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1er Mai : sous le signe de l?agitation

30 avril 2008, 20:00

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19 heures, hier, dans les rues de Vacoas, de Rose-Hill ou de Port-Louis? A proximité des lieux où sont prévus les meetings du Parti travailliste, du Mouvement militant mauricien, du Mouvement socialiste militant respectivement, il règne une animation inhabituelle. Tout comme au stade de Rose-Hill qui accueillera le rassemblement de la Fédération des créoles mauriciens dirigée par le père Jocelyn Grégoire. Une première. L?on se croirait en pleine campagne électorale? La nervosité est palpable à l?approche de ce 1er Mai. Observateurs politiques et responsables de parti en conviennent. Les explications ne se résument qu?à un mot : l?enjeu.

Car celui-ci est bien plus important cette année. A mi-mandat, les différentes formations politiques se doivent de démontrer que la mobilisation est toujours la même. Et dans l?opposition, l?on se positionne déjà pour les échéances à venir. Tout en reconnaissant que le père Grégoire est capable de déstabiliser la donne. Dans les faits, tout cela se traduit par une guerre de territoires, comme le laisse entendre un dirigeant du MMM.

Cela a nécessité, hier soir, une forte présence policière dans plusieurs régions, notamment celles où se tiendront les meetings. L?on aura noté un déploiement de policiers mais aussi d?éléments de la SSU et de la Special Mobile Force pour parer à toute éventualité.

Car la veille, la voiture du ministre Abu Kasenally a été endommagée après un accrochage des partisans d?autres formations politiques avec les travaillistes à Quinze-Cantons. Les deux partis parlent de «provocation». Pour le représentant du MMM à Vacoas, Siven Parapen, «la municipalité était toute rouge. Cassam Wahedally, sympathisant politique, a protesté et la municipalité, a fait enlever les banderoles. Sauf que dans la soirée, la tension est montée à Quinze-Cantons quand les travaillistes ont cherché la provocation dans la région.»

Cassam Wahedally dit avoir «essayé de calmer les esprits mais comme il y avait un camion de personnes hors de la région, avec le ministre, cela a donné lieu à une situation tendue. Ce n?est pas moi qui suis à l?origine du problème». Quant à la direction du MMM, elle récuse, par la voix de Rajesh Bhagwan, le fait que Cassam Wahedally est un sympathisant du MMM : «Cela fait longtemps qu?il n?est plus avec nous. Il est proche d?un dirigeant d?un autre parti.» Le secrétaire général du MMM devait appeler le ministre pour sympathiser avec lui : «Nous prônons le respect de l?adversaire et il n?est pas question de faire de désordre.»

Le ministre Abu Kasenally, de son côté, s?explique : «Nous n?avons pas collé d?affiches sur celles des autres partis. J?étais venu encourager mes partisans mais ce n?est parce que nous collons les affiches que nous faisons la provocation. Une douzaine de personnes sont venues vers nous et quand j?ai réalisé qu?ils devenaient bruyants, mon garde du corps, m?a fait entrer dans la voiture, jusqu?à ce qu?un membre du public ne jette une pierre sur la lunette arrière.»

Ce mardi soir a été marqué par un autre incident. L?accrochage entre Sheila Grenade du MSM et Jean-Claude Barbier illustre bien la fébrilité sur le terrain. «Pour une question d?affiche, vu que le MSM, est à Port-Louis, il y a une divergence. C?est vrai qu?il y a eu le pare-brise brisé mais il y a eu de la provocation et les militants ont réagi. Mais il est faux de dire que j?étais partie prenante comme l?affirme un agent dans une déposition,» soutient Jean-Claude Barbier. Sheila Grenade n?était pour sa part pas disponible hier pour un commentaire.

<B>«Déplacer 500 personnes par circonscription»</B>

C?est à qui occupera le mieux le «terrain» avance un membre dirigeant du MMM : «Nous avons laissé le territoire à proximité de la municipalité de Port-Louis au MSM. Mais ils ne peuvent pas exagérer pour coller les affiches jusqu?à Cassis et ailleurs.» C?est aussi pour une histoire d?affiches que les partisans du MMM et ceux du Hizbullah, ont eu des démêlés, lundi soir.

Et c?est pour possession d?armes offensives que des activistes du MMM ont été arrêtés mardi soir à Cité-Vallijee.

