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«La cancérologie, c?est l?enfant pauvre du gouvernement»
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«La cancérologie, c?est l?enfant pauvre du gouvernement»
● <B>Octobre est le mois de la conscientisation au cancer du sein. Est-ce le cancer le plus répandu ici ? </B>
Le n° 1 ! Au début des années 70, le cancer du col de l?utérus était le cancer le plus répandu à Maurice. Aujourd?hui, les choses ont changé, parce que notre mode de vie a changé. On compte trois cancers du sein pour un cancer du col de l?utérus.
● <B>Combien de cas de cancer du sein diagnostique-t-on chaque année à Maurice ? </B>
Environ 300 nouveaux cas.
● <B>Cela affecte uniquement les femmes ou est-ce que les hommes peuvent également en être victimes ? </B>
Les hommes aussi peuvent avoir un cancer du sein. Mais dans une moindre mesure. On en recense un ou deux chaque année. Le traitement est presque le même que chez les femmes. Je préconise également l?ablation. Et cela, même si chez les hommes les seins sont rudimentaires.
● <B>Quelle est la moyenne d?âge ? </B>
Il n?y a pas d?âge. La plus jeune patiente que j?ai soignée avait 23 ans et la plus âgée 101 ans. Mais on peut quand même dire que les femmes les plus touchées sont celles qui ont entre 35 et 40 ans. A Maurice, il y a deux peaks d?âge. L?un à 39 ans et l?autre après 50 ans. C?est là une spécificité mauricienne.
● <B>A partir de quel âge doit-on s?examiner, se faire examiner ? </B>
Il est important de prendre des précautions à partir de 20 ans.
● <B>Quel genre de précautions ? </B>
L?autopalpation. La femme peut le faire cinq jours après ses règles. Car, pendant les règles, la majorité des femmes ont un engorgement des seins.
● <B>L?autopalpation aide-t-elle vraiment ? </B>
Bien sûr. Le sein est un organe superficiel. Il est important de le palper afin de détecter toute grosseur. Mais si on voit une grosseur, cela ne veut pas forcément dire que c?est un cancer. Il y a beaucoup de grosseurs innocentes. Cela peut être un caillot de lait, un abcès, un fibrome ou même une boule de graisse. Il ne faut pas que la femme panique si elle détecte une grosseur dans son sein. Par contre, si c?est un cancer et qu?il est détecté à un stade précoce, c?est gérable. Même si ce n?est pas forcément guérissable.
● <B>Pas guérissable ? </B>
Quand vous avez le cancer du sein, c?est comme si vous aviez une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Il y a toujours la possibilité d?une rechute. Bien sûr, tout dépend du stade auquel le cancer est détecté. Il est possible qu?une personne se porte bien et que 30 ans après, elle fasse une rechute. Comme elle peut ne jamais en faire. L?évolution du cancer peut être rapide comme cela peut prendre des années. Mais c?est la femme, elle-même, qui est en grande partie responsable. Il arrive qu?elle trouve une grosseur mais la néglige?
● <B>Quid des décès ? </B>
Dans chaque maladie, il y a un pourcentage d?échec. Pour le cancer aussi. Mais si on compare le nombre de personnes qu?on a guéri et le nombre de décès, il y a une grande différence.
● <B> Et la mammographie, elle est conseillée à partir de quel âge ? </B>
Si en Europe, on conseille la mammographie après 50 ans, à Maurice, c?est après 40 ans. 35 ans si c?est courant dans la famille. Mais moi, je conseille plutôt une ponction. Car s?il y a une grosseur, la mammographie ne nous apprendra rien de plus sur cette grosseur. Alors qu?avec une ponction, on pourra examiner les cellules au microscope. Bien souvent, la mammographie est utilisée inutilement. A 20 ans, c?est contre-indiqué. A cet âge-là, on ne verra pas grand-chose. Le sein est encore dense.
● <B>Quels sont les facteurs de risques ? </B>
Etant donné que la grossesse protège le sein, on peut dire que les femmes célibataires sont exposées. L?obésité est aussi un facteur de risque. Cela ne veut pas pour autant dire qu?une personne ayant une surcharge pondérale aura le cancer du sein. Et puis, le cancer du sein est un cancer de famille. Il n?est pas héréditaire, par exemple de mère à fille mais de famille, notamment d?une tante. Cela implique qu?il peut sauter une génération.
