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“L’argent européen doit précéder la baisse de prix annoncée”

22 juin 2005, 00:00

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● <B> Il y a eu de nouvelle “fuites” lundi concernant les propositions de réforme du régime sucrier de l’Union européenne (UE). Qu’est-ce qui a changé par rapport à ce que nous savions déjà ?</B>

Pour faire simple, la baisse du prix du sucre de 43 % serait étalée sur quatre ans au lieu de trois. Il y aura en 2006, une première baisse de 5 % car il n’y aura plus d’aide pour le raffinage du sucre roux de Maurice et de nos partenaires du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). A partir de juillet de l’année prochaine, le prix du sucre passera de 523,70 euros à 496,80 la tonne.

La baisse la plus importante interviendra durant l’exercice 2007-2008, soit vers octobre 2007 plus exactement quand le prix chutera à 375,60 euros la tonne. En 2008-2009, le prix du sucre passera à 353,70 la tonne et en 2009-2010 à 303 euros une tonne.

Le quantum de la baisse est plus important que proposé en juillet 2004. La seule petite amélioration est qu’elle sera étalée sur quatre ans. Mais pour nous, cela ne change pas grand-chose car Maurice et les ACP ont depuis le départ réclamé que la réforme soit échelonnée sur huit années à partir de 2008. Ainsi donc, le problème reste entier.

● <B>On sera fixé aujourd’hui sur les intentions de la Commission européenne qui devrait rendre public le texte de loi concernant la réforme du régime sucrier. Quelles seraient les implications pour Maurice si le quantum de 43 % de baisse s’avère exact ? </B>

Nous espérons que la baisse sera moins conséquente. Aucun producteur ne pourra survivre avec une baisse de prix de 43 %.

Le plan accéléré pour restructurer notre industrie sucrière a été préparé dans un contexte où nous étions persuadés que la baisse de prix sera moins importante et échelonnée sur une plus longue période.

Dès l’annonce d’une éventuelle baisse de 37 %, nous avons réagi pour préparer un plan de réforme accéléré. Mais durant nos travaux, nous nous sommes rendu compte que cette réforme ne pourrait pas se faire avec une baisse de 37 %

Avec la baisse de 43 % en quatre ans, nous sommes maintenant dans un worse case scenario. L’industrie sucrière est menacée de disparaître et cela aura certainement un impact négatif sur l’ensemble de l’économie du pays.

On entend dire parfois que l’industrie sucrière a survécu à la sécheresse de 1999 qui avait entamé les recettes de manières conséquentes. C’est oublier que les producteurs ont obtenu des compensations des compagnies d’assurances. La baisse qui est annoncée sera permanente et ne sera pas compensée.

● <B>Il n’y aura pas de compensation mais il y aura des mesures d’accompagnement qui prendront la forme d’une assistance financière de la part de l’UE…</B>

Il nous faut des fonds tout de suite pour nous permettre de réduire les coûts. Nous devons investir dans l’irrigation, l’épierrage, la mécanisation, la modernisation et la centralisation. Cela nécessite des fonds importants.

Il est primordial que nous disposions de ces fonds avant que la baisse de prix n’intervienne. L’argent européen doit précéder la baisse de prix annoncée. Il y a un déphasage entre la baisse des prix et le décaissement des fonds par l’UE qui risque de mettre en péril notre plan de restructuration.

De plus, les mesures d’accompagnement annoncées jusqu’ici sont dérisoires. Un fonds de 40 millions d’euros pour les 18 pays producteurs de sucre des ACP a été évoqué. C’est vraiment dérisoire. Il faudrait qu’il y ait au départ même de gros déboursements de la part de l’UE.

Mais même avec une telle assistance financière, une baisse de prix de 43 % étalée sur quatre années seulement signifiera la mort de l’industrie sucrière. Les producteurs les plus vulnérables cesseront un à un leurs opérations. Sans économies d’échelle, les coûts vont augmenter. Ce sera une spirale infernale. A terme, l’industrie sera réduite en une peau de chagrin et il n’y aura plus de masse critique suffisante pour le maintien de ce secteur.

Il est absolument vital que la baisse de prix soit étalée sur une plus longue période, soit sur huit années commençant en 2008 comme le réclame le groupe ACP.

<B>“Les techniciens qui ont élaboré le nouveau projet de régime sucrier, ont ignoré que les ACP font partie intégrante du système sucrier européen.”</B>

● <B>La proposition du texte de loi que communiquera la commission aujourd’hui pourra encore être amendée par les instances politiques, soit le Parlement et le Conseil des ministres…</B>

Le régime sucrier actuel expire le 30 juin 2006 et il doit y avoir un nouveau régime qui entrera en vigueur le 1er juillet 2006. L’Union européenne a jusqu’à l’heure adopté une approche technocratique concernant le dossier sucre. Elle a développé quatre modèles pour déterminer un nouveau point d’équilibre dans le système sucrier européen. Malheureusement, la Commission a éliminé le modèle qui nous était le plus favorable mais a adopté celui qui ne nous convient pas.

