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«Les électeurs s?interrogentet écoutent...»

18 juin 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B> Beaucoup pensaient avoir déjà capté l?humeur politique de l?électorat. Or Synthèses vient donner des réponses qui ont surpris bon nombre de Mauriciens. Les politiciens disent qu?il y a une vague, vous dites que non. Comment expliquez-vous ce décalage entre la perception et les chiffres qui reflètent une autre vérité ? </B>

Le sondage que nous avons réalisé est une photographie instantanée de l?opinion, celle du début de juin 2005, soit un mois avant les élections. Les résultats publiés par votre journal montrent simplement que les électeurs s?interrogent et écoutent.

● <B> Vous n?êtes pas sans savoir que le dernier sondage a causé beaucoup de remous. L?alliance MMM-MSM est contente alors que l?Alliance sociale est très remontée. Est-ce que les dés sont jetés pour cette bataille électorale ? </B>

D?abord rien dans ce qui a été publié ne vous autorise à le dire. Plus généralement, une bataille n?est jamais gagnée ou perdue avant d?avoir été livrée. Dans une élection, c?est le jour du vote qui compte. Les sondages sont le reflet de l?opinion à un instant donné et ne préjugent pas ce que va être la réalité le lendemain. Ils sont surtout des outils d?analyse, de compréhension des opinions et d?aide à la décision. Ils peuvent aussi indiquer des tendances.

Ainsi en matière électorale, on s?aperçoit, dans les démocraties, que les opinions sont de moins en moins tranchées. Il résulte une indécision de plus en plus grande jusqu?au jour de l?élection, les électeurs pouvant changer d?avis du jour au lendemain.

Ce phénomène touche aussi Maurice. Nous faisons des sondages à Maurice depuis les élections générales de 1995 et avons remarqué que le nombre d?indécis est de plus en plus élevé. Le niveau très élevé d?information des populations, les politiques économiques et sociales des grands partis qui sont souvent peu différenciées et peu lisibles pour le grand public sont vraisemblablement des facteurs non négligeables de cette indécision.

● <B> Si l?on se fie au dernier baromètre du Synthèse en février dernier et aux résultats des dernières élections générales dans une lutte entre une alliance MMM-MSM et le PTr, c?est l?alliance gouvernementale qui gagnerait logiquement les élections. Or vous dites que rien n?est joué. Cela s?expliquerait par le fait d?un effritement de l?électorat du MSM aussi bien que celui du MMM ? </B>

Quand on se réfère au baromètre de février, il faut prendre en considération la marge d?erreur. La tendance peut ainsi se renverser dépendant justement de cette marge d?erreur. Le dernier sondage que nous avons réalisé pour votre journal montre en effet que les jeux ne sont pas faits et que ce sont les indécis qui feront pencher la balance d?un côté ou de l?autre. En relation avec ce que nous avons dit précédemment, sur le phénomène d?indécision, il apparaît en effet que les noyaux durs des partis (électeurs fidèles et traditionnels d?un parti) se réduisent d?année en année.

La conséquence est que la grande majorité des électeurs peuvent aussi bien aller vers une alliance ou une autre selon « l?humeur » du moment ou le programme du parti. Cela oblige les grands partis à faire preuve d?imagination dans les programmes afin de répondre aux attentes de la population.

● <B> Et donc pour gagner ces élections, le programme sera un élément clé de la campagne ? </B>

Les programmes, comme nous le disions plus haut, sont sensiblement les mêmes, il n?y a pas de différence fondamentale entre les deux. S?il y a une différenciation des programmes, cela peut causer un écart mais jusqu?à l?heure, cela ne semble pas être le cas. Dans ces conditions, l?électeur vote selon son humeur.

