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«Le but de l?éducation n?est pas d?exclure»

18 février 2006, 00:00

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par Deepa BHOOKHUN

● Cela ne fait pas longtemps que vous êtes ici mais déjà, quelle est votre impression de Maurice ?

C?est difficile pour moi d?émettre une opinion sur le pays étant donné que je ne suis là que depuis sept semaines. Mais mes impressions initiales sont très positives. Maurice est définitivement un pays plein d?entrain, il y a des choses qui se passent comme le débat sur l?éducation actuellement. Un pays avec tellement de diversité est donc très complexe.

● Vous dites que Maurice est un pays complexe. Pourquoi ?

Ma connaissance de Maurice est très superficielle. C?est toute une diversité et c?est fascinant. Un des objectifs du British Council est de se comprendre mutuellement et bâtir une relation qui sera mutuellement bénéfique aux personnes en Grande-Bretagne et ceux d?autres pays.

● Vous parlez de «compréhension mutuelle» dans cette diversité mais on a l?impression dans ce débat très passionné sur l?éducation que c?est précisément à cause de cette diversité que l?on ne se comprend plus. Avez-vous eu cette impression en suivant ce débat ?

Je ne pense pas que ce soit approprié que je commente ce débat qui est en train d?avoir lieu et je ne pense pas avoir été ici assez longtemps pour pouvoir commenter. Mais c?est clair que l?éducation est une question complexe et donc le débat devient complexe. Ce qui est intéressant, c?est que le même débat a lieu en Angleterre. Et beaucoup de choses qui sont en train d?être discutées à Maurice le sont aussi en Grande-Bretagne. Et les mêmes idées qui sont controversables ici le sont aussi chez nous. Et ces problèmes sont communs à tous les ministères de l?Education à travers le monde. Mais je ne peux pas commenter le problème actuel.

● Je vais vous poser une question qui vous semblera simpliste mais je la pose quand même car on a un peu l?impression de se perdre dans les débats. Quel est le but de l?éducation ?

Le but de l?éducation ? Apprendre des skills aux gens. Nous sommes éduqués, je suppose pour apprendre à être partie prenante de la société civile, pour que nous ayons les conaissances et les aptitudes afin de contribuer à la société. L?éducation sert aussi à faire ressortir le potentiel d?un individu et donner autant de facilités que possible à une personne pour qu?elle réalise ce potentiel. Et je ne parle pas que de ces personnes qui ont des avantages sociaux mais surtout celles qui ont des aptitudes spéciales. C?est le but en tout cas. Comment l?atteindre ? C?est la raison d?être de tous ces débats. Mais je crois qu?il faut parler en termes de life long learning et pas seulement de ce qui se passe à l?école. Et je présume qu?à Maurice, tout comme dans d?autres pays, il y a beaucoup de personnes qui n?ont pas été à l?école. Et là la question qui se pose est, que faire d?eux ? Comment leur apprendre des skills qui leur seront utiles dans la société ?

«La globalisation aura un impact certain sur l?éducation. Mais la raison primaire d?éduquer n?a pas changé.»

● Après chaque examen de la fin du cycle primaire, 40 % des enfants mauriciens sont rejetés par le système. Que faire d?eux puisque les données économiques ont globalement changé ?

Il y a certes des besoins de base mais le monde d?aujourd?hui est beaucoup plus technologique. Le monde a changé, la globalisation aura un impact certain sur l?éducation. Mais la raison primaire d?éduquer n?a pas changé. On éduque par rapport à ses besoins. Je ne suis pas un expert mais ces changements ont apporté d?énormes opportunités. Maurice par exemple a l?ambition de devenir un expert en matière technologique et il lui faut maintenant donner à ses citoyens les moyens de cette ambition. Cela passe par l?éducation.Les jeunes viennent dans notre learning centre et utilisent les ordinateurs avec aisance. C?est ça aussi la changement.

● À quel point la compétition est-elle importante dans le système éducatif ?

C?est une question difficile dans la mesure où c?est une affaire très personnelle qui n?a souvent rien à faire avec une politique. Le débat n?est peut-être pas si la compétition est bonne ou mauvaise mais quand l?introduire. Et je n?ai pas de réponse à cette question. C?est une controverse en Angleterre tout comme à Maurice. La compétition existe dans tous les domaines.

● Mais chacun réagira différemment ?

