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Lutte contre la pauvreté: leur volonté de fer pour vaincre la misère

30 juin 2014, 18:34

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Lutte contre la pauvreté: leur volonté de fer pour vaincre la misère
Ils n’ont pas été gâtés par le sort, mais à force de travail et d’abnégation, ils ont trouvé la lumière au bout du tunnel. Jean Leonor Roussety, Jean Alain Alphonse et Jennifer Nany ont bien voulu raconter leur misère et leur lutte pour survivre. 
 
C’est tout juste âgé de 18 ans, en 1973, que Jean Leonor Roussety a quitté Rodrigues, son île natale, pour chercher une vie meilleure à Maurice. Son père agriculteur avait à l’époque beaucoup de mal à subvenir aux besoins de la famille. Le jeune homme décide de vendre son unique bien, sa bicyclette, pour se payer un billet à destination de Maurice.
 
«Je l’ai vendue pour Rs 75. J’avais Rs 10 d’économies. Ma mère et ma tante ont pu réunir la somme de Rs 15 pour moi. J’ai payé mon billet à Rs 75 et en arrivant à Maurice, je n’avais que Rs 25 en poche», se souvient cet homme de 58 ans.
 
Après avoir travaillé un petit moment dans l’hôtellerie, il débarque à Port-Louis, s’installe à Tranquebar chez un proche et cumule les petits boulots. Deux ans après son arrivée, il est embauché dans un atelier de réparation de voiture et apprend le métier sur le tas.
 
Il finit par se lancer, à son compte, dans la fabrication de structures en métal. «Ce n’était pas facile, car je n’avais rien. Pas d’économies, rien, mais je voulais réussir.» Aidé par deux jeunes, il a dû «mendier pour avoir des commandes. On faisait tout ce qu’on nous demandait de faire. Nou inn fer tou anti vol dan landrwa.»
 
Il enregistre sa compagnie en 1993, et emploie aujourd’hui plus de cinquante personnes. «Je n’ai pas oublié mon passé, je ne refuse aucun travail. J’étais pauvre, je n’avais presque rien et j’ai persévéré», affirme le Rodriguais. Sa compagnie, JLR Engineering Ltd, qui s’est fait un nom dans le secteur, reçoit désormais de grosses commandes de plusieurs firmes. Aujourd’hui, ce père de cinq enfants, qui vit dans une jolie maison à Moka, se dit fier de son parcours. 
 
La misère, Jean Alain Alphonse la connaît bien également. «Lanfans ti konplike, zenes pa ti fasil», explique cet homme de 35 ans, qui est aujourd’hui chef de projet. Il n’était qu’un enfant quand sa famille l’a abandonné, faute de moyens financiers pour subvenir à ses besoins.
 
Il a passé trois ans au foyer de Belle-Rose, avant d’être recueilli par les frères du foyer Père Laval, envers lesquels il se dit très reconnaissant. «J’ai vécu avec des gens qui ne m’ont pas fait prendre la pauvreté comme une fatalité, ni comme un handicap.» Il y a vécu pendant neuf ans.
 
Après ses études au secondaire, il a intégré le collège technique de Saint Gabriel. C’est à travers l’éducation que l’on peut sortir du cycle de la pauvreté, dit-il. «Beaucoup de gens sont pauvres parce qu’ils choisissent de le rester sans faire d’efforts pour essayer de s’en sortir.»
 
Aujourd’hui, le chef de projet se dit «comblé». Il a fondé une famille et occupe un poste important dans une société. «Quand je revois mon parcours, je sais que même si je n’ai pas tout, comme une voiture par exemple, j’ai l’essentiel.»
 
Petite, Jennifer Nany rêvait d’être hôtesse de l’air, mais le destin en a décidé autrement. Abandonnée par son père alors qu’elle n’était qu’une enfant, elle a été élevée par sa grand-mère. La jeune fille a quitté l’école à l’âge de 13 ans pour trouver du travail. Jennifer Nany a commencé à cumuler des petits boulots.
 
À 18 ans, elle commence à sortir avec des amis. «Monn fer konesans enn garson ki, par la swit, inn vinn mo mari. Me mo pa ti kone ki li droge.» Son époux, auprès duquel elle a passé quatre ans de «martyre», lui a donné trois enfants. Elle explique qu’il la prenait pour un «punching ball» quand il était en manque. Il la battait tous les jours, même quand elle était enceinte. «Nou ti pe pas boukou mizer. Ena zour manze pa ti ena. Nou pa ti pe kapav permet nou aste linz nef, fode dimounn donn nou linz.»
 
À la mort de son époux, elle a décidé de prendre sa vie en main. «Monn dir bizin sorti dan sa mizer la», s’exclame-t-elle. Elle a commencé à ramasser des bouteilles en plastique pour les revendre, mais elle n’obtenait que Rs 300 pour un ballot. «Balo la nou kapav ramas enn par semenn kouma enn par mwa», se souvient la trentenaire
 
Selon elle, une des choses les plus difficiles lorsqu’on est pauvre, c’est le regard des autres. «Dimounn get ou avek mepri, rod denigre ou. Malgre ki ou pa pe fer move travay.» Mais elle ne s’est pas laissée abattre. Aujourd’hui, après avoir essayé plusieurs boulots, Jennifer Nany est agricultrice. Elle plante des brèdes et quelques légumes dans son jardin, et elle les livre aux boutiquiers du coin. Ce n’est pas l’Eldorado, mais «avek plantasyon, monn resi trouv enn lizour».
 
Jennifer Nany, qui a désormais 33 ans, a cinq enfants. Même si cette habitante de Baie-du-Tombeau ne vit plus dans une misère noire, sa vie n’est guère rose. Sa fille, Jemima, âgée de quatre ans, a dû arrêter l’école faute de moyens financiers. Mais Jennifer Nany ne s’avoue pas vaincue. «Mo pou trase pou gayn larzan pou reavoy li.» Son fils aîné, David, est quant à lui au collège. La trentenaire se dit fière d’arriver à envoyer «mo zanfan lekol pou zot gayn ledikasion» malgré sa situation précaire.

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