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«Si ça continue, nous irons vers l?école unique»
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«Si ça continue, nous irons vers l?école unique»
● <B> Lors de cette rentrée, les collèges privés auraient enregistré une baisse conséquente de nouveaux élèves en «Form I» qui serait de l?ordre de 20 %, par rapport aux autres années. Comment expliquer ce phénomène ?</B>
En effet, il m?a été rapporté, en tant que secrétaire de la Fédération, qu?il y a eu un problème d?admission en Form I, y compris dans un certain nombre de gros collèges. Ce n?est pas normal que des établissements privés, qui connaissent normalement une certaine stabilité, voient leur nombre de nouvelles recrues diminuer. C?est justement cela qui rend la situation grave. Si ces écoles-là commencent à avoir des sections en moins en Form I, cela veut dire que les collèges qui étaient en difficulté connaissent de plus grandes difficultés encore.
Depuis des années, nous demandons quelque chose de simple : une planification au secondaire. C?est-à-dire savoir combien d?élèves il y a et combien d?écoles privées il faut. Il n?y a jamais eu de volonté pour établir cela. A partir de là, il fallait développer un partenariat privé -- public. Non seulement cela n?a jamais été fait mais parallèlement, l?Etat a construit massivement ses propres collèges. Et ce, naturellement, sans prendre en considération l?offre et la demande dans chaque région. Du coup, dans certains endroits, nous nous sommes retrouvés avec plus de collèges qu?il n?y a d?élèves.
● Quelle est la gravité de la situation pour les collèges privés ?</B>
La population dans les collèges d?Etat augmente alors que dans les établissements privés, ça baisse. Ajoutez à cela que chaque année, il y a une inadéquation entre les chiffres du ministère de l?Education et la réalité. Une explication à cela doit être trouvée.
● Que voulez-vous dire ?</B>
Chaque année, le ministère nous dit qu?il ne devrait pas y avoir de problèmes dans les collèges vu le nombre d?élèves qu?il y a. Dans la réalité, nous constatons le contraire une fois l?exercice d?admission terminé.
● <B>Le problème des collèges qualifiés de «substandard» demeure également entier?</B>
Rien n?a été fait à ce niveau-là ! Si on avait eu la volonté de fermer ces écoles, leurs élèves auraient pu être dans de meilleurs établissements. Nous avions prévu ce problème de baisse dans les admissions. Nous, excepté les collèges confessionnels, avons demandé officiellement au ministre de l?Education qu?il nous donne 80 % d?élèves émanant du computer list au lieu de 50 %, mais il a refusé. Aujourd?hui, c?est devenu difficile de remplir par nous-mêmes 50 % de nos collèges.
● <B>Revenons aux collèges «substandard». Ne pensez-vous pas que le ministère est en train de les laisser mourir d?une mort lente ?</B>
L?on veut garder une épée de Damoclès sur le privé. A chaque fois, on a utilisé ces collèges pour éclabousser l?ensemble du secteur. Je pense aussi qu?ils veulent les amener au bord du gouffre avant de les fermer. Ils attendent que ces institutions atteignent le chiffre de 175 élèves, chiffre minimum pour recevoir des subsides du gouvernement, afin de les forcer à mettre la clé sous le paillasson.
Ce faisant, l?Etat économise de l?argent. S?il ferme un établissement ayant 300 élèves, par exemple, il faut tenir cela en compte au moment de payer la compensation au propriétaire. Mais avec 175 élèves, l?Etat économise. Cette attitude se fait au détriment des élèves qui se retrouvent dans ces écoles. C?est indigne !
● L?éducation privée non-payante est-elle en danger ?
Nous sommes en crise ! Une des raisons est cette absence totale de politique pour le secteur. A terme, les collèges privés confessionnels ou non-confessionnels souffriront au niveau de la quantité et de la qualité. C?est cela qui est grave. Ce manque de volonté pour établir un partenariat avec nous, c?est stupéfiant?
Le secteur privé a fait ses preuves. Elle a quand même contribué énormément au développement du pays. A terme, nous risquons d?aller vers l?éducation unique. Nous sommes tout simplement en train d?aller vers une mort lente ou du moins, vers une marginalisation de ce secteur en le réduisant à une peau de chagrin. Ce n?est pas dans l?intérêt de l?île Maurice.
● Ce que vous dites est quand même grave. Pourquoi l?Etat souhaiterait-il cela ?
(Soupirs) Il n?y a pas beaucoup de gens qui aiment notre liberté de penser. Le secteur privé a toujours été connu pour son indépendance et ça ne plaît pas à tous. Le ministère de l?Education se projette souvent comme étant le ministère du secteur public.
● En général, les collèges publics sont considérés comme dispensant une meilleure éducation que les collèges privés?
C?est, en effet, la perception. Je crois qu?elle est entretenue. Elle est également due à un manque de moyens. Un élève dans un collège d?Etat coûte deux fois plus que dans un collège privé. Pour construire quelque chose, un collège privé doit trouver de l?argent d?abord, ensuite nous percevons des grants de l?Etat.