Exactement. La compétition n?a pas nécesairement de corrélation avec la bonne performance mais peut aider quelques personnes à se dépasser. Mais qu?on la déguise ou pas, elle est là. Vraisemblablement, vous avez des journées sportives à l?école ?

● Est-ce qu?introduire la compétition à l?âge de 11 ans vous semble une bonne chose ?

Je ne peux répondre à cette question. Elle est très spécifique à toute la question de réforme ici.

● Et que pensez-vous de toute cette question d?élite ?

Je ne sais pas. Probablement qu?en théorie ce n?est pas une bonne chose mais en même temps, dans la pratique, nous avons des écoles spécialisées dans la production de l?élite. Encore une fois, cette question fait aussi débat en Grande-Bretagne où nous voulons promouvoir un accès juste aux collèges. Comment le faire est une tout autre affaire. Mais il faut donner toutes les oppportunités possibles aux enfants. Je suis conscient de n?avoir pas répondu à votre question mais je ne peux vraiment pas me prononcer.

● Quand vous dites un accès juste, cela veut dire donner plus d?opportunités aux défavorisés sociaux ou autres ?

Je pense que le but de l?éducation est d?essayer de prendre en considération les défavorisés de même que les favorisés.

● Est-ce que cela peut se faire?

(Hésitations?) On peut essayer. C?est tout le débat entre la qualité de l?éducation et à son accès. On veut donner une éducation de qualité à autant de gens que possible. Aucun système d?éducation n?a pour but de désavantager un groupe quelconque. Quel sera le résultat, on n?en sait rien. Votre question est posée comme un choix d?un either - or et je ne pense pas qu?il faille penser en ces termes. Favoriser ou exclure un groupe de par ses capacités aux dépens des autres n?est pas ce que je comprends de l?éducation.

«Nous voulons que l?anglais passe du statut de langue étrangère à celle de langue que les gens utilisent.»

● Pouvez-vous à ce stade faire un commentaire sur le niveau de l?anglais à Maurice ?

Nous avons récemment commencé une étude sur 3 000 étudiants à Maurice et les résultats vont indiquer quel est le niveau de l?anglais par rapport à un benchmark international mais ne nous dira pas si le niveau a régressé ou s?est amélioré, à ce stade.

● Cela ne vous a pas étonné de voir que l?anglais, notre langue officielle, n?est pas très présente dans la vie de tous les jours ?

Je dois admettre qu?on m?avait prévenu. Je dois aussi dire que la plupart des fonctions où j?ai été jusqu?ici ont été en anglais. Mais j?entends différentes raisons fascinantes et historiques pour expliquer pourquoi l?on utilise autant le français. Notre but au British Council est évidemment de promouvoir la langue anglaise. Je suis étonné qu?aucun cinéma ne joue des films en anglais car il est difficile de promouvoir une langue si l?on n?est pas exposé quotidiennement à cette langue. Il y a à l?heure actuelle 2 milliards de personnes au monde qui parlent anglais et la majorité de ces personnes ne sont pas des native speakers. L?anglais a une place très importante dans le monde d?aujourd?hui. Nous voulons que l?anglais passe du statut de langue étrangère à celle de langue que les gens utilisent.

● Mais l?anglais demeure malgré tout une langue étrangère pour les Mauriciens.

Mais je pense que cela va changer. Je ne dis pas que les gens ne parleront que l?anglais mais celle langue sera de plus en plus utilisée à travers le monde et Maurice ne voudra pas rester à l?écart de ce mouvement mondial. Que ce soit en Inde ou en France, l?anglais est de plus en plus utilisé.

● Mais n?est-il pas vrai que c?est difficile d?exceller dans une langue quand vous en parlez plusieurs ?

Cela dépend de ce que l?on veut dire par exceller. A-t-on besoin d?être parfait d?ailleurs. Qu?est-ce que la perfection, ou a-t-on besoin de parler la langue anglaise ? Je ne suis pas en train de parler du british english mais d?un anglais presque familier qui peut être parlé et compris internationalement.

● Si vous ne parliez pas français, est-ce que votre vie à Maurice aurait été plus dure ?

Ah oui, les gens parlent anglais. J?ai peur que mon français parlé ne se rouille après trois ans ici ! (Rires?) Mais il faudra que je continue à lire le français tous les jours à part les mardis si je veux lire les journaux !

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