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«Il faut dépassionner le débat sur une éventuelle indépendance»
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«Il faut dépassionner le débat sur une éventuelle indépendance»
● Vous étiez parmi ceux qui s?étaient lancés dans la bataille pour que Rodrigues devienne une île autonome. Quel regard jetez-vous six après ?
Je suis heureux de ce changement de statut. C?est une avancée dans le processus démocratique. Les Rodriguais sont plus nombreux aujourd?hui dans la prise de décision. Le fait de savoir qu?il y a une assemblée locale élue et un conseil exécutif qui se réunissent tous les vendredis pour se pencher sur les questions touchant la vie des Rodriguais est une bonne chose.
Mais je suis triste quand je vois que les institutions de l?Assemblée régionale ne sont pas utilisées pour favoriser le débat. Je suis triste devant le fait que l?Assemblée régionale n?arrive pas à faire fonctionner un select comittee sur une question aussi importante que la gestion des terres de l?Etat.
Je suis triste devant le fait que certains ministères à Maurice ne respectent pas les pouvoirs et les prérogatives de l?Assemblée régionale. Hier c?était le ministère de l?Education avec REDCO, aujourd?hui c?est le ministère des Finances avec la question de compensations pour les pêcheurs.
● Vous aviez été ministre de Rodrigues. Etiez-vous en position de faire entendre votre voix dans le cabinet ministériel pour faire avancer certains dossiers prioritaires pour le développement de Rodrigues ?
Oui, j?ai pu faire passer des décisions importantes qui allaient dans le sens de l?autonomie. A l?époque, introduire le duty free dans les magasins à Rodrigues, alors qu?à Maurice ce n?était pas le cas, c?était un exploit. Il y a également la mise en place de la compagnie Airport of Rodrigues et la construction du nouvel aéroport et l?allongement de la piste , le début de la route Port-Mathurin?Plaine-Corail qui était depuis longtemps au programme. Bien sûr, à cause du manque de fonds beaucoup de projets n?ont pu être réalisés à la vitesse que je voulais. Mais dans l?ensemble, je peux dire que le cabinet ministériel était un lieu où je faisais entendre la voix de Rodrigues. Je sentais que j?avais surtout l?écoute et la confiance du Premier ministre .
● La question de l?Indépendance de Rodrigues est revenue encore une fois sur le devant de la scène suite à la prise de position du gouvernement sur l?allocation des pêcheurs. Le Chef commissaire, Johnson Roussety, doit-il avoir recours à la Cour Suprême pour trancher la question ?
Dans un passé pas trop lointain, certains nous ridiculisaient quand nous parlions de l?autonomie au sein de l?OPR. Aujourd?hui l?autonomie est une réalité. D?abord il ne faut pas avoir peur de parler de l?indépendance de Rodrigues. Dans l?absolu, c?est le droit légitime de tout peuple d?aspirer à l?autodétermination.
Mais en même temps, il nous faut être réalistes. Il faut dépassionner le débat et nous poser sérieusement la question: est ce que nous en sommes capables ? Et que nous faut-il pour arriver à cela ? Que gagnons-nous et que perdons-nous en devenant indépendant ? La question doit avant tout devenir l?affaire du peuple. Pour l?instant ce n?est pas encore le cas. Laissons le temps au temps.
● Pensez-vous que les deux grands projets du port et de l?aéroport vont permettre à Rodrigues d?être «économiquement indépendante»?
Tout le monde est d?accord sur un point aujourd?hui. Le développement économique de Rodrigues passe par le tourisme. Pour arriver à cela, il faut une promotion touristique plus agressive et plus ciblée. Et cela demande beaucoup d?argent. Ce n?est pas avec Rs12 millions qu?on va faire une promotion efficace de Rodrigues. Il faut aussi une réduction du billet d?avion et des vols plusieurs fois par jour. Les touristes n?ont pas assez de flexibilité dans leurs déplacements pour se rendre à Rodrigues et le transit à Plaisance doit être plus souple. Il faut aussi rétablir le vol direct Réunion/ Rodrigues. Il ne faut pas oublier que la Réunion est un marché porteur pour nous. Toutes ces choses peuvent être réalisées aujourd?hui s?il y a la volonté politique forte dans ce sens. A quoi cela sert de construire une nouvelle piste si on ne repense pas la promotion et toute la stratégie touristique pour Rodrigues. Il faut donner à Rodrigues le moyen de faire une promotion touristique spécifique et ciblée. Paradoxalement le plus grand concurrent de l?île en matière de promotion touristique c?est Maurice qui souvent nous fait de l?ombre.
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