s’annonce bien plus élevé que prévu au départ, les Britanniques décident de reprendre la discussion avec les Américains et de solliciter une contribution financière de leur part.
Bien que toutes ces tractations soient censées se dérouler dans le plus grand secret entre les deux gouvernements, la presse internationale commence à publier des révélations sur ce projet angloaméricain. En réaction, le Commonwealth Relations Office met en place une ligne de défense qui consiste à nier l’imminence de la construction d’une quelconque base, reconnaissant seulement en public l’existence d’une étude conjointe anglo-américaine à ce sujet.
Dans une déclaration à la Chambre des communes, le 5 avril 1965, Mme Eirene White, sous-secrétaire d’État aux Colonies, précise que le chef du gouvernement mauricien a été consulté quant à l’étude visant à trouver des sites possibles «pour certaines facilités limitées». Elle déclare que le conseil des ministres mauricien a été tenu informé, que les résultats de l’étude étaient toujours examinés et que le Premier sera de nouveau consulté avant toute annonce à Londres et à Washington. Cette position officielle est communiquée aux diplomates britanniques en poste dans les pays du Commonwealth, à l’exception de New Delhi, dont Londres se méfie.
(À suivre…)
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