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“Mon voisin le tueur 2”

12 novembre 2004, 00:00

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Le titre original de ce film de Howard Deutch étant The Whole Ten Yards, on pourra y voir comme une prolongation du premier film, Mon Voisin le Tueur, dont le titre original était The Whole Nine Yards. La pertinence de ce qui suit est plutôt sujette à discussion Drôle de voisinage, mais certains lecteurs s’interrogeront probablement sur la signification du titre de ce premier film. A ceux-là, je répondrai qu’une des explications avancées serait que, durant la Seconde Guerre mondiale, les avions de combat US étaient équipés de mitrailleuses avec des bandes de munitions longues de neuf yards. Par conséquent, envoyer à quelqu’un “the whole nine yards” (la totalité des neuf yards) signifierait dans le parler populaire américain, lui créer un maximum, disons, d’inconvénients, pour rester poli.

L’information est sujette à caution et suscitera possiblement le même intérêt courtois mais superficiel que les débuts à l’écran de Tallulah Willis, fille de Bruce Willis et de Demi Moore. Cette adorable enfant apparaît quelques secondes à peine dans ce film, juste le temps de proférer quelques grossièretés. Autant l’avouer d’emblée : c’est à peu près tout l’intérêt que présente Mon Voisin le Tueur 2.

Le premier tome déjà, ne prétendait pas à grand chose mais avait au moins le mérite d’être drôle, reposant sur quelques bons gags, la présence de Rosanna Arquette, celle aussi de Matthew Perry et celle surtout de Bruce Willis (le tueur, c’était lui) se livrant à une parodie de son habituel personnage de gros dur. Cette suite reprend les mêmes personnages excepté celui de Rosanna Arquette – qui a été bien inspirée de passer la main – chacun poussant son numéro un peu plus loin. C’est ainsi que nous retrouvons Jimmy Tudeski, dit “La Tulipe” – Bruce Willis complètement rangé des affaires au point d’être devenu un véritable homme d’intérieur ; plus précisément, un maniaque de l’ordre et de la propreté et un passionné de jardinage en plus d’être un fin cordon bleu. On pense à un personnage sorti de La Cage aux Folles, alors que le scénariste aurait pu s’être inspiré de Jack Lemmon dans The Odd Couple – Drôle de Couple (la Version de Gene Saks – 1968) et on se dit que cette caricature d’une caricature aurait probablement été moins lourde et moins embarrassante si le scénariste avait été plus inspiré.

La preuve de ce manque flagrant d’inspiration venant au début même du film, lorsque, juste après la présentation du tueur rangé, nous faisons connaissance avec sa nouvelle épouse Jill – Amanda Peet. Celle-ci, autrefois la secrétaire du dentiste, rêvait d’une vie d’aventures et elle tente maintenant de faire ses débuts en tant que tueuse à gages, jusqu’ici sans aucun succès. En fait, ce n’est pas que ses victimes lui échappent ; elle finit toujours par les tuer, mais de manière accidentelle. On la voit entrer avec sa carabine dans une chambre d’hôtel pour tuer un homme, mais elle rate son coup et dans la bagarre qui s’ensuit, sa victime finit par glisser sur des spaghettis et dégringole par la fenêtre de son hôtel pour s’écraser sur le trottoir quelques étages plus bas. On sourit un peu, c’est vrai, mais cela ne va pas plus loin et pire, on ne voit pas Amanda Peet rater encore d’autres coups.

Matthew Perry est là, lui aussi, toujours dans le rôle de Nicholas “Oz”, Ozeransky, le dentiste et il est tout désemparé. Sa nouvelle épouse Cynthia – Natasha Henstridge, l’ex de Jimmy, s’est fait enlever par les sbires de Lazlo Gogolak – Kevin Pollack sorti de prison et qui veut savoir où se cache Jimmy. Ce dernier étant un gangster hongrois, nous avons droit à tout le folklore : une musique tsigane très entraînante comme dans les films de Kusturica, la petite vieille de 108 ans avec des problèmes de flatulence, le gangster patriarche qui distribue les gifles à tout va, son grand fils qui a une tête pas possible (encore une fois, comme chez Kusturica) et qui est d’une incompétence monumentale, etc.

Pitreries et coups de feu

Était-il possible de ne tirer aucun parti de ces éléments dans un film de 98 minutes ? Le scénariste de Mon Voisin le Tueur 2, lui, y parvient sans trop se fatiguer. Retenez bien son nom, il s’appelle George Gallo. En plus du numéro de ménagère avec tablier, mules aux pieds et foulard sur la tête, Bruce Willis nous fait aussi un numéro “d’état d’âme” tournant autour d’un supposé disfonctionnement sexuel, plus loin dans le film. Ce numéro étant visiblement calqué sur celui de Robert de Niro dans Mafia Blues, une comédie très moyenne.

Bruce Willis est mauvais dans ce film, au point qu’il n’arrive même pas à ce niveau (moyen) et on finit par être gêné pour lui. Ce qui n’est pas forcément le cas de Matthew Perry à qui le scénario impose toute une série de pitreries : il essuie des coups de feu, commet des gaffes, prend des baffes ou des portes en pleine figure à moins qu’il ne soit en train de tomber dans les escaliers exactement comme le capitaine Haddock, sauf que dans le cas du capitaine Haddock, c’est beaucoup plus amusant parce que mieux agencé et mieux mis en images. Finalement, les seules à garder un semblant de dignité dans cette histoire sont les dames. Amanda Peet suscite quelque chose ressemblant à de la sympathie et Natasha Henstridge un semblant d’admiration, mais il ne faudrait pas se leurrer, toutes les deux le doivent surtout au fait que les messieurs sont si mauvais.

Tous ces commentaires pourraient laisser croire que les défauts de ce film seraient à imputer principalement au scénariste. Cependant, ceux et celles qui auront tenu jusqu’à la dernière partie se rendront compte que le récit présente quelques sérieux problèmes de cohérence, notamment dans le ton et aussi dans l’action. Certaines scènes ne sont pas raccordées du tout, ce qui laisse deviner que bon nombre ont été supprimées au montage parce qu’elles devaient être encore plus mauvaises que celles qui ont été retenues. Ce qui n’est imputable qu’au réalisateur : Howard Deutch semble bien être celui auquel on fait appel à Hollywood lorsqu’il s’agit de tourner des suites peu reluisantes à des comédies qui elles-mêmes, n’étaient pas forcément brillantes. On lui doit notamment Drôle de Couple 2, en 1998, la séquelle du film de Gene Saks, toujours avec Jack Lemmon et Walter Matthau, et aussi Les Grincheux 2.

Craignant d’avoir été quelque peu expéditif, j’ai été consulter les opinions des critiques écrivant dans des publications plus prestigieuses. Ils sont très (très !) peu à avoir émis une opinion positive dans leurs commentaires, certains exprimant le souhait qu’il n’y ait pas de troisième épisode, d’autres se montrant plutôt acerbes quant à une apparente volonté des producteurs d’Hollywood de tondre les spectateurs (tout en les rasant). A ce propos, on parle toujours de différences entre les critiques et le public “ordinaire”, cela n’est rien à côté du fossé qui sépare les producteurs hollywoodiens de leur clientèle.

Gilles noyau

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