Dès maintenant, le projet de réforme du régime sucrier quittera le niveau technique pour être transféré dans le champ politique. Le parlement européen et le Conseil des ministres devront trancher d’ici novembre.

C’est à ce niveau que nous devons concentrer notre effort de lobbying qui sera crucial. Nous avons à peu près quatre mois pour mener notre campagne d’explication et de communication sur l’importance du sucre pour notre économie et pour la cohésion de notre tissu social.

Maurice et le groupe ACP lanceront prochainement une campagne qui s’appelera Sugar Our Story.

● <B>Justement, on a l’impression que malgré tous nos efforts, Bruxelles n’arrive toujours pas à mesurer l’importance du sucre pour Maurice et les ACP….</B>

Le projet de réforme de la Commission est essentiellement fait pour les betteraviers européens. C’est cela la base de notre problème. Les techniciens qui ont élaboré le nouveau projet de régime sucrier ont ignoré que les ACP font partie intégrante du système sucrier européen.

On perçoit comme une obsession de la part des techniciens de Bruxelles de réduire le prix du sucre le plus massivement possible.

Même le panel de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dans son jugement sur le sucre a demandé à l’UE de tenir en considération les intérêts de ses partenaires des ACP tout en se conformant aux règles de l’OMC. Les plaignants dans cette affaire, notamment le Brésil, l’Australie et la Thaïlande, ont aussi plaidé en faveur des ACP.

● <B>L’industrie sucrière a-t-elle chiffré ses besoins afin de financer la mise en œuvre du plan accéléré de restructuration ?</B>

Nous ne pouvons pas avancer de chiffres tant que nous ne connaissons pas l’ampleur et le calendrier pour la baisse du prix du sucre sur le marché européen. Plus elle est brutale et ambitieuse, plus nous aurons besoin de moyens financiers et cela dans un court délai.

● <B>Quel sera le mécanisme pour le déboursement des fonds alloués par l’UE aux opérateurs de l’industrie sucrière ? </B>

Le mécanisme n’est pas défini pour le moment. Il y a eu dans le passé un fonds d’ajustement qui avait été payé aux pays ACP, producteurs de sucre. Nous avions créé à l’époque un mécanisme basé sur des projets qui ont été financés à partir de ce fond d’ajustement de l’UE. C’est un modèle qui mérite d’être examiné même si nous ne prétendons pas que c’est le meilleur.

Lors de sa visite à Maurice, le commissaire européen, Louis Michel nous avait conseillé de canaliser l’aide européenne dans des outils de production qui assurent des bénéfices durables plutôt que dans des transferts sociaux qui ne seraient payables qu’une seule fois.

La commission a d’ailleurs évoqué des critères pour l’utilisation de ces fonds d’accompagnement de la réforme sucrière. Parmi ces critères figurent le caractère intégral et consensuel du projet de développement dans l’industrie sucrière et des considérations tels l’économie, le social et l’environnement.

<B>“Avec la baisse de 43 % en quatre ans, nous sommes maintenant dans un “worse case scenario”. L’industrie sucrière est menacée de disparaître...”</B>

● <B>Puisqu’on parle d’argent, le plan accéléré évoque le problème de l’endettement de l’industrie sucrière sans toutefois formuler des mesures con-crètes pour le résoudre…</B>

C’est effectivement un problème qu’on doit attaquer rapidement. Ce sont surtout les entreprises qui ont investi dans la modernisation qui souffrent le plus du fardeau de la dette or ce sont ces entreprises qui sont les mieux armés pour survivre.

L’industrie sucrière compte en gros Rs 5 milliards de dettes, ce qui représente environ une charge financière de Rs 500 millions chaque année pour les entreprises du secteur. Ce niveau d’endettement est une entrave à de futurs investissements qui sont pourtant nécessaires pour ne pas péricliter.

On devrait pouvoir imaginer des instruments financiers d’un type nouveau pour un rééchelonnement de la dette sur une plus longue période. Ce serait apporter un ballon d’oxygène pour les sociétés sucrières concernées.

Au départ, on avait dit aux entreprises qui voulaient se restructurer et se moderniser qu’elles auraient la possibilité de récupérer leurs investissements notamment grâce à la conversion des terres agricoles en terres résidentielles. Le processus est plus long et plus difficile que prévu.

● <B>Que pensez-vous du projet de développer la production de l’éthanol à une plus grande échelle ? </B>

Il faut y croire mais uniquement comme une activité complémentaire à l’industrie sucrière pas comme une activité principale.

Si on examine la production d’éthanol strictement au niveau micro, cela ne tient pas la route économiquement. Mais dans un contexte plus large du développement d’un cluster de la canne à sucre qui comprend de faire de Maurice un hub pour l’importation et l’exportation d’éthanol et d’autres combustibles, cela paraît plus interessant. Mais il ne faut pas croire que l’éthanol peut être la panacée aux problèmes de l’industrie sucrière.

<I>Propos recueillis par</I> <B> Stéphane SAMINADEN</B>

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