Publicité

«Bridget Jones : l’âge de raison»

28 janvier 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les Anglais, lorsqu’ils ne sont pas occupés à contempler le monde du haut de leur autosatisfaction, passent la moitié de leur temps à être embarrassés (de tout et de n’importe quoi) et l’autre moitié de leur temps à se sentir coupables (de tout et de n’importe quoi, également). Les Anglaises aussi, évidemment, et les deux sexes en ressentent comme une grande fierté. Dépendant des cas ou des circonstances, ces petits travers peuvent les rendre sympathiques voire même charmants, aux yeux du reste du monde. Et, ces mêmes travers étaient l’un des ressorts principaux du comique dans Le Journal de Bridget Jones, comédie pétillante et originale sortie en 2001 et qui connut un succès mondial tout en nous révélant l’actrice Renée Zellweger.

L’autre attrait de cette comédie signée Sharon MacGuire était ce portrait d’une femme professionnelle trentenaire et célibataire dans lequel se sont reconnues nombre de jeunes femmes vivant dans des pays civilisés. L’héroïne habitait un petit appartement à Londres, travaillait à la télévision, avait des angoisses à propos de son postérieur qu’elle trouvait trop gros, désespérait de trouver l’homme de sa vie et finissait par le trouver à la fin. Le Journal de Bridget Jones empruntait beaucoup à Orgueil et Préjugés (Colin Firth avait d’ailleurs tenu le rôle de Darcy dans une adaptation du roman de Jane Austen pour la télévision).

Bridget Jones : l’Age de Raison (titre original : The Edge of reason) est la suite des mésaventures (surtout) amoureuses de Bridget Jones. Mise en scène par Beeban Kidron, elle emprunte surtout aux magazines féminins; c’est dire la baisse de niveau. Le premier tome étant déjà une histoire complète, il est permis de penser que la seule et unique raison d’être de ce deuxième tome serait de renouer avec le succès financier du premier. Le Journal de Bridget Jones se terminait de manière définitive, avec l’assurance tacite que l’héroïne et son amoureux allaient vivre heureux ensemble. Partant de là, le deuxième épisode suit un chemin au petit bonheur la chance, avec quelques passages à l’humour tout à fait résistible et d’autres qui sont censés émouvoir mais dont la teneur dramatique n’est pas convaincante pour un sou ; tout cela pour aboutir à nulle part.

Bridget Jones se faisant arrêter pour trafic de drogue à l’aéroport de Bangkok, entourée de policiers braquant leurs armes sur elle…Avant d’arriver à cette absurdité, l’histoire démarre avec Bridget Jones qui se trouve toujours trop grosse et d’une manière générale, pas assez séduisante ou pas assez glamour pour Mark Darcy. Elle a des angoisses qui l’amènent à commettre des bévues qui entraînent des petites et grandes tensions dans son couple. Elle est certaine que Mark Darcy entretien une liaison avec Rebecca, sa très séduisante collaboratrice. Et, pour couronner le tout, lorsqu’il lui annonce qu’il a une proposition à lui faire, il se trouve que cette proposition n’est pas ce qu’elle espérait. Le gag était visible de loin pour tous, sauf pour Bridget Jones qui le prend si mal qu’elle décide de plaquer son homme.

<B>Humour de situations</B>

C’est le moment que choisit Daniel Cleaver-Hugh Grant pour refaire surface, aussi visqueux qu’auparavant et il n’a envie que d’une chose : passer encore au moins une nuit avec la demoiselle qui porte des culottes de grand-mère. C’est donc de lui que viendront les complications qui menaceront de séparer à jamais les deux tourtereaux. (Mais que les cœurs sensibles se rassurent : les deux amoureux seront de nouveau réunis à la fin, et Bridget aura en plus l’occasion d’embrasser une autre femme).

Il y a quatre ans, l’actrice Renée Zellweger avait surpris tous les spectateurs anglophones dans la version originale du Journal de Bridget Jones. Cette actrice, qui incarnait si bien l’Anglaise moyenne et qui parlait l’anglais avec un accent si authentiquement londonien, s’avérait en fait être une Américaine et une Texane, qui plus est. L’actrice avait de toute évidence bien travaillé son rôle. Ce qui ne semble pas être le cas pour cette suite, certains critiques anglais et américains notant que cette fois son accent et ses intonations ne tiennent pas la longueur du film.

Cela n’affecte en rien la version française et on prend toujours plaisir à la voir, elle, dans ce rôle, avec sur son visage toute la gamme d’expressions allant de l’embarras total à la peur panique ou la résignation. On peut aussi se réjouir du fait qu’elle a repris du poids. Son personnage toutefois, ne tarde pas à devenir irritant. Dans le premier film, Bridget Jones était crédible, alors que cette fois nous avons droit à une caricature, non pas dans le sens physique (tics, maniérismes, etc.) mais à travers les situations moins que probables dans lesquelles se retrouve l’héroïne.

Du côté des messieurs, il serait peut-être injuste de juger froide la prestation de Colin Firth, comme l’ont fait certains. D’abord, la fonction même de son personnage est d’être solide tout en ayant la politesse d’être le pus discret possible. C’est la raison même de son succès dans le premier film, ainsi que dans l’adaptation du roman de Jane Austen déjà mentionnée : en plus de la solidité, de l’honnêteté foncière et des bonnes manières, “son” M. Darcy à lui, avait quelque chose de plus. C’est justement ce quelque chose qui fait défaut dans le film de Beeban Kidron.

Finalement, on a beau trouver Hugh Grant insupportable, les seuls moments où le film s’anime quelque peu sont ceux où il est à l’écran. Tout visqueux que soit son personnage de Daniel Cleaver, ce triste sire a aussi une part de charme et Hugh Grant s’y donne à fond. On peut regretter que la durée totale de sa prestation ne dépasse les 25 minutes, alors que le film dure quatre fois plus longtemps. Dommage aussi pour les trop brèves apparitions de Jim Broadbent et Gemma Jones jouant le père et la mère de Bridget ; ces deux grands noms du cinéma anglais méritaient mieux.

Bridget Jones : L’Age de Raison est un film jouant sur le burlesque et l’humour de situations plutôt que sur l’humour de personnages comme le premier film. Pour que ce choix soit une réussite, il aurait fallu que les chutes aient été bien agencées. Ce qui ici, est loin d’être le cas ; rien, dans ce film, ne fonctionne correctement. Il est toujours possible qu’on attendait un peu trop de cette suite dont le roman d’origine par Helen Fielding serait, aux dires de certains, assez médiocre. En tout cas, ceux qui ont adoré le premier film risquent fort d’être déçus. Ils feraient mieux d’oublier cette suite et d’attendre un an ou deux, le temps que tout le monde ait une meilleure opinion de ceux qui furent impliqués dans cette affaire.

Gilles NOYAU</B>

Publicité