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Ces métiers d’antan
Il est des métiers qui risquent de disparaître à cause notamment de la production en masse. Il est bon de jeter un coup de projecteur sur eux avant qu’ils ne sombrent dans l’oubli pour toujours. Trois spécialistes nous parlent de leur métier qui est, avant tout, leur passion.
Melchiade Prosper, faiseur de balais «fatak»

L’artisan, âgé de 69 ans, explique qu’il aligne tige par tige avant de faire trois mèches qu’il tresse avec du raphia. © EJILEN RAMASAWMY
Les Mauriciens utiliseront toujours des balais fatak, mais peu seront les passionnés qui en fabriqueront. C’est l’avis de Melchiade Prosper, qui est justement un de ces passionnés.
Ce Rodriguais de 69 ans, qui habite à Maurice depuis 47 ans, a commencé ce métier quand il était encore écolier.
«Mes parents voulaient que je fasse un petit quelque chose pour avoir des sous», se remémore le retraité. Ses frères et soeurs avaient tous des corvées différentes, et lui, il avait choisi le fatak. Le métier de faiseur de balais fatak, était très répandu à Rodrigues.
«Le matin, pour aller à l’école, il fallait marcher de Citronnelle à Port-Mathurin et tout le long de la route il y avait beaucoup de fatak. Je les cueillais et les laissais en tas dans un caniveau et les récupérais l’après-midi après l’école. Et à la maison, les parents les mettaient à sécher au soleil.» Les jours suivants, il fabriquait les balais pour les revendre dans les petites boutiques du coin et les sous qu’il recevait lui servaient à acheter du matériel scolaire.
Depuis trente ans, Melchiade Prosper réside à Pointe-aux-Sables. «Ici, les fatak poussent en abondance. En mars, ils fleurissent et dès que les oiseaux commencent à tourner autour, on sait que la récolte est prête.» On peut utiliser une faucille pour couper les racines, mais lui préfère arracher les tiges, une par une. «Cela prend certes beaucoup plus de temps mais je le fais avec plaisir.»
La récolte des fatak se fait tôt le matin. L’artisan choisit de longues tiges, qu’il pourra ajuster après. Place ensuite au séchage qui dure trois à quatre jours, dépendant du temps, après quoi, il aligne tige par tige. Il fait alors des mèches ; un balai en compte trois.
«Il faut tresser les mèches avec du raphia et quand on a fini, il faut refaire le montage et le coudre avec du raphia. Il faut brûler l’extrémité du raphia pour qu’il durcisse et pour pouvoir le coudre», explique-t-il. L’assemblage réalisé est quasi parfait. En une journée, l’artisan peut fabriquer deux balais.
Melchiade Prosper peut passer des heures à fabriquer des balais. Il le fait comme passe-temps. Après sa retraite, il s’y est mis pleinement. Ses clients sont des habitués. «Certains clients ont déjà commandé pour l’année prochaine, vu que les fatak ne sont pas disponibles tout le long de l’année.» Comment s’annonce l’avenir ? Trois de ses petits-enfants semblent intéressés à suivre sa voie. Quoi qu’il en soit, Melchiade Prosper ne compte pas renoncer à sa passion.
André et Siméon Mercier, la reliure dans le sang

