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“Je crains que l’épargne ne diminue dans le court terme”
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“Je crains que l’épargne ne diminue dans le court terme”
● <B> Quelle est votre évaluation de l’incidence de la réforme de l’impôt direct sur les assurances et les pensions ?</B>
Le ministre des Finances, Rama Sithanen, a voulu simplifier le système fiscal en éliminant des exemptions. L’objectif est de permettre aux gens d’avoir plus de revenus disponibles pour qu’ils puissent éventuellement épargner sur le long terme.
Malheureusement, les gens ne pensent pas toujours en termes d’épargne à long terme. Ils préfèrent consommer aujourd’hui au lieu de mettre de l’argent de côté pour l’avenir. En accordant des exonérations sur les primes d’assurance et les contributions aux plans de pension notamment, le gouvernement signalait d’une manière très forte qu’il est important d’épargner dans les moyen et long termes et qu’il est important de se protéger contre certaines éventualités tels les décès, les accidents et les maladies.
Je crains qu’avec les nouvelles mesures annoncées dans le budget, le taux d’épargne baisse encore. Souvent, les gens ne pensent pas à leur retraite. Ils sont plus concernés avec les problèmes du moment.
Dans beaucoup de pays au monde, les incitations fiscales existent pour corriger d’une certaine manière le comportement à trop privilégier le court terme et la consommation immédiate. Le gouvernement, à travers ces exemptions, dirigeait les ressources vers les secteurs qu’il estimait être dans le besoin de ces financements pour se développer.
● <B>Craignez-vous que le budget vienne remettre tout cela en question ? </B>
Même si le budget est globalement positif, il y a certaines anomalies qui demandent à être corrigées. Au niveau de la pension contributive, on est passé d’un extrême à un autre concernant à la fois les plans individuels et les group pensions. Dorénavant, les contributions ne sont plus déductibles d’impôts. Par contre, le lump sum à la retraite sera taxable.
J’aurais aimé ici clarifier ce que c’est que ce fameux lump sum. à la retraite, on pouvait jusqu’à maintenant convertir un quart de la pension payable en un lump sum. Ce lump sum permet au retraité de payer certaines dettes et de commencer sa retraite sur une meilleure base. Dans beaucoup de pays, ce n’est pas taxable pour la raison que j’ai donné plus haut et aussi parce que le lump sum vient affecter le taux d’imposition durant l’année. Ainsi un retraité qui n’aurait pas payé de taxe normalement sur sa pension, étant sous le barême d’imposition, pourrait en payer la première année de sa retraite de par le fait qu’il a reçu le lump sum. Je pense fortement qu’il faudrait revoir la politique annoncée de taxer dorénavant le lump sum surtout dans un contexte où il n’y a plus de déduction au départ au niveau de l’individu.
Il y aura aussi dans le futur le problème de la double imposition au niveau de l’épargne individuelle pour la retraite. Toute contribution faite dans un fonds de pension ne sera plus déductible d’impôts et sera taxée encore à la retraite. J’ai bien peur que cela puisse signifier la fin des fonds de pension contributifs et des personal pension plans pour ceux qui sont imposables. On peut parler d’un tax disincentive pour faire sa propre provision pour la pension.
L’assurance répond à deux besoins importants. D’abord, il y a l’aspect épargner sur les moyen et long termes pour préparer la retraite, pour s’acheter une maison ou pour payer l’éducation des enfants.
D’autre part l’assurance protège aussi l’individu et sa famille en cas de malheur tels les maladies graves, les décès et l’invalidité suite à un accident.
Il faudrait aussi garder un œil attentif sur l’évolution du niveau de l’épargne au sein de l’économie car les données ont changé. J’ai bien peur que l’épargne diminue dans le court terme et il est aussi possible qu’il y ait un exode de capitaux vers l’étranger.
● <B>Dans quelle mesure les compagnies d’assurances et de pensions vont-elles souffrir de ces réformes à l’impôt direct ? </B>
C’est vrai que les incitations fiscales étaient un argument de vente auprès de la clientèle. Le défi maintenant est de mettre en avant les autres attraits des produits d’assurance et de pension. Il nous faut maintenant mettre plus d’accent sur les avantages de l’assurance vie et de la pension.
Malheureusement, il y a des personnes qui ne voient pas au-delà des considérations d’impôts. Mais la majorité des gens réfléchissent et réalisent qu’il est essentiel de conserver une couverture d’assurance.
● <B>Faut-il réorienter la gamme des produits avec la nouvelle donne ?</B>
Non, je ne le pense pas au niveau des produits d’assurance vie. Plusieurs companies d’assurances ont depuis plusieurs années déjà une politique de mettre en avant les caractéristiques et les avantages de leurs produits et relèguent l’attrait fiscal au second plan.
