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À nouvel an nouveaux livres

2 janvier 2005, 00:00

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Les bibliophiles sont aussi à la fête, en cette fin d?année 2004 et à l?aube d?une nouvelle année. Les bons livres, les beaux livres, ne manquent pas même s?ils ne sont pas toujours disponibles sur les étagères de nos rares librairies.

Notre coup de c?ur va instinctivement à L?aviation mauricienne, décrivant tout un pan de la mémoire mauricienne et que nous offrent Tristan Bréville, Vijay Poonoosamy et Airports of Mauritius Co Ltd. Outre les qualités intrinsèques de ce bel album, on a du plaisir à souligner l?opportunité et l?intelligence d?une telle initiative. Cela fait à présent des décennies que Marie Noëlle et Tristan Bréville se battent contre vents et marées sans parvenir à faire comprendre aux autorités concernées que la photographie et une documentation précise et substantielle font partie des meilleurs moyens de ressusciter ce qui fut et dont on ne parvient pas toujours à empêcher la disparition. Autant donner des perles aux pourceaux.

<B>Revivre les premières heures de l?aéronautique mauricienne</B>

Vijay Poonoosamy, du coup, rejoint son frère Rama et toute l?équipe de l?agence publicitaire Immédia, intelligents propriétaires de la collection de nouvelles, Maurice. Sa démarche est pourtant particulièrement intéressante en ce sens qu?il est un des rares chefs d?entreprise locaux, assez intelligents pour comprendre qu?ils peuvent gagner sur plusieurs tableaux, en s?offrant le luxe et le privilège de pouvoir faire don à ses principaux clients, fournisseurs, partenaires, actionnaires, visiteurs et amis, un bel album, mettant en exergue une partie du riche patrimoine culturel et historique mauricien, plutôt que de s?en tenir à la sempiternelle caisse de vin ou de whisky. Il faut, en effet, même à l?ère de l?alcotest, une certaine élévation de l?âme pour pouvoir préférer des nourritures spirituelles à des boissons alcooliques.

L?album, réalisé avec bonheur par le trio Bréville/Poonoosamy/AML, rejoint définitivement une autre heureuse et mémorable initiative. Il s?agit de celle de Megh Pillay et de tous ses anciens collaborateurs de Mauritius Telecom. En publiant Maurice, images d?un siècle, le XXe en l?occurrence, notre XXe, plein à ras bord de photographies-souvenirs parlantes et évocatrices de cette île Maurice que nous avons connue et chérie, à la fin du dernier millénaire, ils rejoignaient d?un seul coup l?excellent travail d?Alistair MacMillan et de ses collaborateurs locaux qui, dans leur album Mauritius Illustrated, nous permettent d?avoir une idée plus précise de ce qu?était notre île Maurice à la fin du xixe siècle et au seuil du siècle suivant.

Tristan Bréville se charge, bien sûr, dans cette genèse de l?histoire de notre aviation, de la documentation textuelle et photographique que de la rédaction du texte. Il innove par rapport à tant d?autres chroniqueurs historiques, devant se contenter de recopier des textes journalistiques d?antan ou de les résumer malhabilement. En photographiant des entrefilets médiatiques dûment sélectionnés, Bréville nous rend du même coup la possibilité de revivre intensément ces moments de folie et d?enthousiasme contagieux, quand l?île Maurice de septembre 1933 apprend soudain qu?elle entre dans l?ère aéronautique et que bientôt atterrira un avion ayant décollé ailleurs qu?à l?île Maurice. Heures folles et excitantes des premières liaisons aériennes entre la Réunion et Maurice, les îles s?urs selon une terminologie chère à Marius-Ary Leblond. Heures d?autant plus inoubliables qu?elles seront isolées par la tragique disparition, au cours de la même année, de Paul-Louis Lemerle et de Jean Hilly, premier aviateur mauricien et oncle de José et Aldo Poncini. Cette double disparition sera suivie par les douloureuses contraintes de la Seconde Guerre mondiale et par les tristesses et les incertitudes qu?elle génère (mobilisation et éloignement de la jeunesse mauricienne de l?époque, les restrictions d?un rationnement vite généralisé, les difficultés de nouveaux approvisionnements). Il faut attendre les vols militaires (hydravions du Goulet et chasseurs du nouvel aérodrome de Plaisance) et les débuts laborieux mais par à-coups de l?aviation civile et commerciale de l?après-guerre pour que les Mauriciens se remettent à faire confiance aux promesses de l?aviation commerciale, des voyages aériens annonciateurs des industries hôtelière et touristique à venir.