À 66 ans, André Mercier ( à gauche) est spécialisé dans la restauration des livres et la conservation des documents anciens et Siméon Mercier ( à droite) , 48 ans, fabrique des albums de photos ainsi que des classeurs dont il crée lui-même les graphiques. © NASURUDIN KERAMUTH
Chez la famille Mercier, on est relieur de père en fils/fille. Même ceux qui sont établis à l’étranger continuent de pratiquer cet art. Dominique, par exemple, exerce à la Bibliothèque nationale du Québec au Canada. Ses frères André et Simeon sont, eux, basés à Terre- Rouge et Pointe-aux-Sables Respectivement.
À 66 ans, André est l’aîné des frères Mercier. Déjà enfant, il venait aider son père dans son atelier, qu’il a rejoint après la Form I à l’âge de 12 ans. Quelque temps après, il prend de l’emploi au Mauritius Sugar Industry Research Institute.
Il nous raconte que grâce à son amour pour la reliure, il a eu l’occasion de travailler pour le Dr Auguste Toussaint. André Mercier s’est spécialisé dans la restauration des livres et la conservation des documents anciens. En 2007, après sa retraite, il se consacre pleinement à sa passion.
«Depuis sa retraite, il a fait de la maison son atelier, ses travaux traînent partout, sauf dans la chambre à coucher. La reliure représente toute sa vie. Son amour pour la restauration des livres est toujours présent même après des années», affirme sa femme Gilberte.
André croyait qu’avec l’arrivée des nouveaux outils de la technologie, les livres diminueraient et qu’il n’aurait plus de travail. Toutefois, les gens continuent de lire et de venir faire retaper de vieux livres. Il reçoit les livres des écoliers, des livres religieux et de vieux journaux et magazines pour les remettre en état.
Deux des sept enfants d’André Mercier sont intéressés par la reliure. Jude, son fils, la pratique en Australie alors que sa fille Sindy est professeur de reliure. Quant à Siméon Mercier, il préfère travailler avec des photographes, pour leur faire découvrir ses oeuvres. Cet homme de 48 ans fabrique des albums de photos. Avec les matières premières, papier, carton, maroquin et colle, il peut prendre une journée pour faire un album.
Il fabrique aussi, à l’intention des étudiants et des firmes, des classeurs dont il crée lui-même les graphiques. «Réaliser ces graphiques requiert moins de cinq minutes. Il me faut de la peinture marbrée, d’un pinceau et d’une gomme arabique que j’ai ajoutée à l’eau.»
Simeon Mercier a commencé à faire de la reliure à l’âge de 16 ans. Il travaillait alors dans une imprimerie, mais à sa fermeture, il a décidé de lancer son propre atelier il y a dix ans. Ce père de deux filles ne jure que par son métier qui, plus qu’un travail, représente pour lui un art.
Chantal Messin, 42 ans à faire du crochet et du tricot

Donnez-lui une pelote de laine, elle en fera une merveille. Chantal Messin, 60 ans, est une passionnée des aiguilles et des pelotes de laine, et elle en a fait son métier. Cette mère de trois filles fait du tricot et du crochet depuis bientôt 42 ans.
Chez elle, à Résidence Chebel, on trouve des blouses, boléros, robes, chemins de table, ponchos, châles, tapis et vêtements pour bébés qu’elle a ellemême confectionnés. À titre d’exemple, réaliser une robe au crochet peut lui prendre une semaine.
Elle a appris de sa mère
Chantal Messin explique qu’elle utilise deux types de matières, la laine et le fil. «Avec la laine, je fais des pulls, châles, ponchos et des vêtements pour bébé parce que cela chauffe et c’est plus adapté à l’hiver. Le fil m’aide à réaliser des vêtements légers, des nappes et des tapis», souligne-t-elle avec fierté.
La sexagénaire a appris les rouages du tricot et du crochet de sa mère. «Ma mère faisait le crochet et puis mon père plaçait ses ouvrages en magasin.» À 18 ans, elle prend la relève quand sa mère tombe gravement malade.
Autrefois, le crochet était monnaie courante dans beaucoup de familles. À l’âge de la maturité, les jeunes filles apprenaient le crochet de leur mère ou d’une vieille tante. En confectionnant des vêtements qu’elles vendaient ensuite, elles rapportaient de l’argent.
Chantal Messin raconte que vingt ans plus tôt, les gens venaient en grand nombre commander des vêtements pour des nouveau- nés. Avec un brin de nostalgie, elle déclare qu’«à l’époque une paire de chaussons pour bébé coûtait Rs 50 et un complet pour bébé Rs 100».
Avec l’évolution, les personnes se sont tournées vers la machine à tricoter. En sus de cela, il y a eu de la concurrence venue tout droit de Chine, ce qui fait qu’on peut trouver des vêtements à chaque coin de rue. Par conséquent, la commande a beaucoup diminué.
«Ceux qui sont habitués au crochet, ils continuent de passer des commandes. Ena mem pran linz krose pou avoy a lexteryer», fait ressortir notre interlocutrice aux doigts de fée. Par contre, déplore-t-elle, «les autres ne sont pas intéressés».
Et même si «les gens ont arrêté de faire ce travail-là parce que cela prend beaucoup de temps», Chantal Messin ne se laisse pas décourager. Pour elle, le crochet est une affaire de famille ; sa fille Rachel, 28 ans, s’y intéresse autant qu’elle.
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