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«N?importe qui peut diriger le pays»
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«N?importe qui peut diriger le pays»
Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN
● Nous avons l?impression que l?Union nationale peine à accrocher?
Nous sommes au sein d?un jeune parti pour mettre en avant nos valeurs dont la consolidation de l?engagement du parti envers les petites gens, un certain nationalisme, surtout avec la braderie du pays en faveur des étrangers qui a lieu actuellement. Malheureusement ce n?est que durant la campagne électorale que les Mauriciens sont sur le terrain et ils refusent de s?engager avant. Il y a une difficulté de mobilisation mais nous continuons notre travail sur le terrain.
● Cela veut dire que ce que vous estimez être les préoccupations des gens sont ailleurs puisqu?ils ne se sentent pas interpellés ?
Je pense que les Mauriciens n?ont pas encore compris. Il semble qu?il y ait une certaine répugnance dans ce pays à s?engager intellectuellement.
● N?est-ce pas plutôt parce que les gens ne sont finalement pas si opposés que ça aux mesures prises par le gouvernement ?
Allez leur parler et vous verrez que 95% des gens ne sont pas satisfaits de la performance du gouvernement. Mais ils disent qu?ils vont donner une correction au gouvernement lors des prochaines élections. Il y a des menaces de mort contre Sithanen mais il est déjà mort !
● Ces menaces ne vous interpellent pas en tant que politicien et ancien ministre?
Je sais que c?est le gouvernement qui a tout orchestré pour avoir la sympathie des gens. Ils savent que c?est impossible de descendre sur le terrain sans une garde rapprochée et maintenant ils ont trouvé le bon prétexte !
● Votre interprétation est un peu tirée par les cheveux, non ?
Pas du tout. C?est ainsi et je le sais.
● Et comment se porte l?opposition en général ?
(Rires?) Elle est démobilisée parce qu?elle passe son temps à discuter qui sera le prochain Premier ministre.
● Et les gens se lassent de ce jeu ?
Exactement. Pourquoi cette obsession de Pravind à devenir Premier ministre ? Pourquoi ne pas laisser la place à Bodha qui est aujourd?hui leader de l?opposition ? Mais malheureusement le pays ? et c?est aussi la faute à la presse ? vit aujourd?hui au rythme des déclarations de Pravind Jugnauth. Qui est le serpent, qui est le scorpion, qui est l?hirondelle. Mais est-ce qu?on vit dans un animal world ?
● Et que pensez-vous de la rencontre entre Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam ?
Il va rencontrer le PM pour aller discuter de Rodrigues ! (Rires?) Au lieu de laisser ça au leader de l?opposition. Et il affirme avoir dit au PM «pa fer sa to pou perdi pwen». Mais en tant que leader d?un parti de l?opposition, n?aurait-il pas été à son avantage si Ramgoolam «perdi pwen»?
● Peut-être rechercherait-il une alliance ?
Je crois que c?est la raison pour laquelle le PM a parlé de prostitution !
● Non, la prostitution, c?est notre commerce !
Mais dans le contexte présent, c?est la prostitution généralisée dans le pays.
● L?UN ne compte-t-elle pas sur le soutien du MMM ?
Notre priorité, c?est de consolider notre une force politique d?abord. Après, on verra. Je pense qu?il y a une ligne de communication avec le MMM et c?est possible qu?un accord se matérialise tout comme il est aussi possible qu?il ne se matérialise pas. Dans les deux cas, il me semble que dépendre d?un autre parti politique est une recette pour un désastre.
● Et entre-temps, il y a un gouvernement qui fait son petit bonhomme de chemin bon gré, mal gré ?
Il n?y a pas de gouvernement. Voyez le problème des marchands ambulants. Hier, ils étaient en colère et manifestaient devant la mairie de Port-Louis mais aujourd?hui, ils sont satisfaits. C?est la même chose pour les pêcheurs. C?est la rue qui décide de l?action gouvernementale. Et ce fait décrédibilise les institutions qui ne sont plus en train de fonctionner. Il y a aussi une certaine peur de parler contre le gouvernement. Vous voyez ce qui est arrivé au Dr Sungkur et à d?autres qui ont été contraints de lev pake ale. Ce gouvernement a créé une psychose, un terrorisme institutionnel.
● Donc il y a un gouvernement ?