Il est vrai cependant que les bénéfices en termes d’exemption d’impôts étaient plus faciles à expliquer. Dans le nouveau contexte, les primes d’assurance et les contributions aux plans de pension ne seront plus déductibles. Je précise, toutefois, que les sommes payables lorsque les couvertures arrivent à maturité ne sont pas imposables.
Il incombe aux maisons d’assurances de motiver la clientèle à travers d’autres arguments et de sensibiliser la population à l’importance d’épargner sur les moyen et long termes. Surtout dans la mesure où la culture d’épargne est plutôt pauvre à Maurice.
Dans beaucoup de pays, les abattements et les exonérations de la taxe sont des arguments solides pour vendre les assurances et les pensions. à Maurice également, les compagnies ont eu tendance à mettre l’accent sur les avantages fiscaux. Elles auront à mettre en avant le besoin de se protéger correctement. Il y a un effort à faire au niveau de la conscientisation.
Avec l’extension de l’âge de la retraite à 65 ans, il y aura des gens qui voudront se retirer plus tôt. Cela illustre toute l’importance de faire des économies pour subvenir aux besoins de la retraite.
● <B>Quel effet ces changements à l’impôt auront sur votre politique d’investissements ? </B>
Lorsque nous vendons des produits d’épargne pour le long terme, nous pouvons avoir une politique d’investissements à long terme. Cela nous permet d’investir dans beaucoup de secteurs clés de l’économie et de contribuer activement au développement économique du pays. S’il n’y a pas suffisamment d’épargne sur le marché local, nous ne pourrons pas jouer ce rôle comme nous le faisions auparavant.
De manière générale, nos placements à long terme comprennent les actions en bourse, les investissements dans les entreprises, l’immobilier et les prêts que nous accordons à nos clients pour financer le logement et l’éducation, entre autres.
● <B>Pensez-vous que la décision d’étendre l’âge de la retraite à 65 ans suffit-elle pour assurer la viabilité financière de la pension universelle ?</B>
Il faut réaliser que les gens vivent de plus en plus longtemps. C’est certes une bonne chose mais sur le plan de la viabilité des pensions, le tableau ne se présente pas très bien.
Les pensions vont coûter de plus en plus cher dans le futur. Si nous ne faisons rien, la proportion des bénéficiaires de la pension universelle par rapport à celle qui est toujours au travail va s’accroître.
Quelqu’un qui a 60 ans aujourd’hui peut espérer vivre beaucoup plus longtemps que celui qui avait atteint l’âge de la retraite il y a dix ans. Pour pouvoir maintenir la pension universelle, une des solutions est d’étendre l’âge de la retraite à 65 ans. Plusieurs rapports d’experts ont suggéré une telle approche. Dans plusieurs pays au monde, l’âge de la retraite a été étendu pour faire face aux problèmes de coûts.
Il y aura, néanmoins, des implications pratiques sur le marché du travail qu’il va falloir tenir en compte. Le problème de vieillissement de la population a aussi une incidence marquée sur les services de santé. Les personnes âgées consomment beaucoup de produits et de services médicaux. L’état doit trouver des mesures afin de continuer à offrir les services de santé tout en maintenant les coûts à un niveau soutenable.
● <B>Quels sont les autres paramètres qu’il faut prendre en considération ?</B>
Il y a plusieurs facteurs qui influent sur le coût de la pension universelle de base: la période pendant laquelle la pension va être payée; le montant payable; les augmentations du montant payable ; et qui sont ceux qui payent pour les retraités.
Le vieillissement de la population fait que la pension doit être payée pendant une plus longue période de temps. En même temps, cela signifie que le rapport de salariés par rapport aux pensionnés diminue. Il y aura moins d’employés pour financer la pension des retraités.
Il faut savoir que la pension universelle n’est pas une pension contributive. Donc, il n’y a pas de pre funding à cet effet. Ce sont les salariés qui payent pour les retraités à travers les impôts. Cette pension est financée directement à partir de la taxe.
D’autre part, la décision d’indexer la pension sur l’inflation est motivée par le désir de refléter les hausses du coût de la vie dans ces prestations sociales. Jusqu’ici, les augmentations dans les pensions étaient accordées de manière discrétionnaire.
Le but du gouvernement est d’essayer de garder la valeur réelle de la pension et d’éviter des augmentations sporadiques qui sont souvent sujettes à des considérations purement politiques.
<I>Propos recueillis par</I> Akilesh ROOPUN</B>
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