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10 000 personnes disent ?non? à la corruption

27 mai 2004, 20:00

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La presse du jour (Advance non compris) ne chicane guère la précision quantitative de l?affluence au meeting de la veille, à la place du Quai, d?Harish Boodhoo. Signe des temps indiscutable qui explique par avance le 60-0 devant intervenir trois ans plus tard. L?heure est pourtant à la démobilisation. L?attention et l?enthousiasme de l?auditoire plaident aussi en sa faveur. Un détail significatif : nombreux sont les politiciens, de tous bords, à assister au meeting, mêlés à la foule, maudissant leur incapacité de galvaniser la masse avec autant de réussite que lui. Un portrait géant de Sir Victor Glover orne l?estrade et sera enguirlandé à plusieurs reprises.

Le thème principal du rassemblement est la nécessité de combattre la fraude et la corruption sous toutes leurs formes mais en donnant priorité à leurs apparitions au sommet du service civil, avec ou sans complicités politiques. Il y a 25 ans donc, mise en garde est ainsi donnée que fraude et corruption sont en train de gangrener les rouages de la société civile.

Harish Boodhoo qualifie le rassemblement de patriotique et d?historique. Il faut éradiquer au plus vite ces fléaux qui cancérisent l?île Maurice. ?Tant qu?il y aura des hommes honnêtes, le pays pourra respirer?, affirme-t-il. Il stigmatise les lois qui entravent la liberté de la presse. Il demande à Sir Seewoosagur Ramgoolam de prendre conscience des méfaits qui se pratiquent dans le pays. Les Mauriciens veulent une troisième force politique. ?Il faut que chaque Mauricien soit lui-même un Manilall Doctor, un Père Laval, pour combattre et boycotter corrupteurs et corrompus, qu?ils soient ministres, hauts fonctionnaires, hauts cadres? Pas question de vendre nos consciences pour des roupies?, conclut-il.

Radha Gungoosingh rappelle que la mission de la contestation est de mieux servir le peuple. Il dénonce le gaspillage causé par les emplois à caractère électoraliste et clientéliste.

A la fin du meeting, six résolutions sont votées : 1. Nomination d?une Commission d?enquête sur les allégations contre deux autres ministres. 2. Des poursuites publiques doivent être enclenchées contre ceux reconnus coupables de fraude et de corruption. 3. Institution d?un tribunal permanent, présidé par un juge, pour examiner les allégations de fraude et de corruption. 4. Que les députés et ministres déclarent leurs avoirs. 5. Que l?électorat boycotte les candidats sectaires et castéistes. 6. Que les élections partielles soient rétablies afin que les députés démissionnaires soient remplacés par des voies électorales.

Philippe Forget fait ressortir, dans un éditorial, que Harish Boodhoo n?a fait que son devoir et Victor Glover le sien. La face du pays changerait du tout au tout si chaque Mauricien imite leur exemple. Harish Boodhoo a pu servir efficacement le peuple parce qu?il ne s?est pas comporté en homme de parti, respectueux de la discipline du parti et de la permission du grand chef. Il faut renforcer autant que possible le devoir de rendre compte à tout niveau.

Terminons ce compte rendu des événements du dimanche 26 mai 1979, en rappelant que c?était le jour de la fête des Mères. En prenant comme base les prix indiqués dans certaines publicités, on peut conclure qu?un instituteur débutant, touchant à l?époque Rs 410 par mois, devait travailler pendant 6,4 jours pour acheter un sèche-cheveux, 7,5 jours pour un toaster, 11,3 jours pour une bouilloire, 12,8 jours pour un appareil croque-monsieur, 31,3 jours pour une montre quartz et 31,9 jours pour une brosse aspirateur.

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