● <B> Qu?est-ce qui fait que les données changent ? En 2000, le gouvernement sortant avait une majorité écrasante. Pourquoi est-ce que ce n?est plus le cas cinq ans après ? </B>

Rien dans le sondage publié par votre journal ne laisse supposer que ce n?est plus le cas. Ce que je peux vous dire, c?est que les élections ne sont pas toutes pareilles. En 2000, il y avait un élément fort. Cette fois-çi, comme il n?y a pas d?élément fort, les gens hésitent. Souvent c?est la personnalité du leader qui est un facteur déterminant.

● <B> Nous notons aussi par ailleurs que le noyau dur d?un parti n?est plus aussi conséquent qu?il était auparavant. Comment expliquez-vous cela ? </B>

Les Mauriciens, notamment les classes populaires, ont accès à l?information et développent elles-mêmes leur sens critique. On a de moins en moins besoin de se référer au discours du parti ou des leaders pour se faire une opinion. En outre, la très faible différence entre les programmes est une des explications.

● <B> Les indécis qui iront voter sont également très nombreux, à la surprise générale. Ils veulent voter mais ne savent pas pour qui ? Qu?est-ce qui influencera leur choix ? Qu?est-ce qui les convaincra ? </B>

À ce jour, nous n?avons pas suffisamment d?information pour le dire.

● <B> Comment expliquez-vous le fait que 54 % de l?électorat qui se dit proche d?un parti et qui compte voter pour ce parti, peut changer d?avis ? Est-ce que les élections ne sont plus une question de convictions ces jours-ci ? </B>

L?explication est la même que celle concernant le noyau dur d?un parti. Il y aurait lieu d?avoir des convictions si les programmes de partis étaient sensiblement différents l?un de l?autre.

● <B> Alors que les politiciens ont tendance à croire que l?électorat vote selon les bases de religion et de caste, le sondage démontre que c?est de moins en moins le cas. Est-ce à dire que la société mauricienne a évolué et les politiciens sont victimes d?anachronisme ? </B>

Effectivement, techniquement on ne peut pas gagner les élections sur des votes ethniques mais on ne peut pas pour autant dire que les politiciens sont anachroniques.

● <B> Vous semblez dire que l?appartenance ethnique n?influence pas le comportement électoral ? </B>

Lorsqu?on analyse les élections de 2000 et les différents baromètres publiés par l?express depuis 2003, on peut sans se tromper dire que le vote ethno-religieux existe mais qu?il est de plus en plus minoritaire. Dans tous les cas, il n?explique pas la victoire du MMM-MSM en 2000, ni celle du PTr-MMM en 1995, et n?expliquera vraisemblablement pas celle de 2005. Les grands partis que sont le MMM, le PTr et le MSM recrutent bien au-delà des communautés d?appartenance de leur leader. Les Mauriciens, tout au moins dans les sondages que nous réalisons, démontrent une vraie maturité politique et décident de leur vote selon les propositions des candidats et de moins en moins par rapport à une consigne de vote

● <B> Est-ce qu?il est possible qu?il y ait une vague qui se lève à quelques jours des élections ? </B>

Il est impossible de le dire, nous n?en avons d?ailleurs aucune idée. Cela va dépendre beaucoup de la mobilisation des partis. Nous pensons que la lutte se serre mais nous ne savons vraiment pas.

● <B> On dit toujours que les élections se font la veille. C?est bien ce que le sondage confirme ? </B>

Oui, de plus en plus.

● <B> Vous avez réalisé huit différents sondages politiques à Maurice. Est-ce que les Mauriciens ont été constants dans leur façon de voter ? </B>

Non, les indications que nous avons nous permettent de dire plutôt le contraire.

● <B> Comment définirez-vous l?électeur mauricien typique ? </B>

Il n?existe pas d?électeur type mauricien tout au moins dans nos sondages.

<I>«Le dernier sondage montre que les jeux ne sont pas faits et que ce sont les indécis qui feront pencher labalance»

«On peut sans se tromper dire que le vote ethno-religieux existe mais qu?il est de plus en plus minoritaire»

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