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“Maurice peut formuler ses demandes pour l’ouverture des marchés étrangers”
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“Maurice peut formuler ses demandes pour l’ouverture des marchés étrangers”
● <B> Le Conseil sur le commerce des services de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se réunit la semaine prochaine. Quelle approche Maurice devra-t-elle adopter ?</B>
Lors de ce Conseil, si Maurice adopte une position défensive, cela ne fera pas avancer ses intérêts. Elle doit au contraire être sur l’offensive par rapport à ces secteurs où elle compte certains avantages et qu’elle compte développer. Le défi du pays est de situer l’intérêt national. Il y a souvent des résistances de la part de l’industrie locale par rapport à la concurrence étrangère. Il faut trouver un équilibre entre les intérêts des opérateurs existants et la possibilité d’attirer de nouveaux opérateurs.
Mais il n’y a pas que l’importation des services de l’étranger. Il y a aussi l’exportation des services vers l'étranger. Maurice ne reçoit pas seulement des demandes de libéralisation venant d’autres pays. Elle a les moyens de formuler ses propres demandes en faveur de l’ouverture des marchés étrangers. À Genève, Maurice doit poursuivre les discussions avec ses principaux partenaires commerciaux. Elle doit cibler les marchés où elle souhaite voir éliminer ou réduire les obstacles à la mobilité de ses propres travailleurs et des services des entreprises mauriciennes.
● <B>Comment se fait l’ouverture des marchés des services à l’échelle internationale ?</B>
Il y existe deux moyens pour libéraliser. On peut le faire soit par l’investissement, c’est-à-dire lorsque des entreprises étrangères s’installent chez vous, soit lorsque des entreprises mauriciennes et des individus s’établissent à l’étranger.
Les investissements étrangers sont une des grandes voies d’accès pour les services. Un autre mode qui est également en plein essor est la prestation transfrontalière. Cela peut se faire par l’internet – l’outsourcing, par exemple – ou par le biais de la mobilité non pas du service, mais du prestataire des services. En d’autres mots, des professionnels mauriciens tels des infirmiers, des médecins, des comptables et des architectes, se déplacent à l’étranger pour offrir leurs services.
● <B>Quels sont les grands enjeux dans le processus de libéralisation ? </B>
Il y a trois questions fondamentales dans les négociations en ce qui concerne les services. Il y a d’abord la libéralisation des investissements. Maurice doit pouvoir attirer les investissements étrangers dans les services. Il faut ensuite permettre aux entreprises mauriciennes de s’établir à l’étranger. Et finalement, il faut libéraliser l’univers des activités transfrontalières pour permettre de débloquer les services liés à l’internet.
Maurice a déjà mis en place la cybercité. Avec l’arrivée de l’Indian Institute of Technology, Maurice ambitionne vraiment de se développer en une économie du savoir et se positionner sur un marché d’avenir. La grande chance pour Maurice est son bilinguisme. La même entreprise peut desservir à la fois les marchés anglo-saxons et les marchés francophones. La nouvelle technologie permet d’exploiter de nouveaux créneaux sans même se déplacer.
Il y a aussi la mobilité des personnes. Maurice a beaucoup de compétences à exporter. La main-d’œuvre qualifiée peut avoir une vocation à être mobile dans plusieurs régions du monde.
● <B>Quel est l’état de l’avancement du dossier mauricien à l’OMC ?</B>
Maurice a déjà déposé une offre de libéralisation de son marché en juin 2004. D’ici la tenue de la réunion ministérielle à Hong Kong, prévue au mois de décembre, Maurice devra s’interroger sur la nécessité d’améliorer l’offre de juin 2004.
Il est aussi important de savoir ce que vont faire les partsenaires commerciaux. À Genève, il faudra réagir sur la base de ce que les autres comptent faire. La prochaine réunion du Conseil sur les services devra se demander si l’amélioration de la masse critique des offres de libéralisation peut se faire. Maurice peut s’interroger sur ses propres offres, mais peut aussi demander à ses partenaires d’améliorer leurs offres.
<B>“Maurice a beaucoup de compétences à exporter. La main-d’oeuvre qualifiée peut avoir une vocation à être mobile dans plusieurs régions du monde.”</B>
● <B>Comment faire progresser la libéralisation en dehors du cadre de l’OMC ? </B>
Hors OMC, la libéralisation peut se poursuivre grâce à la coopération bilatérale. Il y a par exemple à Maurice, une volonté de rapprochement avec l’Inde. Il y a d’énormes possibilités d’ouverture de services professionnels avec l’Inde dans les domaines de l’architecture, de l’ingénierie, et de la comptabilité, des secteurs où Maurice a des cartes à jouer.