Outre ces incidents, l?agitation a pris une autre allure avec les démissions intervenues quelques jours avant le 1er Mai. Le conseiller municipal de Curepipe, Gérard Paya, qui est proche de la Fédération des créoles mauriciens, quitte le Parti de Xavier Luc Duval (PMXD), à la vieille du 1er Mai. «Je suis agacé depuis longtemps mais je devais prendre une décision », dit-il. Shekar Naidu, jusqu?à tout récemment au MSM, expliquera demain à la presse, les raisons de son départ.

C?est ainsi qu?un des responsables de l?organisation sur le terrain pour l?alliance sociale (il était l?ouest du pays pour cette campagne) fait remarquer : «J?en ai vécu, des 1er Mai. Or c?est vrai que celui-ci est très turbulent et agité. Nous sommes à mi-mandat et dans cette conjoncture difficile, notre pari est de démontrer que nos partisans s?accrochent toujours et qu?il n?a pas démobilisation. C?est difficile certes mais il nous a fallu y mettre de gros moyens. Cette ambiance a été souvent tendue dans certaines régions. L?opposition doit pour sa part se positionner en vue des échéances à venir. Le parti qui arrive à surfer sur une vague aujourd?hui va avoir un rôle déterminant par la suite avant les élections. D?où les cartes brouillées pour ce 1er Mai.»

En revanche, un des «back-benchers» rouge qui se dit plus réaliste avance : «L?on ne doit pas se leurrer. Nous aurons quelques difficultés avec la hausse des prix, la frustration relative à l?emploi mais nous sommes confiants que notre ?hard-core? est fidèle et ne va pas nous délaisser. Nous arrivons au moins à déplacer, surtout en régions rurales, 500 personnes par circonscription.»

Mais le député travailliste Suren Dayal est d?un tout autre avis : «Nous avons expliqué aux gens que si les prix montent, ce n?est pas nous. Ils ont compris que nous sommes crédibles contrairement à l?opposition, qui ne suscite plus la confiance.»

Un membre de l?état-major du MSM voit en cette «surenchère» «une nécessité de démontrer que le rapport de force n?a pas la même signification que les autres années. Ce rapport déterminera le cours des évènements prochain.» Mais ce dernier ajoute qu?«il y a eu une poussée d?adrénaline qui venait des incertitudes et des nouvelles donnes dans l?organisation. Il y a le facteur Grégoire qui divise une communauté, les menaces des bus?.Ces incertitudes font que nous ne pouvons faire nos meetings comme chaque 1er mai au train-train habituel.»

Responsable de l?organisation au MSM, il explique que Grégoire est vraiment venu jouer les trouble-fêtes : «Au MSM, surtout que l?on tient notre meeting à Port-Louis, l?électorat n° 1 (Port-Louis Ouest-Grande-Rivière-Nord-Ouest) et n° 4 (Montagne Longue/Port-Louis Nord) étaient importants. Comme c?était le cas pour Floréal et Curepipe. Au MMM, également c?est la même problématique qui se pose même si Jocelyn Grégoire fait son meeting à partir de midi. C?est pas dit que les partisans vont se déplacer pour toute une journée. Ils pourront faire un choix».

D?où, entre autres, le «forcing» du MMM dans certaines régions. A titre d?exemple, les députés, Alan Ganoo et Danielle Perrier ont quadrillé le n° 14, Savanne-Rivière-Noire, pour s?assurer que l?électorat de cette région ne fasse pas faux-bond au MMM.

Le calcul des communautés est aussi intervenu chez les rouges, notamment pour le n° 3 (Port-Louis Est-Port-Louis Maritime). «Cet électorat est indécis. C?est prématuré d?avancer qu?il s?est effrité. Nous savons qu?il a été déçu, ayant des attentes pour avoir voté massivement l?Alliance sociale en l?an 2005», soutient un des organisateurs de l?Alliance sociale.

Les députés de cette région, Asraf Dulull et Anwar Husnoo, demeurent un handicap pour cette région. «Etant un ministre, Asraf Dulull, ne peut pas être constamment sur le terrain. Il y a des gens dont la fonction est de maintenir ce contact mais qui ne le font pas», note l?entourage du ministre.

Pour Deven Nagalingum, un des organisateurs au MMM, «ce sont des cas isolés. Si agitation il y a, c?est surtout du côté des travaillistes, qui savent qu?ils sont en baisse de popularité. N?ayant pas fait un travail systématique, ils ruent dans les brancards maintenant. Les affiches, les pavillons le démontrent.»

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