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Fred Swaniker: «Notre but: créer les conditions susceptibles de promouvoir l’émergence de leaders africains»

4 février 2016, 05:06

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Fred Swaniker: «Notre but: créer les conditions susceptibles de promouvoir l’émergence de leaders africains»

Fred Swaniker, fondateur de l’African Leadership University, dont une branche opère à Beau-Plan, jette un regard d’entrepreneur sur le secteur de l’enseignement supérieur. Parmi les compétences que prône le Ghanéen figurent la pensée critique et le leadership. Rencontre.

Quel est votre objectif en vous investissant personnellement dans ce projet d’African Leadership University?

Il s’agit d’un projet qui se propose de transformer le continent africain en misant sur un modèle d’enseignement qui ne se contentera pas d’étudier les chiffres et les faits. L’éducation devrait être inscrite dans le cadre d’un objectif précis. Le résultat final est de transformer le continent en lui dotant de leaders qui ont la capacité et le potentiel de mettre à exécution ce projet de transformation.

Ces leaders ne tomberont pas du ciel. Il faut les former. D’où la nécessité de lancer des institutions qui vont nous permettre d’atteindre nos objectifs.

Nous sommes venus à Maurice pour créer l’African Leadership College qui fait partie d’un réseau d’universités plus élargi, à savoir l’African Leadership University. Nous avons déjà aménagé un campus au Rwanda et très prochainement au Nigéria. Le campus de l’île Maurice abrite 180 étudiants. Ils sont originaires d’une trentaine de pays africains. Nous avons l’intention de créer une institution innovatrice qui offrira des études post-universitaires pour les diplômés. Le but consiste à créer les conditions susceptibles de promouvoir l’émergence de leaders africains.

Pourquoi l’innovation devrait-elle être partie prenante de l’enseignement dans les institutions d’études supérieures?

L’innovation dans les institutions tertiaires africaines est nécessaire pour trois raisons. D’abord, il n’y a pas suffisamment de facilités au niveau de l’enseignement supérieur en Afrique. Nous estimons que quelque 40 millions d’élèves quittent le cycle secondaire chaque année. Malheureusement, les institutions d’études supérieures ne peuvent offrir une place qu’à quatre millions d’entre eux. D’où la nécessité de trouver les moyens pour augmenter l’accès à l’éducation universitaire afin que nous puissions éduquer plus de monde à un coût raisonnable.

La deuxième raison est le fait que pas moins de 40% d’universitaires du continent sont sans emplois. Nous produisons des diplômés, mais leur compétence ne répond pas aux besoins des industries. Il nous faut innover afin que les étudiants qui quittent l’université puissent trouver du travail. En Afrique du Sud, par exemple, quelque 600 000 universitaires sont sans emploi alors que 800 000 postes vacants attendent.

Finalement, il nous faut mettre sur pied des institutions d’études supérieures capables de produire des penseurs qui ont le sens de l’innovation dans les veines. Des étudiants qui ne vont pas se contenter de chercher du travail mais qui disposent des compétences requises pour créer leur propre emploi et, par ricochet, créer des jobs pour des milliers de chômeurs du continent. Ces institutions se doivent d’offrir un enseignement capable de susciter les talents d’entrepreneurs.

Comment le problème de la disparité entre la formation académique et les besoins du monde du travail peut-il être résolu?

Il faut d’abord comprendre l’identité de la clientèle des institutions d’études supérieures. C’est une coutume bien ancrée chez bon nombre d’institutions universitaires de ne pas considérer leurs étudiants comme des employeurs, donc pas comme des créateurs d’entreprises et d’emplois potentiels. Souvent, elles considèrent leur clientèle comme des professeurs en devenir.

Il faut ensuite réaliser un état des lieux des vrais besoins des employeurs. C’est ce que nous avons fait à notre niveau. Nous avons consacré deux ans pour identifier leurs besoins sur l’ensemble du continent africain et les compétences qu’ils ne parviennent pas à détecter chez les diplômés. C’est dans le cadre de cet exercice que nous avons identifié les compétences indispensables pour évoluer dans le domaine professionnel au 21e siècle.

Quelles sont-elles ?

Il s’agit, entre autres, de la pensée critique qui devrait permettre à l’étudiant de développer ses propres capacités à trouver des solutions à des problèmes auxquels il est confronté.

Le deuxième facteur que cherchent les employeurs est la faculté des étudiants à faire la démonstration de leur talent de leadership. Cette qualité devrait permettre à l’étudiant de prendre des décisions et d’en assumer les conséquences. L’autre aspect des attentes des employeurs se rapporte à la communication. Il s’agit de la faculté de développer une idée et de vendre les produits conçus par une société. La compétence à résoudre les problèmes est un autre critère de recrutement.

