Publicité
Mariage pour tous: un couple gay porte plainte à l’EOC
Par
Partager cet article
Mariage pour tous: un couple gay porte plainte à l’EOC
L’un est âgé de 25 ans et l’autre de 21 ans. Le premier travaille déjà alors que le dernier complète ses études supérieures. Ces deux jeunes hommes, éperdument amoureux, veulent vivre ensemble. Mais avant, ils désirent sceller leur union par des fiançailles et un mariage civil. Ils ont essuyé un refus d'un préposé au bureau de l’état civil. Raison pour laquelle ce couple de gays a décidé de porter plainte devant l’Equal Opportunities Commission (EOC) le 27 juillet.
C’est d’ailleurs le même jour, un peu plus tôt dans la journée, que les deux amoureux se sont rendus à l’état civil, munis de leurs pièces d’identité et en compagnie de Jürgen, secrétaire de Young Queer Alliance (YQA) et de Sonia, la coordonnatrice de l’association VISA G. Or, un préposé, apparemment habitué à ce genre de requêtes, leur a alors expliqué qu’il ne pouvait enregistrer leur demande. Car, selon l’officier, rien dans la législation ne l’autorise à célébrer un mariage entre personnes du même sexe. Sonia a donc demandé au fonctionnaire s’il l’aurait fait si la loi l’autorisait. Sa réponse a été positive.
Le couple s’est aussitôt rendu à l’EOC pour porter plainte contre l’état civil et dire que ce prestataire de services a refusé d’accepter sa demande de mariage et que ce faisant, il faisait de la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle. Les deux jeunes hommes sont soutenus par deux mouvements défendant les droits des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, intersexe et queer (LGBTIQ), en l’occurrence YQA et l’association VISA G.

Najeeb Fokeerbux, président de Young Queer Alliance.
Najeeb Fokeerbux, le président de YQA, consulte alors une ancienne avocate membre de l’EOC qui lui explique que la commission s’attendait à une telle demande. Elle estime qu’il leur faudra patienter entre trois et cinq ans pour obtenir un jugement qu’elle entrevoit favorable. Najeeb Fokeerbux a bien étudié le dossier.
«Parfois les institutions pensent à tort que les individus qui se plaignent sont contre l’État. Or, ce n’est pas vrai», poursuit le président de YQA. Il ajoute que le Civil Status Act parle du mariage entre deux personnes et que le terme utilisé est «conjoint». «Ce terme est neutre au niveau du genre. Une autre loi, l’Interpretation and General Causes Act de 1979, dit que ‘Whatever applies to the masculine, applies to the feminine’. De sorte qu’un conjoint peut être un homme ou une femme.»
En attendant le jugement de l’EOC, YQA multipliera les plaidoyers. «Je crois aussi que le jugement sera positif vu qu’il ne faut amender aucune loi pour l’autoriser. Et l’EOC est clair sur le sujet : on n’a pas le droit de faire de la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle.»
Quel serait le recours du couple si, malgré tout, l’EOC se prononçait contre le mariage entre personnes du même sexe ? «Comme le jugement de l’EOC n’est pas irrévocable, nous saisirons la Cour suprême. Mais je suis confiant.»
Le mariage gay n’est pas le premier cheval de bataille enfourché par YQA, qui s’est constituée en février 2014 sous l’impulsion de son président mais qui a été enregistrée en septembre 2014 à la suite d’une plainte à l’EOC contre le Registrar of Associations. Najeeb Fokeerbux a déjà aussi saisi l’EOC contre le ministère de la Santé car il n’était pas d’accord que la Banque du sang interdise aux homosexuels de donner leur sang. «C’est incompréhensible ! Le sang de tout donneur, quelle que soit son orientation sexuelle, est testé pour écarter la présence éventuelle de maladies sexuellement transmissibles dont leV IH/SIDA. D’où ma plainte contre le ministère de la Santé pour refus des donneurs homosexuels. L’EOC a rendu un jugement en demi-teinte, autorisant les homosexuels à donner leur sang mais pas les Men Having Sex With Men.»
Le président de YQA fait une différence entre les deux. «Le terme Men Having Sex with Men fait partie du jargon du VIH/SIDA. Il se rapporte davantage à l’activité sexuelle qu’à l’identité sexuelle. Un détenu hétérosexuel peut tomber sous cette définition parce qu’il a des besoins en prison. Il en est de même pour ceux et celles qui cherchent leur identité sexuelle et qui essaient de la trouver en ayant des relations avec les hommes ou les femmes mais qui ne sont pas encore fixés.»
Un abri pour accueillir des jeunes
Si Najeeb Fokeerbux a été le fer de lance de cette association qui regroupe des jeunes de 14 à 29 ans, c’est parce que cet ancien membre de l’aile jeune du Mouvement militant mauricien sait que plusieurs jeunes LGBTIQ se font violence et répriment leur identité sexuelle pour se conformer aux attentes de leurs proches. Et que les rares qui osent affirmer leur identité sexuelle haut et fort se font mettre à la porte de la maison familiale. «Les parents leur font du chantage émotionnel. Soit ils changent d’orientation soit ils quittent la maison. Au final, les parents reviennent à de meilleurs sentiments. Mais en attendant, ces jeunes se retrouvent à la rue. Avec les fonds obtenus de l’ambassade des États-Unis, nous envisageons de transformer notre local à St-Patrick en un abri destiné à recueillir ces jeunes qui sont mis à la porte et qui n’ont nulle part où aller.»
Actuellement, YQA comprend 47 membres. Pourquoi imposer une limite d’âge ? «Ce sont les jeunes qui sont les plus perdus. Et puis, dans toute organisation, il faut un renouvellement et une relève», précise Najeeb Fokeerbux.
Publicité
Publicité
Les plus récents