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Journée mondiale des travailleurs sexuels: sensibiliser pour voir au-delà des apparences

3 juin 2016, 13:49

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Journée mondiale des travailleurs sexuels: sensibiliser pour voir au-delà des apparences

 

 

Faire en sorte que les Mauriciens prennent conscience que derrière chaque travailleuse sexuelle se cache une mère de famille exerçant un métier à risque mais dont les droits, contrairement aux autres corps de métiers, sont très souvent bafoués par les autorités. C’était là le but du mini-spectacle préparé par les membres de l’organisation non gouvernementale (ONG) Parapli Rouz, qui encadre les travailleuses du sexe. Sketch qui a été joué au Caudan Waterfront, le jeudi 2 juin, dans le cadre de la Journée mondiale des «dimounn ki trace».

 

Cindy, Crisnabelle, Shamima, Natacha, Valentine et bien d’autres filles, «retraitées» ou toujours actives, ont joué des scènes d’injustice puisées d’expériences vécues par elles ou leurs amies. Parmi les mauvais traitements subis, il y a le fait d’être chassées de là où elles attendent par la police, d’être violées, battues et menacées de mort par des clients qui refusent de les payer, d’être ridiculisées et dénigrées au poste où elles portent l’appellation de «ça» lorsqu’elles essaient de porter plainte. Sans compter le personnel hospitalier qui se contente de leur donner deux calmants au lieu du traitement post-exposition au VIH et les lourdes amendes qui leur sont infligées en Cour ou une peine de prison alors que leurs clients  ne sont jamais inquiétés. Ces filles ont aussi poussé la chansonnette, interprétant notamment «Fam exempler» de Linzy Bacbotte. Des prestations qui ont ému jusqu’aux larmes parfois.

Sophie Montocchio, la coordonnatrice de Parapli Rouz, qui a été enregistrée il y a un an jour pour jour, explique avoir voulu montrer que derrière celle qualifiée de «pitin», il y a une personne qui exerce un métier pas toujours facile. «Tous les métiers comportent des risques mais les leurs sont pires.» La plus grosse difficulté rencontrée par Parapli Rouz jusqu’ici, c’est de faire comprendre à la majorité de la population que la prostitution n’est pas illégale à Maurice. «Le Code pénal parle de soliciting or importuning any person in public for an immoral purpose. Les trois quarts du temps, ce sont les clients qui leur font une proposition immorale. Autre élément dans le Code pénal, c’est une arrestation parce qu’elles seraient idle and disorderly. Ces trois éléments doivent être liés pour qu’elles soient arrêtées. Or dans la pratique, les policiers les appréhendent pour n’importe quoi, par exemple être en possession de capotes.»

La dernière arrestation que Parapli Rouz juge arbitraire a eu lieu le 25 mars 2015 lorsque la police a embarqué 13 travailleuses du sexe parce qu’elles avaient 64 capotes en leur possession. C’est ce qui leur a été dit au poste de police. Face à la pression des policiers, six ont, de guerre lasse, cédé, trois ont été relâchées pour des raisons inconnues et quatre ont résisté.

Or, lorsque l’avocat de l’ONG est entré en jeu, l’accusation de possession de capotes n’a plus été soulevée par les policiers mais celle d’être «idle and disorderly». Personne n’ayant pu prouver que tel était le cas, le magistrat a rayé l’accusation. «C’est bien que ces quatre filles aient défendu leurs droits et nous aient permis de gagner notre cas. Justice a été faite. J’espère qu’il n’y aura pas de représailles», ajoute Sophie Montocchio qui espère pouvoir reproduire ce sketch de 15 minutes au sein des compagnies et d’autres entreprises pour mieux sensibiliser.

 

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