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«Marchés diversifiés et tourisme de qualité ne sont pas contradictoires»

8 octobre 2008, 00:00

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Quel regard portez-vous sur le secteur touristique local ?

Bien avant la crise financière, on a noté un ralentissement assez net de la croissance touristique. En avril, je parlais déjà de «nuages inquiétants à l?horizon» au vu des consultations régulières que j?ai eues avec des professionnels locaux et étrangers. Le gouvernement maintenait son objectif de croissance de 10 % en 2008, que j?estimais exagéré, alors que les techniciens compétents du Bureau central des statistiques prévoyaient une croissance plus raisonnable de 7,5 %. Maintenant avec la crise financière qui s?étend en Europe, les répercussions sur le secteur touristique seront néfastes.

De juillet à août, nous avons eu une croissance cumulée de 5 %. Cela présage, avec les effets de la récession devenant plus évidents, que les mois à venir seront très difficiles. Les réservations des chambres d?hôtels et des sièges sur les grandes lignes aériennes pour la fin de l?année sont déjà très mauvaises.

N?est-ce pas pour accroître la performance que la diversification des marchés a été préconisée ?

La diversification aurait dû se faire de manière plus concertée avec le secteur privé et Air Mauritius et demeurer la priorité des priorités du marketing du ministère du Tourisme et de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA). Gouverner c?est prévoir et l?avenir se prépare sans attendre les difficultés pour réagir.

Pourquoi n?avoir rien fait quand vous étiez ministre de 95 à 97 ?

Lors de la création en 1996 de la MTPA, l?un des objectifs était d?être proactif et d?anticiper face à certaines données du marché touristique. De plus, nous avions insisté sur la synergie entre le secteur privé et le secteur public en mettant en place un conseil d?administration composé moitié-moitié de représentants du privé et du public. Pourtant, l?Office du tourisme était auparavant un organisme gouvernemental dépassé. C?est vous dire que nous avions mis en place des structures permettant plus de professionnalisme et de flexibilité sur le plan opérationnel. Malheureusement, ces trois dernières années, les responsables se sont enlisés dans le train-train quotidien en se focalisant sur le marché européen sans se remettre en question alors que la diversification aurait dû être un exercice continu.

Diversifier les marchés touristiques tout en s?efforçant de viser, comme vous l?avez souhaité, un tourisme haut de gamme n?est-il pas contradictoire ?

La diversification des marchés n?est pas en contradiction avec l?objectif de s?établir sur des marchés niches. Elle ne s?oppose pas à la recherche d?une clientèle de qualité sur de nouveaux marchés. D?autant plus que dans les économies émergentes comme la Chine, l?Inde ou encore les pays du Golfe et de l?Europe de l?Est, on peut accéder à cette clientèle prête à dépenser. La contradiction se situe, dans la pratique plutôt ailleurs.

Que voulez-vous dire ?

Pour citer l?exemple de l?Australie, où le ministre du Tourisme est allé faire, il y a quelque temps, une tournée de promotion dans les trois principales villes, notamment, Perth, Sydney et Melbourne. Il avait promis d?augmenter à cinq le nombre de vols hebdomadaires entre les deux pays et de faire de l?Australie le cinquième marché touristique de Maurice devant l?Allemagne, l?Italie et l?Inde...

Je ne vois rien de mal à cela...

Le hic, c?est que le nombre de vols n?a pas augmenté, mais quelques jours après son retour, lors d?une activité en présence d?opérateurs australiens, il a annoncé la suppression de desserte de Sydney. Cela manque de sérieux et a porté un mauvais coup à l?image du pays vis-à-vis des professionnels du tourisme australien.

Mais la croissance touristique avait été honorable l?année dernière.

Oui, si on la compare à l?année d?avant où le chikungunya nous avait affecté.

Souhaitez-vous supprimer le tourisme de masse ?

J?estime qu?il y a de la place pour un tourisme de qualité pour toutes catégories d?établissements hôteliers. Si nous recherchons la crème tout en voulant séduire la foule, nous envoyons des messages confus à nos partenaires étrangers. Ils se demandent ce que nous recherchons et quelle est la politique actuelle du tourisme mauricien. La quantité ou la qualité ? On ne peut pas attirer un très grand nombre de touristes, sans que cela n?ait un impact sérieux sur l?environnement. Cela avait été la politique du gouvernement pendant plus d?une vingtaine d?années et aura été tout le contraire: du high yield, low impact. Ce n?est que depuis trois ans que ça a basculé.

Pour vous, 2 millions de touristes en 2015, c?est insensé ?

Absolument. Pour atteindre cet objectif, il nous faut doubler notre parc hôtelier, réaliser uen croissance de 10 % par an et former environ 3 500 à 4 000 jeunes chaque année; or nous n?en formons qu?environ 800 par an. De plus, nous ne sommes pas préparés du point de vue des infrastructures et des ressources. Avec une saturation touristique, le produit risque de se dégrader comme l?a rappelé le secrétaire général de l?Organisation mondiale du tourisme en 2006 lors des Assises du tourisme.

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