(Hésitations?) C?est un gouvernement de la mauvaise gouvernance. Un gouvernement qui se permet d?exiger que l?express suive une certaine ligne de conduite. C?est le terrorisme contre la presse. C?est malheureux que ces procédés se généralisent en Afrique. Il y a une crainte de la vérité dans ce pays. Je dis aux gens que s?ils ont envie de me critiquer, de le faire ouvertement. Ils doivent avoir le courage de leurs opinions. Il nous faut développer une mentalité de braves dans ce pays. Mais cette mentalité-là n?existe pas ici.
● Qu?est-ce qui interpelle Anil Gayan le plus aujourd?hui ?
Le manque de connaissance du pays par ceux qui prennent des décisions au nom du pays. Voyez le dernier budget. C?est la plus grande catastrophe que vit le pays. C?est un budget qui a été préparé par des personnes qui ne connaissent pas le pays, qui ne savent pas comment Maurice est arrivée là où elle est aujourd?hui et qui sont payés en dollars alors que notre monnaie se déprécie.
● Vous vous plaignez qu?il n?y ait pas de débats d?idées dans le pays, pourquoi n?êtes-vous pas allé débattre des mesures budgétaires avec les quatre anciens ministres étrangers lors de leur visite ?
Faut-il des étrangers pour des débats d?idées ?
● Mais vous dites que ces débats sont inexistants à Maurice !
Non, je dis qu?il y a une répugnance à s?engager dans des débats d?idées. Mais ces quatre personnes ne connaissent pas les réalités du pays et ils n?ont rien apporté de nouveau.
● «Bizin enn Jugnauth pou roul sa pei la». Que pensez-vous de cette affirmation ?
Je ne suis pas d?accord. Et d?ailleurs Ashock a expliqué dans quel contexte il a dit cela. N?importe quel Mauricien de bonne volonté, qui a à c?ur l?intérêt de ce pays, peut diriger Maurice.
● Y compris Anil Gayan ?
Oui. Mais il semble que j?ai un handicap de caste. (Rires?)
● Paul Bérenger n?a pas aidé la cause?
C?est triste que ce soit ainsi. J?avais toujours pensé que Paul Bérenger allait ouvrir la porte pour les autres. Mais quand j?ai vu la réaction viscérale et communaliste dans le pays, je vois que nous n?avons pas encore atteint la maturité nécessaire dans ce pays pour accepter qu?une personne d?une autre communauté puisse diriger le pays.
● Quelle est votre opinion sur le problème Cehl Meeah ?
Je pense que Rama Valayden est le pire ministre de la justice que le pays ait eu. Il s?est ingéré dans l?extradition de Teeren Appasamy et il a donné des engagements à l?avocat de Cehl Meeah quand il n?avait pas le droit de le faire. Valayden aurait dû écrire à son homologue en Arabie Saoudite pour demander de ne pas traiter la demande d?asile de Cehl Meeah parce qu?il est recherché pour un crime de droit commun et que Maurice est un état de droit. Il faut prendre de la hauteur quand on est ministre.
● Que pensez-vous du dégel des relations entre Harish Boodhoo et Navin Ramgoolam ?
Encore un non-issue. Boodhoo est en train de faire campagne contre le sale by levy en diabolisant ce système. Mais personne ne force qui que ce soit à contracter un emprunt. Et quand on signe un contrat, il faut pouvoir respecter son engagement. On ne peut pas forcer une personne à emprunter de l?argent à un casseur. Il y a des institutions financières pour faire des emprunts mais très souvent ces institutions financières ne prêteront pas de l?argent à ces personnes. Et c?est ainsi que les victimes de la vente à la barre se retrouvent dans une situation intenable mais ce n?est pas la faute au gouvernement. Le Mauricien doit avoir le sens des responsabilités même s?il peut y avoir des abus.
● J?imagine que vous n?approuvez pas les décisions prises par le gouvernement en faveur de ces victimes ?
Le gouvernement a fait arrêter les procédures d?éviction. Avec une telle mesure, qui est celui qui va payer la NHDC aujourd?hui alors qu?il sait que son voisin ne paie pas et qu?il n?y aura pas de sanctions. Ils diront le PM a dit de ne pas payer ! La question de la vente à la barre est devenue une question politique.
● Récupération politique que Paul Bérenger fait au vu de ses rencontres avec les victimes.
Mais à son crédit, il a pris certaines mesures pour soulager ces gens. Mais pas jusqu?à dire qu?il faut abolir le système de sale by levy. Ce système existe dans tous les pays.
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