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Mentalité et comportement
Si notre société devait se regarder dans la glace aujourd’hui, elle aurait de quoi frémir. Voici un peu plus d’une année que la population a exprimé son désir de changement. Or, ce changement se fait attendre. Pire, il y a des comportements qui ressemblent beaucoup à ceux du précédent régime, et qui perdurent. Je pense, par exemple, au copinage et aux nominations de proches à des postes importants. Bref, plus ça change, plus c’est pareil.
La population vient de se faire taper sur les doigts par le Premier ministre pour son impatience. Elle ne voit pas arriver le miracle économique. Les procès des membres de l’ancien régime traînent en longueur. Notre système juridique n’est pas connu pour être un TGV. On découvre subitement l’indiscipline des automobilistes, qui jouent à cachecache avec les radars, ne respectent pas les passages pour piétons, franchissent les lignes blanches et font des hit-and-run et des excès de vitesse.
On «découvre» aussi la pratique de «lamoné dité» à la NTA et les trafics de faux horsepower, qui ne datent pas d’hier. Ou encore un de nos policiers qui arrache un collier en or à une vieille dame. On connaît déjà la pratique policière de négocier les contraventions contre un billet. Nos douanes sont soupçonnées depuis fort longtemps d’avoir des pratiques douteuses.
Bref, combines et magouilles sont bien présentes dans notre société. Et elles ne disparaîtront pas d’un coup de baguette magique. Est-il possible pour une population de changer de mentalité et de comportement rapidement ? Pour trouver des éléments de réponse à cette question, je me suis penché sur l’histoire récente de Singapour.
RÉFORMER L’ÉCONOMIE
Colonie britannique jusqu’en 1965, Singapour, ville multiraciale, faisait résolument partie du tiers monde au moment de son indépendance. C’était alors, aux dires des personnes qui l’ont connue à cette date, une ville très sale – comme il y en a beaucoup en Asie et en Afrique. Les Singapouriens crachaient partout et jetaient dans la rue leurs détritus.
Mais Lee Kwan Yew a changé tout cela. Il a commencé par réformer l’économie. Il obtint des Britanniques qu’ils ne démantèlent pas les installations portuaires, une sage mesure car Singapour, située près du détroit de Malacca, occupe un endroit stratégique du point de vue maritime.
Lee Kwan Yew invita les grandes multinationales à s’installer dans le pays et s’arrangea pour que les Singapouriens aient la formation nécessaire pour y travailler. Il réforma l’éducation, incitant ses compatriotes à en- voyer deux de leurs enfants faire des études supérieures. Il s’attaqua à la corruption, apaisa les tensions raciales et instaura la méritocratie.
Par-dessus tout, cet homme remarquable légiféra pour que de sévères amendes soient infligées à quiconque jetterait ne serait ce qu’un papier gras ou un mégot de cigarette dans la rue. Aujourd’hui, on appelle Singapour la Suisse de l’Asie du sud-est. Elle est très prospère et figure parmi les pays les plus avancés du monde. Tout cela, en une génération
Lee Kwan Yew, décédé l’année dernière, n’a pas négligé l’urbanisme. La ville, qui compte des services sociaux de grande qualité, aspire à être un exemple mondial en matière culturelle. De grands musées, ri- valisant avec le Guggenheim ou le Louvre, ont été créés. Les logements sociaux, qui ne doivent pas dépasser 25 étages, sont bien construits et bien entretenus.
Certes, tout n’est pas parfait. Il existe encore de grandes disparités dans les revenus des Singapouriens. Entre le bâton et la carotte, Lee Kwan Yew a choisi le bâton. Aujourd’hui encore à Singapour, pas question de fumer dans les zones non-fumeur ou de traverser la rue sans emprunter un passage pour piétons. Et gare à celui qui jette son chewing-gum à terre !
Je pense que mes concitoyens ne sont pas des adeptes du bâton. Néanmoins, avec un peu plus de fermeté et moins de laxisme, les autorités pourraient changer les choses. Elles pourraient commencer par la propreté du pays. Il suffit de voir nos plages publiques durant le week-end. Elles croulent sous les détritus. Nos cours d’eau, nos champs de canne, nos forêts, nos villes et nos villages servent de dépotoirs. Je rends hommage au journaliste qui a dénoncé la mentalité «nénenne» de nos compatriotes. Et l’on s’étonnera après qu’il y ait des drains bouchés lorsqu’il pleut.
On parle beaucoup de réforme de l’éducation, mais a-t-on songé à inclure le civisme, le secourisme et la natation comme disciplines dans nos écoles ? Le nombre de morts sur nos routes et dans nos lagons devrait nous interpeller. Combien d’automobilistes connaissent le code de la route ?
Avant de terminer, je voudrais dire un mot concernant les constructions. Jusqu’à quand al- lons-nous tolérer les blocs de béton disgracieux qui poussent comme des champignons partout ? Souvent inachevés pour ne pas payer les taxes, ils restent pendant des années sans être ni cré- pis ni peints. Que l’on ne me dise pas qu’une personne qui construit une maison de deux étages n’a pas l’argent nécessaire pour la peindre.
PERMIS DE DÉTRUIRE
Quand on délivre un permis de construire, Vien ton s’assurer après que les règles ont été respectées ? Y a-t-il des experts en hydrologie qui sont consultés lorsqu’on décide d’un morcellement ? Quid du manque d’entretien ? Il suffit de voir les centres de nos villes. La laideur a gagné du terrain comme un cancer. Une tournée dans le morcellement de Blue-Bay, où il y a quelques eye sores notoires, donne une idée du problème. À quand le permis de détruire ?
En outre, nous ne prenons pas soin des bâtiments qui font partie de notre patrimoine historique : le théâtre de PortLouis, le Plaza ou l’Hôtel de ville de Curepipe. Des vestiges de notre histoire devraient être protégés : cheminées d’usine, ponts et autres bâtiments en pierre de taille. D’ailleurs, il existe de beaux hôtels, des IRS et des RES qui abritent derrière de hauts murs des maisons luxueuses. La beauté se cache et la laideur s’étale.
Le pays veut attirer des touristes. Quand adoptera-ton des projets concrets pour l’embellir ? J’ai applaudi l’initiative du ministre qui veut planter des milliers d’arbres. Encore faut-il confier ce projet à des gens capables et non à ceux qui se sont occupé des plantations de Mon-Choisy ou de Flic-en-Flac.
Nous avons beaucoup à apprendre en matière de respect de l’environnement non seulement des Singa- pouriens, mais aussi des Sey- chellois, des Rodriguais et des Japonais (qui sont d’une propreté et d’une discipline maladives). Peut-on espérer avoir parmi nos dirigeants une personne qui se chargerait d’embellir le pays et de modifier les comportements de la population ?
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