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“Sideways” une comédie au goût doux et amer

20 mai 2005, 00:00

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“Sideways” une comédie au goût doux et amer

Sideways, d’Alexander Payne, est l’un de ces films pour lesquels on se prend d’affection dès les premières images : Paul Giamatti tiré du lit, puis mentant au téléphone. On est séduit peut-être même avant, à cause de cette musique signée Rolfe Kent, au balancement d’un “swing” léger, évoquant un peu Dave Brubeck. Comme toute bonne musique de film, elle accompagne fidèlement les scènes et les personnages. Comme toute bonne musique tout court, elle est faite de thèmes simples, à l’instar des prémices du film, avec des développements aussi inattendus qu’intéressants, comme les situations- épisodes qui jalonnent ce road movie.

Adaptant un roman de Rex Pickett (avec la collaboration de Jim Taylor pour le scénario), Alexander Payne signe une comédie douce-amère sur la quarantaine. Ce tournant déjà difficile l’est encore plus pour les deux personnages principaux Miles (Paul Giamatti) et son ami Jack (Thomas Haden) Church. Les deux sont en constat d’échec, tant professionnel qu’émotionnel. Miles est névrosé et fragile, Jack est en apparence plus solide et les deux sont donc complémentaires. Le film bien prend le temps de nous le faire découvrir au fil des rencontres et des dégustations, les deux s’en allant faire la route des vins de Californie.

Sideways avance lentement, très lentement, mais c’est un film très dense où pratiquement toutes les séquences, tous les plans et les dialogues nous apportent quelque chose sur les personnages.

À ce propos, on ne peut pas dire que le vin en soit un, mais dans cette histoire apparemment toute simple, il est néanmoins un accessoire important. Plus qu’un prétexte, il en est le moteur et l’élément unificateur de tous les personnages. Ainsi, la route des deux messieurs en quête de vin croise celles de Maya (Virginia Madsen), la sommelière préparant une maîtrise en technique vinicole et de Stephanie (Sandra Oh), serveuse dans un bar à vin. La première est attirée par Miles qui refuse d’y croire, la seconde succombe au charme de Jack, qui se comporte en mufle. Presque tous les moments significatifs de cette histoire se passent soit autour d’une bonne bouteille, soit lors d’une conversation sur le vin. Mieux encore : c’est le vin qui définit les deux personnages principaux. Jack dit oui à n’importe quel vin qu’on lui propose, ce qui souligne son inconstance et sa boulimie. Miles lui, en tête à tête avec Maya, lui parle de sa passion pour le Pinot, vin capricieux et élitiste et dont le raisin ne supporte pas les inconstances climatiques. C’est l’un des instants les plus romantiques du film, et ce que lui répond Maya est à la fois si simple et si juste que, lors de la sortie du film, un critique disait : “… cela devrait lui valoir un Oscar, s’il y a une justice en ce monde. ”

Déceptions, mensonges, lâchetés, etc. La peur panique du dépôt de bilan est plus que perceptible et cela aurait dû donner une comédie assez sombre. Bien au contraire, Alexander Payne n’accable pas ses personnages. Sideways est une comédie lumineuse et résolument optimiste sur l’amitié, l’amour et le bonheur de vivre même si ce n’est que par défaut. C’est aussi un film dont tous les moments, qu’ils soient saisissants d’émotion, ou des plus grotesques, sonnent étonnamment vrai. Il y a vingt ans, sortait The Big Chill – Les Copains d’Abord (Lawrence Kasdan, 1984) un film des plus pessimistes sur la trentaine. Sideways, sorti l’an dernier, viendra rassurer tous les quadragénaires d’aujourd’hui.

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