Ce n?est pas toujours facile de trouver de l?argent pour financer un développement. Avec ce que nous avons, nous faisons un travail formidable.
Qu?est-ce qui est plus admirable ? Accueillir des enfants qui ont tous des A+ et avoir un taux de réussite qui n?est pas de 100 % ou prendre en charge des jeunes qui ont eu des résultats très moyens et atteindre 90 % de réussite ? D?ailleurs, des rapports, qui n?ont jamais été rendus publics, indiquent que des collèges privés sont meilleurs que des établissements publics.
● Dans le concret, les collèges les moins populaires accueillent les élèves ayant eu les moins bons résultats au CPE. Ces derniers auraient pourtant dû bénéficier des meilleures conditions pour pouvoir se hisser à niveau?
Exactement. Ces élèves ont le plus besoin de professeurs de métier. Or, le ministère fait du braconnage chez nous, ce qui fait que ces écoles sont constamment à la recherche de professeurs. Il faut leur donner la même considération que l?on donne aux écoles des Zones d?éducation prioritaires (ZEP) pour les aider à remonter la pente. Cela veut dire moins d?élèves par classe, plus de moyens de soutien, de meilleures infrastructures et du remedial education.
Nous l?avions demandé. Au lieu de cela, ces enfants sont traités comme des citoyens de troisième grade avec des infrastructures moins bonnes et sans enseignants de carrière. Cela équivaut presque à ce qu?avait dit Gunther Frank : c?est le développement du sous-développement.
● La question de parité entre les écoles publiques et privées a été soulevée à plusieurs reprises par la Fédération.
En vain?
Pourtant, c?est un dossier important. On ne peut pas, dans une République, pratiquer une politique de deux catégories d?élèves. L?éducation est fondée sur un concept très simple : celle de l?égalité des chances. Si on ne pratique pas la parité dans ce secteur, c?est gaspiller des chances. Cette parité doit être d?abord au niveau des moyens, des infrastructures et du personnel enseignant.
● Certains disent que les «managers» ne font que se plaindre alors qu?ils bénéficient déjà de beaucoup d?argent provenant des fonds publics?
J?aurais posé la question différemment. Combien de gens, aujourd?hui, sont prêts à entrer dans ce secteur ? Acheter un grand terrain, monter un bâtiment avec les grants comme seul moyen de remboursement et ce, sans la garantie d?avoir des élèves pour remplir les salles de classe? Beaucoup de gens désinvestissent et veulent arrêter.
● Ne croyez-vous pas que les collèges privés, et plus précisément la Fédération, ne sont pas pris au sérieux ?
Le ministre sait très bien que nous sommes une force incontournable sur les grands dossiers. Il faut maintenant une volonté pour mettre en pratique ce que nous avons suggéré. Cela dit, c?est aussi vrai que nos propositions sur des dossiers majeurs dorment dans les tiroirs. Notre impatience grandit. Je prévois une grande mobilisation des responsables d?école prochainement. Beaucoup d?entre nous voulons maintenant rencontrer le Premier ministre pour qu?il intervienne sur toute la question. Le lien de confiance est brisé.
● Pouvons-nous en savoir un peu plus sur cette mobilisation ?
(Rires) Pas pour le moment.
● Prévoyez-vous beaucoup de fermetures de collèges sur le court terme ?
Je suis convaincu que quelques-uns vont fermer cette année. La manière dont on ferme ces écoles n?est pas digne. Depuis son arrivée, nous avons demandé au ministre de présenter un plan concret et de supprimer de manière civilisée les collèges substandard. Il y a beaucoup de propriétaires qui veulent partir d?eux-mêmes, mais avec une compensation. La manière de faire actuelle ne fait pas honneur à l?éducation.
● Parlons indiscipline. Là également, vous tirez la sonnette d?alarme depuis des années?
Le ministre avait promis quelque chose pour cette année, mais nous n?avons rien vu. L?école est le miroir de notre société. Plus les problèmes deviennent complexes dans la société, plus cela devient difficile au sein de la communauté scolaire. Nous sommes confrontés à des choses que nous voyions rarement dans le passé. Parmi celles-ci, il y a le bullying, le communalisme, l?alcoolisme grandissant, le manque de respect, l?abus de langage, l?absentéisme, des problèmes de m?urs, pour ne nommer que cela. La liste est longue.
● Ces délits ont-ils vraiment pris des proportions alarmantes ?
Les problèmes que j?évoquais se multiplient de manière inquiétante. Nous avons apporté des propositions concrètes. Nous avons, entre autres, demandé que des règles soient clairement établies pour sanctionner les enfants récalcitrants.
● Estimez-vous que la «Private Secondary Schools Authority» (PSSA) remplit son rôle de superviseur de l?éducation privée ?
Mon Dieu ! La PSSA? Je dirais qu?elle a perdu son âme. Elle ne joue plus son rôle. Depuis des années, elle n?apporte plus son soutien aux écoles. Les dossiers traînent en longueur. Malheureusement, la PSSA s?est transformée en succursale du ministère de l?Education.
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