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2 000 chercheurs déposent leur démission

10 mars 2004, 20:00

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PLUS de 2 000 chercheurs (976 directeurs d?unité et 1 110 chefs d?équipe), réunis mardi 9 mars en assemblée générale à l?Hôtel de ville de Paris, ont voté massivement pour la démission de leurs responsabilités administratives, a annoncé Alain Trautmann, le porte-parole du collectif Sauvons la recherche, à l?issue d?un vote à bulletin secret. Ils ont ensuite rejoint plusieurs milliers de chercheurs ? 15 000 selon les organisateurs, 5 300 selon la police ?, qui étaient rassemblés sur la place de l?Hôtel-de-Ville pour manifester leur soutien à leurs patrons démissionnaires, puis ce sont rendus au ministère de la recherche, rue Descartes dans le 5e arrondissement.

En tête du cortège, une banderole des chercheurs du collectif proclamait ?100 % des Nobel sont statutaires. Non à la précarité, à la recherche comme ailleurs?. Après un rassemblement devant les grilles du ministère, une délégation a remis les urnes contenant les lettres de démission à un membre du cabinet de Claudie Haigneré. Pour trois des plus grands organismes de recherche ? CNRS, Inserm (recherche médicale) et INRA (recherche agronomique) ? 50 % des directeurs d?unité ont démissionné, a annoncé M. Trautmann.

Le collectif en a appelé au président Jacques Chirac et a annoncé une ?nouvelle date-butoir?, le 19 mars, afin d?obtenir des moyens accrus pour la recherche publique. ?Si, à la nouvelle date-butoir du 19 mars, le gouvernement et le président de la République n?ont pas répondu de façon plus satisfaisante (à nos revendications), nous organiserons une grande manifestation des chercheurs à laquelle nous appelons tous les citoyens?, à deux jours du premier tour des régionales, a déclaré le porte-parole du collectif. ?Nous attendons un fort soutien de l?opinion publique?, a-t-il ajouté.

Dans une interview parue mardi dans Libération, le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, avait déclaré : ?Nous ne sommes pas dans un marchandage à la petite semaine mais face à la construction de l?avenir du pays?. Prenant acte à l?avance de la décision des chefs de laboratoire, M. Raffarin avait estimé qu??une démission n?est jamais un succès? : ?J?aurais forcément une réaction de tristesse parce que je ne souhaite pas que la renommée scientifique internationale de la France soit ainsi fragilisée.? ?Quand on met 3 milliards d?euros sur la table pour la recherche [d?ici à 2007], on met beaucoup plus que ce que nous faisons pour beaucoup d?autres catégories professionnelles?, insiste-t-il.

?Renouer le dialogue?

Le chiffre de 3 milliards d?euros, annoncé samedi par Matignon, n?a pas convaincu les chercheurs. ?Si ces 3 milliards se concrétisent, on sera très contents, avait réitéré, lundi, le porte-parole du collectif Sauvons la recherche. Mais pour l?instant, il ne s?agit que d?une reformulation de la promesse faite par Jacques Chirac de consacrer 3 % du PIB à la recherche. Ce qu?il aurait fallu (...), ce sont des réponses concrètes et non pas faire une autre promesse.?

Mardi soir sur France 3, le premier ministre s?est montré plus conciliant, affirmant qu??une démission n?est pas une solution? et qu?il faut ?au contraire toujours renouer le dialogue?. Pour la ministre de la recherche, ?c?est un signe fort qui a été donné aujourd?hui, qui a été entendu et auquel le gouvernement a déjà pour une large part répondu?. ?Mais ça n?est pas parce qu?il y eu ces démissions importantes aujourd?hui que la recherche va s?arrêter demain?, a ajouté Mme Heigneré sur France-Inter.

Un comité national, destiné à réfléchir à l?avenir de la recherche et comprenant une trentaine de personnalités scientifiques, dont plusieurs membres du collectif des chercheurs en colère, a été mis en place sous les auspices de l?Académie des Sciences. Ce comité devrait, d?ici juillet, formuler des propositions qui serviront de base à la loi d?orientation et de programmation promise par le président Jacques Chirac.

Selon un sondage CSA pour La Croix, le mouvement est approuvé par plus de quatre Français sur cinq (82 %). 47 % déclarent ?soutenir? le mouvement et 35 % avoir ?de la sympathie?, seuls 12 % exprimant de l??indifférence? et 5 % se déclarant ?opposés? ou ?hostiles?.

Dans l?immédiat, la décision des chefs de laboratoire aura surtout une portée symbolique. Mais très rapidement, elle pourrait entraîner une paralysie de l?appareil de recherche : les directeurs démissionnaires ne commanderont plus de produits ou de matériel pour les laboratoires, ou ne signeront plus d?ordres de mission pour le déplacement des chercheurs.

© Le Monde News Service

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