Le raisonnement quantitatif est aussi un talent indispensable pour convaincre un employeur. Il s’agit de la capacité à s’appuyer sur les données et les statistiques pour prendre de bonnes décisions.

Finalement les employeurs sont à l’affût d’étudiants ayant développé leur ingéniosité à résoudre les problèmes les plus complexes. Un talent indispensable pour gérer les situations qui peuvent surgir, par exemple, à la suite du changement du comportement de la clientèle ou encore de l’émergence d’incertitudes.

Après l’identification de ces compétences, nous nous sommes ensuite assuré que le programme d’études les inculque à nos étudiants, de sorte à ce qu’ils n’éprouvent aucune difficulté pour se faire embaucher lorsqu’ils chercheront du travail.

Comment Maurice, île pourtant éloignée des grands centres de formation de l’enseignement supérieur, a-t-elle été considérée pour votre projet?

La stabilité politique, l’absence de guerre et de conflits, la sécurité et la sûreté, les infrastructures susceptibles d’attirer les promoteurs de diverses institutions de réputation mondiale sont autant de facteurs qui nous ont convaincus que c’est bien à Maurice et que nous devrions nous y installer.

Lorsque vous voulez établir une institution universitaire avec des jeunes, les parents ne vous feront confiance que si vous montrez que l’endroit où ces études se feront ne pose aucun problème de sécurité et de sûreté. Maurice est un lieu pacifique comparativement aux autres pays du continent africain. Notre projet cadre parfaitement avec la vision du gouvernement qui souhaite faire de Maurice une destination régionale du secteur de l’enseignement supérieur.

Nous avons été impressionnés par la vision du ministère de l’Éducation déclinée dans le cadre de l’introduction d’un programme d’étude de neuf ans. Cette vision met l’accent sur la nécessité d’éveiller un talent d’entrepreneur chez les étudiants. C’est une approche qui ne se cantonne pas à l’acquisition de connaissances livresques, mais qui crée les conditions pour assurer le développement psychosocial de l’enfant.

Ce sont des atouts qui nous permettent de croire que le système éducatif de Maurice est en mesure de produire des talents, aptes à poursuivre leur itinéraire dans notre université. Sur le long terme, nous souhaitons que Maurice puisse fournir un tiers des étudiants de notre établissement. Les deux autres tiers devraient provenir des pays du continent africain et de ceux du reste du monde.

 

Qu’en est-il de l’inscription de Mauriciens dans votre institution?

Il n’y aucun Mauricien parmi les 180 étudiants du premier contingent de l’African Leadership College (Mauritius). Le deuxième groupe fera sa rentrée universitaire en septembre. Nous espérons que des Mauriciens composeront le tiers du groupe des 180 étudiants.

Pourquoi n’y a-t-il pas eu de Mauriciens dans ce premier contingent?

C’était en raison du fait que c’est en août de l’année dernière que nous avons obtenu notre accréditation auprès de la Tertiary Education Commission (TEC). La rentrée allait se faire en septembre. Il était pratiquement impossible de déclencher la procédure pour le recrutement d’étudiants mauriciens pour la rentrée de 2015. Maintenant que nous sommes reconnus auprès de la TEC, nous pouvons procéder au recrutement parmi les étudiants mauriciens.

Où sera construit votre campus ?

Les travaux en vue de la construction de notre campus ont déjà démarré à Pamplemousses, en collaboration avec le groupe sucrier mauricien Terra. En attendant la fin de ces travaux, en 2017, nous avons loué les facilités de logement auprès de deux établissements hôteliers à Grand-Baie et à Trou-aux-Biches. L’enseignement des matières se fait à Beau-Plan. D’ici septembre de l’année prochaine, nous aurons des facilités pour héberger pas moins d’un millier d’étudiants.

Quel est le montant de vos investissements?

En 2017, le projet nous aura coûté quelque 20 millions USD. Nous projetons d’injecter plus d’argent après la réalisation de la première phase du projet.

Quel est l’apport de votre institution en terme de ressources humaines étrangères?

Nous sommes arrivés à Maurice avec une quarantaine de professionnels issus d’universités de réputation mondiale. Le nombre de notre personnel est passé à une soixantaine, comprenant deux Mauriciens. Il comptera au final un contingent de quelque 400 membres. Ce sont des professionnels aguerris qui ont enseigné dans les meilleures institutions universitaires du monde. Nous comptons sur eux pour apporter de nouvelles idées et dispenser des compétences innovatrices à Maurice.

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