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«Fahrenheit 9/11» a été choisi pour son humour
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«Fahrenheit 9/11» a été choisi pour son humour
L'humour et la satire sont les éléments qu'a pris en compte le jury du 57e festival de Cannes pour attribuer la palme d'or à Fahrenheit 9/11, le brûlot anti-Bush de Michael Moore, mais la décision a été très serrée entre lui et Old Boy, le long métrage du cinéaste coréen Park Chan-wook qui a obtenu le Grand Prix.
«Ce qui a compté, c'est l'humour de ce film, son aspect satirique. C'est un film qui trouve le ton juste», a expliqué Quentin Tarantino, qui était le président du jury cette année, précisant que «la course a été très serrée» entre le documentaire de Moore et le film de Park Chan-wook.
Pour la première fois, à l?initiative des organisateurs, le jury a été amené à expliquer plus ou moins ses choix et à apporter quelques lumières sur sa manière de travailler.
Mais questionner le bien fondé des décisions pouvait s'avérer périlleux. Un journaliste qui a eu le malheur de s?interroger sur ses choix esthétiques et de faire un rapprochement entre doc mentaire et image de télévision s'est vu rabrouer sévèrement par un Tarantino devenu pour l'heure moins volubile mais toujours aussi bouillant. «Vous avez une conception très étroite de ce que peut être un bon film», lui a-t-il lancé, en évoquant de «jolies images».
Quand le journaliste a voulu dissiper ce malentendu relatif aux «jolies images», Tarantino lui a signifié sans ménagement son intention de clore le sujet purement et simplement, enlevant même l'écouteur qui lui dispensait la traduction d'un geste vraiment très agacé.
Ce faisant, la question de la légitimité de faire se confronter des longs métrages de fiction avec des documentaires et des dessins animés au sein d'une même compétition fut complètement évacuée.
<B>PLUS QU'UN DOCUMENTAIRE</B>
Le jury, comme il était prévisible, a insisté sur le fait que d'avoir distingué Moore n'avait rien d'un geste politique. «Lorsque j'ai été sur scène avec Michael Moore, je lui ai dit: ?Ce n'est pas pour des raisons politiques que tu as reçu la palme d'or mais c'est parce que nous pensons tous que c'est le meilleur film?», a expliqué Tarantino.
«Nous avons ressenti que ce film est plus qu'un documentaire», a renchéri l'actrice Kathleen Turner. «Il tend à inventer une nouvelle forme, un nouveau genre.» «Ce film rend hommage au cinéma. Ce que dit Michael Moore dans ce film ne peut être vu dans les médias américains aujourd'hui», a dit l'actrice écossaise Tilda Swinton.
Jerry Schatzberg, qui remporta la palme d'or en 1973 avec L'épouvantail, a formé le voeu que les Américains ne pensent pas que la palme d'or décernée à Fahrenheit 9/11 constitue en quelque sorte une incitation à le faire distribuer aux Etats-Unis.
Pour sa part, le critique finlandais Peter von Bagh a jugé qu?«on pense souvent à tort que les documentaires apportent moins de nuance que la fiction. Je ne pense pas qu'un film de fiction puisse représenter le monde complexe dans lequel nous vivons aussi bien qu'un documentaire».
C'est peut-être vrai mais ce n'est pas a priori ce qu'on exige non plus d'un film de fiction et si ce doit être un critère de jugement des films à Cannes à l'avenir, en poussant cette logique jusqu'à l'absurde on pourrait envisager une compétition excluant entièrement les longs métrages de fiction.
Le réalisateur de Kill Bill a ensuite évoqué la méthode de travail suivie par le jury. «Tous les quatre ou cinq films, nous nous réunissions et nous parlions jusqu'à ce que nous en oublions notre propre nom», a-t-il dit. «La seule règle que nous nous étions fixée était que le débat intervenait uniquement après que tout le monde eut exprimé son avis sur le film en question», a poursuivi Tarantino.
Et Jerry Schatzberg d'ajouter: «Je crois que le film de Michael Moore a fait l'objet des débats les plus passionnés au sein du jury». Avant de poursuivre: «Je veux qu'on sache aux Etats-Unis que nous n'avons pas choisi ce film pour des raisons politiques mais parce que c'est un bon film. Nous avions peur que ce film ne soit pas à la hauteur avant de le voir mais je peux vous dire que ces craintes n'étaient pas fondées. Ce film s'avère tout à fait impressionnant et inspirant».
Sur les débats qu'ont pu susciter les opinions diverses, les membres du jury ont tous en choeur salué le respect qui avait présidé à leur tenue, sans pour autant que quiconque renonce à ses impressions, Tarantino évoquant par exemple comment certains membres du jury parvenaient à force de «passion» à faire admettre aux autres le bien fondé de leur appréciation sur tel ou tel film.
Mais, a-t-il souligné: «Si nous avions dû accepter des compromis nous aurions échoué en tant que jury». «Il n'y avait pas de clan au sein du jury», a affirmé Peter von Bagh.
<B>par W. EXBRAYAT</B>
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