Il y a aussi des négociations dans le cadre des Accords de partenariats économiques (APE) avec l’Europe. Le volet sur les services va permettre à Maurice d’avoir un meilleur accès aux marchés des services européens. Il pourrait être même plus grand que celui dans le cadre des pourparlers à l’OMC. Les APE pourront aussi mettre en place une dynamique de reconnaissance mutuelle entre certaines catégories professionnelles.
Il y a beaucoup de possibilités dans les domaines médicaux et paramédicaux, surtout avec la pénurie de médecins et d’infirmiers en Europe. Il n’y a pas que l’informatique. Cette dernière va certes générer de nouveaux services. Il faut insérer Maurice dans ce nouveau monde de Business Process Outsourcing (BPO). Il y a aussi des opportunités intéressantes dans le tourisme de santé. Le vrai créneau à exploiter est le traitement postopératoire, la récupération et les soins à long terme.
Il faut à ce chapitre améliorer la portabilité des régimes d’assurance maladie de manière à ce que le patient européen, par exemple, puisse bénéficier d’une couverture lorsqu’il se fait soigner à Maurice. Valeur du jour, cette question est un gros frein au développement du tourisme de santé ici.
● <B>Comment va s’opérer cette transition vers une économie basée sur les services ?</B>
En ce moment, Maurice dépend trop des recettes touristiques. Elle doit diversifier son économie des services surtout vu les difficultés dans les secteurs sucre et textile-habillement. La réforme sucrière est un gros choc que l’économie mauricienne devra absorber.
Il faudra opérer la reconversion économique de l’île par la reconversion de la main-d’œuvre, ce qui ne sera pas chose facile. Ce ne sera pas facile pour un travailleur de la terre de se retrouver avec un job dans un hôpital du jour au lendemain. Maurice aura à investir massivement dans la formation de sa main-d’œuvre. Il faut encourager les prestataires de formation étrangère à venir opérer au pays.
● <B>Les Européens et les Américains ne se montrent pas toujours très disposés vis-à-vis de la main-d’œuvre étrangère…</B>
Cela est un gros problème. La résistance est plus grande aux États-Unis qu’en Europe. Même en Europe, on a vu des positions très fortes s’exprimer durant les débats lors de la directive Bolkenstein.
La question de mobilité de la main-d’œuvre des pays où le coût est beaucoup moins cher a été soulevée. Il ne faut pas croire que l’OMC va régler ce problème de façon significative. Maurice devra trouver d’autres issues, dont celles de la coopération bilatérale, pour traiter ces problèmes.
Il faut cibler des partenaires avec lesquels il est plus facile d’aborder ces questions dans des créneaux précis et avec des modalités précises. Il est plus facile de trouver des solutions sur le plan bilatéral que sur le plan multilatéral.
Par ailleurs, Maurice devra aussi être très vigilante par rapport aux barrières touchant l’outsourcing. Aux États-Unis par exemple, il y a un recours à certaines mesures fiscales pour pénaliser les entreprises qui sous-traitent leurs activités vers d’autres pays.
Le mouvement des personnes et l’offshoring sont les deux principales opportunités qui s’offrent aux pays en matière de développement dans le domaine des services. Il faut se dire que les nations en voie de développement ne seront pas les grands exportateurs de capitaux ou encore les premiers mondiaux dans les secteurs des banques et des assurances.
<B>“Il y a aussi des opportunités intéressantes dans le tourisme de santé. Le vrai créneau à exploiter est le traitement postopératoire, la récupération et les soins à long terme.”</B>
● <B>Le terme “service” est un terme fourre-tout. Comment se retrouver lors des négociations ?</B>
C’est un gros problème. Le secteur des services est très diversifié. Chaque secteur a ses spécificités et une réglementation qui lui est propre. Dans les services, la protection prend la forme de la réglementation. Cela rend le travail de la libéralisation beaucoup plus complexe. À l’intérieur même de l’e-commerce, il y a un monde de différents produits.
À l’OMC, les pays sont en train de se mettred’accord sur une classification des différentes activités de services. Il faut une bonne entente pour libéraliser sur une base commune entre pays. Le BPO, par exemple, pourrait faire partie de l’e-commerce ou des services de comptabilité. Il est essentiel de s’entendre sur une nomenclature commune et de clarifier l’univers des activités dont on discute.
Propos recueillis par </I> <B>Akilesh ROOPUN</B>
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