<B>Un exemple à suivre par d?autres chefs d?entreprise</B>

Tout opérateur de ces deux secteurs, incapables aujourd?hui de comprendre la portée prometteuse des espoirs de septembre 1933 et des timides relances de l?après-guerre ni de transmettre à leurs clients l?émotion qu?ils ont suscitée, n?est pas digne d?occuper les fonctions qui sont les siennes car il crache sur la genèse de l?histoire merveilleuse de son secteur professionnel. Il n?a pas l?intelligence voulue pour comprendre qu?il faut un commencement à tout et que nous devons une gratitude particulière à ceux présents aux premiers jours de toute aventure humaine. Ils nous montrent la voie à suivre. Sans eux, nous ne serons pas là où nous sommes arrivés aujourd?hui et où nous parviendrons demain. Sans eux, notre île Maurice ne serait pas aussi riche, humainement parlant.

Nous ne savons pas s?il faut davantage savoir gré à Bréville pour l?offrande qu?il nous fait de photographies aussi esthétiques que chargées d?histoire que pour ses talents de narrateur. Nous ne savons s?il faut d?autant le remercier que Vijay Poonoosamy et AML qui lui donnent les moyens de s?exprimer de façon aussi éclatante et de nous donner un aperçu intéressant des riches promesses du patrimoine historique du Musée de la Photographie. Il faut seulement espérer que d?autres chefs d?entreprise suivront sagement le bon exemple d?AML et sauront nous offrir, à la fin de la nouvelle année, d?autres albums aussi intéressants que L?aviation mauricienne. Nous pensons, bien sûr, à Megh Pillay, bien placé pour nous offrir la suite de cet album et les débuts de l?aviation civile à Maurice, avant et après l?Indépendance du 12 mars 1968. Nous pensons à la famille Currimjee qui se prépare à célébrer le premier cinquantenaire de l?implantation de Pepsi-Cola à Maurice et les temps forts de l?histoire de Quality Beverages (la construction d?un bâtiment industriel qui, 50 ans après, compte toujours parmi nos constructions d?avant-garde, pour ne pas dire futuristes, les campagnes publicitaires Mammals, la tournée à Maurice du roi Pelé). Nous pensons à la Swan et au-delà d?elle à la Mauritius Fire Insurance, capables de nous raconter 150 ans d?assurance à Maurice dont un demi-siècle à la tête de ce secteur. Nous pensons à Blyth Brothers, se préparant à célébrer le 175e anniversaire de sa fondation.

Nos chefs d?entreprise les plus intelligents n?auront aucune peine à comprendre qu?en unissant nos efforts et nos moyens, nous pouvons offrir à la population des témoignages livresques et iconographiques aussi beaux et aussi précieux que le Mauritius Illustrated d?Allistair MacMamillan. Seuls de parfaits béotiens peuvent dédaigner de tels trésors culturels et patrimoniaux.