● <B> Y a-t-il des signes précurseurs ? </B>
Il peut y avoir rétraction au niveau du mamelon. Si c?est récent (il arrive que l?on naisse avec), cela peut être indicatif. Dans ce cas-là, cela peut vouloir dire que le cancer est à un stade avancé. Il y a aussi un genre d?eczéma qui peut apparaître tout autour des mamelons.
● <B>La prise de la pilule contraceptive accentue-t-elle le risque de cancer du sein ? </B>
Il y a bien longtemps, j?ai fait une étude à ce sujet mais je n?ai pas pu prouver que c?était le cas. Maintenant, il y a des études qui disent que la pilule est associée au cancer du sein. Mais moi, je n?ai pas de preuves concrètes.
● <B>Quid des traitements ? </B>
La mammectomie, dans presque tous les cas. C?est une question entre le médecin, la patiente et son époux. Mais comme en général, la radiothérapie vient après la tumérectomie, l?enlèvement de la tumeur, et qu?elle a tendance à durcir le sein, je conseille l?ablation. Car si on fait uniquement une tumérectomie, comment est-ce que le médecin saura s?il se passe encore quelque chose quand le sein sera dur. Il y a également l?hormone thérapie et la chimiothérapie. La première si la tumeur est sensible à l?hormone ou non. Dans le cas de la chimio, cela dépend de l?âge de la personne et de la gravité de la tumeur.
<I>Pour une femme, l?ablation d?un sein équivaut à une diminution de sa féminité et cela, elle ne le veut pas. C?est tout à fait compréhensible.</I>
● <B> Doit-on se faire traiter à vie ? </B>
Il faut tout le temps faire un suivi. Au pis aller un examen clinique tous les trois mois. Ce suivi médical est très important. Et puis, si la personne ressent n?importe quelle douleur, il faut qu?elle voit son médecin traitant. Celui-ci décide alors s?il faudrait faire des tests plus poussés. Il y a également la possibilité de faire des tests sanguins. Ils peuvent donner une indication si la maladie se propage ou non. Je ne sais pas si c?est fiable à 100 % ou non.
● <B> Comment aider une femme qui doit subir une ablation d?un sein ou les deux à surmonter cela ? </B>
Pour une femme, l?ablation d?un sein équivaut à une diminution de sa féminité et cela, elle ne le veut pas. C?est tout à fait compréhensible. Mais s?il s?agit de choisir entre garder son sein et garder sa vie, la question ne se pose pas. Si on veut vivre, il faut accepter certaines choses. Et puis, si le mari accepte, il n?y a pas de problème.
● <B>Il arrive que le mari ne l?accepte pas ? </B>
Il est vrai que dans certaines familles, il y a des problèmes mais dans la plupart des cas, les maris l?acceptent.
●<B> Ils les soutiennent ? </B>
Oui. Et c?est important. Le soutien de la famille est primordial même. Je pense que le cerveau contrôle toutes les cellules du corps et avec le soutien de la famille, elles sont plus fortes et peuvent contrôler la maladie aussi. Aujourd?hui, il y a aussi des ONG comme Link to Life qui apportent leur soutien aux personnes souffrant d?un cancer. Il faudrait que ces ONG organisent des causeries afin de faire de l?éducation de masse. Car si elle n?est pas au courant, les cancers ne seront pas détectés tôt.
● <B>Les autorités sont-elles conscientes de l?étendu du problème ? </B>
La cancérologie, c?est l?enfant pauvre du gouvernement. En 1968, quand le département de cancérologie a été inauguré à Candos, il y avait 45 lits et quelque 200 cas de cancers chaque année. 40 ans plus tard, il y a toujours 45 lits alors que la population a presque quadruplé et que l?incidence des cancers a augmenté. Le gouvernement aurait pu créer un projet, envoyer des médecins mauriciens se faire former à l?étranger. On ne fait toujours pas de greffe de moelle osseuse à Maurice?
Propos recueillis par <B>Valérie OLLA</B>
Pratique : Les personnes atteintes de cancer et leurs familles peuvent trouver du soutien auprès de Link to Life, à Vacoas. Tel : 6860666, 7452770.
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