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Rastas: les idées reçues partent en fumée
Assis sur le flanc d’une montagne, les cheveux peroxydés, les pieds nus, portant des vêtements amples et bigarrés, fumant de l’herbe, chômeurs… Ce sont là quelques clichés qui surgissent dans la tête de certains lorsque l’on parle des rastas. Mais la vérité est tout autre. Nombreux sont ceux qui travaillent dur, comme tout le monde, pour gagner leur vie. En sus de cela, ils doivent se battre contre les préjugés.
Parmi, Patrice, 26 ans. Dreadlocks, lunettes teintées, chaussures de marque aux pieds… Le jeune homme a dû arrêter ses études après le CPE. Mais ce n’est pas pour autant qu’il passe ses journées à vagabonder ou à consommer du gandia, loin de là. Il est technicien de profession et s’est lancé à son propre compte. «Je ne comprends pas pourquoi on nous traite comme des criminels. Il ne faut pas nous juger. Nous aussi nous bossons pour gagner notre vie!» clame-t-il.
Ce combat contre les idées reçues, Adrien le mène également au quotidien. Ses «dreads», ce menuisier de 21 ans les a dissimulés sous un foulard blanc. D’une voix calme, il évoque cette «injustice» que subissent les rastas. «Notre culture, c’est une culture de paix. Nous n’importunons personne.» Et d’ajouter: «C’est dur de trouver un boulot, le regard des autres est pesant.» Mais ce n’est pas ça qui va l’empêcher de s’affirmer.
«Je pense qu’il serait mieux qu’on nous envoie ailleurs, dans un autre pays. Histoire de pouvoir vivre en paix, tout en respectant notre culture.»
Les choses sont encore plus difficiles pour les «sistas». «Depuis que la police m’a arrêtée avec des feuilles de cannabis, les employeurs refusent ma candidature parce que je n’ai pas de certificat de moralité», fait ressortir Shirley. Alors que Corinne, elle, revient sur les préjugés, décidément tenaces. «Je pense qu’il serait mieux qu’on nous envoie ailleurs, dans un autre pays. Histoire de pouvoir vivre en paix, tout en respectant notre culture.»
Gary, lui, est devenu un disciple de Jah il y a cinq ans. C’est un ras-le-bol envers la société de consommation, dit-il, qui l’a poussé à choisir cette voie. «Je voulais vivre différemment», souligne le jeune homme, qui a étudié les maths et la finance. Mais ce n’est pas ce qui l’intéressait vraiment. Aujourd’hui employé dans une compagnie spécialisée en informatique, Gary nourrit le désir de travailler «en pleine nature». Il se voit bien, par exemple, cultiver des légumes bio. «Je voudrais aussi que l’on dépénalise le gandia. Il faut que l’on ait recours à un référendum pour connaître l’opinion de chaque Mauricien», poursuit-il avec conviction.
Un avis que partage Guillaume, 23 ans. Cet agent d’entretien dans un centre commercial affirme dans la foulée qu’il est victime de discrimination sur son lieu de travail. «J’aurais dû être superviseur, mais finalement, on ne m’a pas accordé ce poste. Je pense que cela a un lien avec mon apparence…» Il se souvient, en outre, de ce collègue, qui avait été renvoyé sans raison. Il est également rasta, précise-t-il.

D’autres tels que Jordan, étudiant en graphic design, tiennent à faire ressortir que tous ceux qui portent des dreadlocks ne sont pas forcément des «fumeurs. Je ne suis pas les traditions, je vis cette culture à ma manière».
Malgré tout, le jeune homme croise des regards inquisiteurs, souffre de délit de faciès. «Nous sommes davantage surveillés que les autres citoyens. J’ai même déjà écopé d’une contravention alors que je n’avais rien fait de mal…»
Même si le cannabis n’est pas sa tasse de thé, il n’est pas contre la dépénalisation. «Je suis sûr que beaucoup éviteront alors de consommer de la drogue synthétique.»
«Déport nou ! »

