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«Un cyclone de classe III menace le textile»
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«Un cyclone de classe III menace le textile»
● <B> Avec les nouveaux licenciements dans les usines, quel est l?état des lieux que vous dressez du secteur textile ? </B>
La situation n?est pas brillante du tout. Les ventes diminuent. Les carnets de commande des usines ne sont pas remplis. Nous devons faire des déplacements plus fréquents pour voir les clients et les convaincre à revenir s?approvisionner à Maurice. Les baisses de commande ont conduit à des plans de licenciements et de réduction d?activités, qui ont été mis en place par certaines entreprises depuis six mois. Les licenciements sont toujours pénibles mais certaines entreprises n?ont pas le choix. Pratiquement aucune usine ne fait suffisamment de profits qui lui permettraient de financer de nouveaux investissements. La nouvelle stratégie de certaines entreprises est de réduire les effectifs et les coûts de production pour survivre.
● <B> Faut-il craindre d?autres licenciements ? </B>
Oui. C?est à craindre. Un cyclone de classe III menace le secteur textile et probablement on ne s?en rend pas tout à fait compte. Des usines n?arrivent pas à remplir les lignes de production de façon rentable. Certains clients qui passaient de gros volumes de commandes ont décidé de ne plus s?approvisionner à Maurice. Quand un client part, ça prend du temps pour le faire revenir. Environ 12 grosses usines représentent 75 % des activités textiles et de l?emploi. Elles donnent normalement beaucoup de travail aux sous-traitants, qui sont de plus petites unités et n?ont pas les ressources nécessaires pour exporter directement sur le marché international. En ce moment, les grosses unités n?ont pas suffisamment de commandes et les premières victimes sont les sous-traitants dont beaucoup se retrouvent sans travail.
● <B> Vous pourriez quantifier cette baisse de commandes en volume ? </B>
Difficile à dire. Probablement entre 15 % et 20 %, par rapport aux exportations de l?année dernière vers nos principaux marchés. Nous ne restons pas les bras croisés. Nous faisons des efforts au niveau du prix et du service. Nous faisons bien moins de marges. La majorité des usines sont dans une situation de break-even ou de pertes. Le secteur textile est toujours dans la tourmente avec ces trois facteurs négatifs combinés que sont la hausse des coûts des entrants et de la logistique liée à la flambée du prix des produits pétroliers, la récession générale sur nos marchés principaux, et bien sûr, l?appréciation de la roupie. Nous sommes dans une situation très difficile. Nous sommes dans un étau.
● <B> Mais la baisse du «Repo Rate» a dû avoir un effet positif sur vos opérations ? </B>
La roupie s?est appréciée de 20 % par rapport au dollar et de 25 % par rapport à la livre sterling en un an. Avec la baisse du Repo Rate par la Banque de Maurice, il y a eu une légère dépréciation de la roupie mais, malgré cela, nous sommes restés plus ou moins au même point. Cette dépréciation ne s?est pas poursuivie. La roupie n?est pas suffisamment compétitive pour nous permettre de faire face aux grands pays exportateurs, l?Inde, la Chine, le Pakistan et les pays du Maghreb. Au niveau des jeans, même le Maroc et la Tunisie sont arrivés à produire au même prix que nous à l?île Maurice. L?Egypte est en train de devenir un concurrent très sérieux. Des signaux peu encourageants ont été envoyés ces jours-ci. Cela a été une bonne décision de la Banque de Maurice de baisser le Repo Rate. Si on l?augmente à nouveau, ce sera catastrophique pour les exportations. Le salut du pays est dans l?exportation. La question ne se pose pas.
● <B> Qu?est que vous voulez dire exactement ? </B>
Les gouvernements qui se sont succédé ces trente dernières années ont eu comme priorité la création et le développement du secteur d?exportation. Le secteur textile a été pendant tout ce temps le no 1 des exportations et c?est toujours le cas tant au niveau des emplois que des devises générées. La politique actuelle doit continuer dans le même sens. Il n?y a pas de choix. La croissance économique du pays est entièrement liée à notre performance sur le marché international. Je peux citer l?exemple de l?Inde. La roupie mauricienne s?est appréciée de 18 % par rapport à la roupie indienne en un an. L?Inde, qui a une économie plus diversifiée que la nôtre et un marché intérieur colossal, a quand même pour politique de maintenir sa monnaie dans une zone très compétitive par rapport surtout au dollar. Nous apprécions que la conjoncture actuelle de l?inflation au niveau mondial poussée par la flambée des coûts des produits pétroliers et alimentaires rende très compliquée la tâche de la Banque de Maurice.
<I>«Pour notre survie à long terme, il nous faut préserver un tissu industriel qui génère des devises et préserve des emplois pour ces Mauriciens et Mauriciennes qui ne peuvent pas travailler dans les hôtels, les centres d?appels ou l?offshore financier.»</I>
<B> Une question de survie économique ? </B>
Exactement. Pour notre survie économique à long terme, il nous faut préserver un tissu industriel qui génère des devises et préserve des emplois pour tous ces Mauriciens et Mauriciennes qui n?ont pas la possibilité de travailler dans les hôtels, les centres d?appels, ou l?offshore financier. Dans ce contexte nous ne pouvons permettre à notre monnaie de ne pas refléter des fondamentaux économiques et avoir une politique différente en laissant notre monnaie s?apprécier par rapport aux principales devises. Il y a eu, c?est vrai, des flux financiers très importants qui sont entrés à Maurice. Mais souvent de tels flux sont pour des raisons spéculatives liés aux taux d?intérêts. Ces flux financiers peuvent à tout moment repartir. Ces flux viennent fausser le jeu et déstabiliser l?industrie d?exportation. Il y a certainement un moyen pour les autorités d?exercer un contrôle sur ces flux financiers, notamment à travers les taux d?intérêts.
● <B> Mais dans quelle direction devraient s?orienter notre production ? </B>
Maurice a bâti sa réputation dans le sportswear, les T-shirts, les chemises, les polo-shirts, les pantalons et les pull overs. C?est un domaine où il y a encore d?énormes parts de marchés à conquérir. Il nous faut capitaliser sur ce que nous avons, le savoir-faire, une clientèle fidèle, et ne pas aller dans la fabrication de produits que nous ne connaissons pas. Ce qu?il nous faut aussi, c?est fabriquer des produits de plus haute gamme et faire plus de valeur ajoutée.
● <B> Mais, malgré cette situation, Denim de l?île (DDI) continue à investir ? </B>
DDI continue son intégration verticale mais nous sommes moins dans un mood d?expansion en raison des difficultés du secteur. Nous restons toutefois optimistes sur son avenir. Nous sommes très confiants dans notre secteur d?activités qu?est le denim. Notre principal objectif est d?augmenter l?efficience de l?usine en l?équipant des dernières techniques et machines. Pour cela, nous allons moderniser au maximum notre parc de machines. D?ailleurs pour les deux prochaines années, nous avons prévu d?investir Rs 400 millions dans les machines de production de tissus et de jeans. Les partenaires italiens de DDI ont confiance dans l?avenir du textile à Maurice. Leurs plans d?investissements ne sont nullement remis en cause malgré les problèmes dans le secteur.
● <B> Vous augmentez donc votre capacité de production ? </B>
Nous continuons les investissements mais nous sommes plus prudents par rapport à l?augmentation de la capacité de production. L?important, c?est de produire le plus efficacement possible et à un coût plus faible avec des machines plus modernes afin d?assurer la compétitivité de nos produits.
<I>Propos recueillis par</I> <B> Alain BARBÉ</B>
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