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“Une baisse de 39 % du prix du sucre est inacceptable et insoutenable”
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“Une baisse de 39 % du prix du sucre est inacceptable et insoutenable”
La baisse de 39 % du prix du sucre proposée mercredi par la Commission européenne (CE) est trop importante pour être absorbée par le sucre. Cette baisse étalée sur quatre ans ramènerait le prix que Maurice obtient sur le marché européen de 523 euros actuellement à 319 euros en 2009-2010.
“Une baisse d’une telle ampleur est inacceptable et insoutenable. Nous pouvons baisser nos coûts de production et nous avons entrepris un plan de restructuration. Mais pour que l’industrie soit viable il faut que le prix qui nous est offert soit supérieur au coût de production auquel nous serons parvenus après la restructuration”, a déclaré le ministre de l’Agriculture, Nando Bodha, lors d’un point de presse hier.
Pour lui, l’industrie sucrière peut faire ce qu’elle veut mais il y a un seuil en termes de coût qu’elle ne pourra dépasser. “Maurice n’est pas le Brésil et il faut que la CE en tienne compte et qu’elle offre un prix acceptable”, poursuit le ministre.
Or 319 euros ne sont pas un prix acceptable. Interrogé, le ministre a refusé de dire quel serait le prix qu’il juge raisonnable. Par ailleurs, Nando Bodha n’a pas mâché ses mots, hier, pour dire sa déception de la position adoptée par la CE concernant la réforme du régime sucrier. “La commission est cynique et obsédée par une réduction brutale du prix qui n’est pas du tout justifiée. On ne peut pas, en connaissance de cause, renvoyer au sous-développement des sociétés entières qui ont, pendant des siècles, vécu grâce au sucre et aux activités intégrées.”
<B>Les contradictions de la Commission </B>
Le ministre ajoute avoir du mal à réconcilier les discours de la CE en faveur du développement alors qu’elle semble vouloir tuer une industrie qui contribue grandement au développement de plusieurs pays du groupe Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP). “Le Protocole sucre est un formidable instrument de développement. Il y a une contradiction entre le cynisme de la CE sur le dossier sucre et ses discours pro développement. Elle parle de réduire la dette des pays pauvres tout en détruisant un instrument de commerce et de développement.”
Pourtant Nando Bodha garde espoir d’obtenir une réforme plus souple lorsque la proposition de la commission sera examinée par les instances politiques, notamment le Parlement européen et le conseil des ministres. Il fait effectivement la distinction entre le texte législatif sur la réforme du régime sucrier présenté par la commission et la position politique du Conseil des ministres.
Le ministre de l’Agriculture rappelle que dix des 25 pays membres de l’Union européenne se sont prononcés contre la réforme brutale proposée. C’est à ce niveau qu’il convient d’agir maintenant pour obtenir un assouplissement de projet de réforme.
Nando Bodha annonce qu’une intense campagne de lobbying sera menée à partir de juillet. Il s’agit de cibler les décideurs politiques européens au plus haut niveau, soit à celui des chefs d’Etat et de gouvernement, du Conseil des ministres et du Parlement européen.
Sur le plan local, il existe déjà un plan accéléré pour la restructuration de l’industrie sucrière. Le gouvernement a déjà pris les devants en prévoyant une enveloppe de Rs 500 millions pour l’épierrage des champs des petits planteurs. Le regroupement des champs des petits planteurs en des propriétés sucrières est un projet qui progresse. Il n’y a que les détails légaux à fixer.
L’industrie sucrière est prête à aller de l’avant pour concrétiser ce plan accéléré, soutient Nando Bodha. Il manque cependant un ingrédient essentiel : le financement. A ce chapitre, le ministre juge dérisoire les 40 millions d’euros proposés par la CE pour l’ensemble des 18 pays ACP producteurs de sucre.
Maurice, à elle seule, vient de voter un budget de 15 millions d’euros pour les petits planteurs. 40 millions d’euros pour l’ensemble des ACP sont donc largement insuffisants.
Il faut des budgets beaucoup plus importants et un mécanisme de déboursement rapide en amont de la baisse de prix. “La tâche est immense et les moyens et ressources dont nous avons besoin sont colossaux”, affirme le ministre Bodha. Et le temps presse…
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