C’est un cri du cœur. À leur sortie du tribunal, samedi 7 mai, les rastas ont lancé un vibrant appel au Premier ministre. Ils estiment qu’ils sont persécutés et souhaitent que leurs demandes quant à la dépénalisation du gandia soient prises en considération. «Si zot pé trouvé pa pou kapav ek nou, déport nou ! Avoy nou enn plas kot nou pou kapav viv nou kiltir ek nou lavi libréman…»
En attendant, les huit disciples de Jah, appréhendés vendredi et inculpés sous une charge provisoire d’«obstructing public road prejudicial to public safety and public order», ont été libérés contre des cautions de Rs 4 000 et Rs 6 000 et après avoir signé des reconnaissances de dettes de Rs 30 000 et Rs 50 000.
Pas sûr, cependant, qu’ils pourront tous respecter le délai. «Diri mo péna dan mo lakaz, travay mo péna, mazistra dir mwa pay Rs 6 000. Mo dir li mo péna, li dir mwa ziska lindi mo pou bizin fini gagné !» déplore Pascale Sérieuse. Quoi qu’il en soit, tous devront se présenter au poste de police le plus proche de leur domicile une fois par semaine, comme le stipulent les conditions relatives à leur remise en liberté. Et, alors qu’ils rêvent d’ailleurs, les rastas n’auront pas le droit de quitter le pays avant que le verdict ne soit prononcé.
Pour rappel, vendredi 6 mai, les rastas ont commencé à se regrouper, aux alentours de 9 heures, à la rue Pope Hennessy, pour soutenir leurs «frères», à travers une session de Nyabhingi. N’hésitant pas à faire entendre leur voix à l’arrivée des policiers. «Jah Rastafari ! Dominer nou pa lé. Respekté nou drwa ek nou kiltir», ont-ils scandé.
S’en est suivie une violente altercation avec des policiers, qui n’ont pas hésité à sortir les matraques et le gaz lacrymogène.
Brutalité policière alléguée : Bong v/s RoboCop

Les images et vidéos en ont choqué plus d’un. L’on y voit des rastas recevant des coups de matraque, traînés de force jusqu’aux Casernes centrales, par des policiers – faisant penser à RoboCop, selon certains – qui n’ont pas hésité à empoigner leurs drealocks. Ce sujet épineux qu’est la brutalité policière est dès lors revenu sur le tapis.
Gregory Auriant, un de ceux qui ont été interpellés vendredi, affirme qu’il en a été victime. Lors de sa comparution en cour, hier, il en a ainsi fait part à la magistrate Meenakshee Bhogun-Ramjutton et a demandé que sa déposition soit prise en considération.
«Nou ti laba pasifikman, lapolis inn koumans ris nou bann frer inn koumans tapé, inn larg gaz lor nou. Li pa bon séki zot finn fer, nou pa ti laba pou lager nou», confie Jacob Sagor, un habitant de Résidence Chebel.
Pour un des rastas, les policiers, armés de leurs matraques, de boucliers et protégés par leurs casques, ressemblaient étrangement à RoboCop… «Zot pa finn azir kouma bizin. Zot inn bat fam. Ti kapav vinn trankil san kré tousala», renchérit Siva Pareemanum. Lui et ses camarades ne comptent pas baisser les bras. Ils se disent prêts à faire appel à la Commission des droits de l’homme si besoin est.
Par ailleurs, certains membres du gouvernement ne seraient pas satisfaits de la façon dont la police a géré ces incidents, apprend-on. Les images, témoignant de certains actes de violence, sur les réseaux sociaux notamment, sont «honteuses», affirment quelques-uns. Il se pourrait même que des sanctions soient prises contre des officiers… Cependant, lors d’une fonction à laquelle il assistait hier soir, le Premier ministre a fait la déclaration suivante : «Tan ki mo la, pa pou ena depenalisasyon gandia !»
Ce qui ne va sans doute pas ravir ceux qui sont pour, à l’instar de Rama Valayden. «Les forces de l’ordre ont mal agi en brutalisant ces personnes au lieu d’ouvrir un dialogue». Pour l’avocat, il est grand temps de relancer le débat entourant la dépénalisation du gandia. «Je pense que la commission d’enquête sur la drogue n’est pas assez ouverte sur le sujet.» Le cannabis, dit-il, fait partie de la culture de la communauté rasta. «Ces gens-là font face à des préjugés alors qu’ils ne sont pas violents et qu’ils prônent le retour à la nature. Ceux qui consomment des produits chimiques meurent ou se retrouvent à Brown Séquard. En dépénalisant cette drogue douce, il y aura probablement moins de conséquences graves.»
Des images parlantes
Leurs photos font le buzz sur les réseaux sociaux et ont été partagées par des milliers d’internautes depuis vendredi. Nos photographes Beekash Roopun et Yudish Ramkhelawon n’ont pas hésité à se mettre en danger, lors des heurts qui ont eu lieu entre les rastas et les policiers, pour capturer des images poignantes et parlantes… En voici quelques-unes.




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