Il n?y a toutefois pas que L?aviation mauricienne (Precigraph Ltd). Les bibliophiles et les amoureux des nourritures intellectuelles ont, fort heureusement, d?autres saveurs à goûter et à apprécier. La réédition de Hier Suffren de Raymond d?Unienville fait définitivement du lot des nouveaux livres à acquérir, toute affaire cessante. Magnifiquement imprimé par MSM (Mauritius Stationery Manufacturers Ltd), il s?agit d?une 3e édition corrigée et annotée et qu?illustrent à merveille quatre dessins de Laval Ng. Suivant les conseils avisés de l?auteur, ce dernier fait jeu égal avec les dessinateurs attitrés de la marine marchande et militaire des xviiie siècle et du début du siècle suivant. Nous pensons ici plus particulièrement à Milbert, à Temple, à Moreau le Jeune, à Lesueur, à Garneray. L?auteur est très fier de pouvoir rendre ainsi justice au chapeau de son frère évêque que Suffren portait ostensiblement sous la mitraille en guise de protection. Réalisons le v?u de Raymond d?Unienville et découvrons dans son ?uvre « une des glorieuses richesses de notre histoire » : d?avoir puissamment aidé les Etats-uniens à se libérer du joug britannique, en forçant les Anglais à conserver dans notre océan Indien une bonne partie de leur flotte et l?empêcher de se mêler aux joutes navales nord-atlantiques.

Cette chronique a récemment dit tout le bien spirituel et historique qu?il convient de penser des ?uvres d?Yvan Lagesse et de Jean Claude de l?Estrac. Nos deux auteurs ne reculent, en effet, devant aucune ambition, si vaste puisse-t-elle être. Le premier raconte tout simplement l?histoire de l?ennui céleste et paradisiaque marqué du sceau de l?éternité. Rien de tel qu?un peu d?imprévu pour secouer ce qu?il peut y avoir de monotonie dans l?existence d?une béatitude, prenant dangereusement la forme d?un long fleuve tranquille. Le second choisit de narrer simultanément nos multiples histoires de peuplement et de développement économique. Il espère s?en sortir en trois tomes. Souhaitons-lui bonne chance, nous qui savons déjà que Maurice est divisée par un million deux cent mille habitants, esprit de contradiction non compris. Sourions par avance car ce que ne raconteront pas les tomes ii et iii de Enfants de milles races,la suite de Pierre, Moïse et les autres ne manquera pas de le faire, en ajoutant ce qu?il faut de malice, d?épice et de grain de sel attique. L?essentiel c?est que nos deux auteurs aient enfin retrouvé le stylo, tombé malencontreusement de leurs mains. Puisse la démangeaison d?écrire leur donner à jamais des fourmis dans les phalanges.

Alain Gordon-Gentil a choisi la formule de l?aparté pour nous confier de précieuses confidences. Ne nous trompons pas. Certains aveux et d?autres indignations pieusement recueillis ici prennent parfois l?allure de testaments spirituels, faisant des lecteurs de riches héritiers spirituels et donnant au beau livre d?un interviewer génial les apparences d?une suite normale au Devoir de Mémoire de l?inoubliable André Decotter.

Ameenah Gurib-Fakim nous offre un beau Guide illustré de la Flore de Maurice et des Iles de l?Océan Indien. Son livre est parsemé d?utiles notices botaniques, nous permettant de vivre plus intelligents au sein d?une flore indigène et exotique particulièrement intéressante, même si des vandales ministériels sont à l??uvre pour détruire à jamais une Vallée de Ferney qui risque fort de « vivre ce qui vivent des roses, l?espace d?un matin ». Il est dommage que sur le plan de l?illustration, le lecteur peine parfois à reconnaître les plantes décrites de façon si savante.

On ne peut faire le même reproche aux illustrations de Sophie Ladame dans Ile Maurice : Aquarelles. Ici au contraire chaque coup de pinceau, chacun plus génial que les autres, est une invitation au voyage, une invitation à redécouvrir une île qu?on ne savait pas si belle.

Les livres sur Maurice ne manquent donc pas. Les beaux livres pouvant compléter nos collections Mauritania non plus. Il ne nous reste qu?à faire mentir le regretté Maurice Rault qui confiait à Alain Gordon-Gentil que le « public-lecteur manque trop de talent ». Réservons donc le meilleur accueil possible aux meilleurs livres paraissant, bon an mal an, sur notre pays. C?est le meilleur moyen de sauver un patrimoine d?une richesse inestimable. C?est le meilleur moyen de susciter de nouveaux talents et de permettre à l?île Maurice de demain d?être encore plus belle que l?île Maurice d?hier et d?aujourd?hui.

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