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«La vérité historique»
Réaliste. Pour la petite histoire, il dit à ses étudiants que les dates ne sont pas importantes. A moins qu?elles n?apportent un éclairage. Car ce qui compte, c?est moins «les faits que les idées». Celles du Dr Sadasivam Jaganada Reddi ont eu une nette tendance marxiste. Beaux restes de ses jours à l?université de Leeds, quand sa formation en histoire place sur sa route des chargés de cours communistes. Dont un réfugié politique hongrois.
Lui un contestataire ? Difficile de l?imaginer, dans son bureau froid et impersonnel de président du conseil d?administration du University of Technology. D?ailleurs, il n?insiste pas.
Quarante ans plus tard ? Sadasivam Reddi était étudiant en 1968 et a pris sa retraite en 2006 ? a pris son parti.
Et louvoyé dans la vie. De candidat mauve aux élections de 1976 au No. 13, Rivière-des- Anguilles ? Souillac à «donn enn koud min» à Anerood Jugnauth après l?affaire Amsterdam, pour «organiser le Sud à l?époque» pour le parti du soleil, avant de lui prodiguer ses conseils lors d?une partielle à Vacoas-Phoenix, l?histoire personnelle de Sada Reddi est en forme d?arc-en-ciel politique. Aujourd?hui, il est l?un des décorés de la République, élevé au rang de Grand officer of the order of the star and key of the indian ocean, depuis le 12 mars. Distinction qui couronne une carrière dans l?enseignement, que ce soit dans divers collèges, à l?Institut de pédagogie ou à l?université de Maurice. Un poste actuel de conseiller au ministère de l?Education. Et la suppléance à la présidence de l?université de la technologie.
Quand il en parle, Sada Reddi présente son intérêt pour la chose politique comme «un passe-temps ». Un loisir suffisamment important pour qu?en 1976, l?enseignant au collège John Kennedy, démissionne de son poste pour se jeter dans la bataille. Un amusement assez sérieux pour que Sada Reddi ? un homme à la retraite ? se soit mis en tête de changer une situation qui dure depuis 1972. Soit, donner à l?enseignement de l?histoire la place qui lui revient dans le cursus scolaire. Et vaincre une résistance vieille de trente ans.
Une précieuse distraction qu?il pratique assidûment depuis. A la recherche de la vérité historique. Vérité qu?il définit comme étant bien temporaire. Vérité qui se dégage quand il y a consensus parmi les historiens. Ces archéologues des faits, qui travaillent avec des matériaux incomplets ou plus ou moins détruits. «L?histoire, ce n?est pas ce qu?un historien écrit mais la confrontation des interprétations».
«L?histoire, ce n?est pas ce qu?un historien écrit mais la confrontation des interprétations. A Maurice, on est à un stade préliminaire. On est en train de se quereller sur des faits. Il n?y a pas de grandes interprétations.»</I>
Lui qui ne croit pas dans les séminaires et ateliers de travail ? «du blabla où on perd du temps », a occupé sa semaine avec le comité d?une vingtaine d?enseignants qui à terme devraient écrire un manuel d?histoire à l?intention des élèves de Form IV et V. «C?est le social studies qui a tué l?histoire», affirme-t-il.
Mais il en a vu d?autres. A l?université, au début, quand on l?a recruté en même temps que Jocelyn Chan Low, l?histoire n?était offert qu?en première année. On a fait des règlements. «On a essayé de freiner son développement quand on s?est aperçu que les meilleurs élèves de Humanities optaient pour l?histoire». Quand les chargés de cours proposent d?enseigner la révolution française, la révolution russe, cela ne passe pas non plus. «Alors on a utilisé un subterfuge, on a changé le titre, on a gardé le même sujet».
Une anecdote qui lui ressemble. Celle d?un homme pratique. Qui conserve toujours en mémoire des images du temps de ses six-sept ans, quand son oncle, chauffeur de taxi à Port-Louis, véhiculait Seeneevassen et Rozemont. Et qui pour les élections, avait repeint sa Vanguard en rouge. De sa mère qui l?a emmené avec elle pour voter. Et de ce goût pour l?histoire éveillé en lui par Rex Donat, son prof au collège St Andrews.
Comme une boucle. Sada Reddi qui décidément cumule les fonctions est également un des trois historiens ? avec Vijaya Teelock et Benjamin Moutou ? à être sur la task force pour la mise sur pied de la Commission justice et vérité. Quand on lui demande s?il est pour ou contre une compensation financière, il tergiverse. Dit que si la Commission trouve qu?il en faut une, il y en aura une.
S?il y a une chose qu?il affirme, c?est bien que l?histoire de Maurice est encore en friche. Que des pans entiers restent à être explorés. Comme le quotidien des esclaves. Lui, qui s?est beaucoup intéressé à l?immigration indienne au 18e siècle, qui a fait sa thèse de doctorat en 2005 sur Maurice au temps de la grande dépression, est catégorique. «A Maurice, on est à un stade préliminaire. On est en train de se quereller sur des faits. Il n?y a pas de grandes interprétations. Nous n?avons pas réussi à conceptualiser les grands thèmes». L?un de ses grand thèmes à lui, c?est la biographie de Sir Veerasamy Ringadoo, livrée en 2001. Et s?il n?était pas aussi occupé, il écrirait bien une biographie «complète» du bolom Ramgoolam.
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