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« Mon premier combat, l?insécurité dans la prison»
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« Mon premier combat, l?insécurité dans la prison»
Votre plan de combat contre la drogue commence par un dépistage. Comptez-vous rendre ces tests obligatoires ?
Il faut bien identifier les consommateurs de drogue pour pouvoir les soigner. Je ne peux pas les forcer, physiquement, à se soumettre à un examen d?urine. Mais si les détenus refusent de se faire tester, nous présumerons qu?ils sont positifs et nous leur enlèverons leurs privilèges, petit à petit.
Avez-vous déjà ressenti de la résistance ?
Puisque la prison des femmes est la première étape de notre programme de dépistage, je me suis déjà adressé à une majorité des détenues. D?une manière générale, elles l?ont bien accueilli. Ce n?était pas une session de travail obligatoire et celles qui n?étaient pas d?accord, pouvaient se retirer.
L?ont-elles fait ?
Quelques-unes oui. Je dois faire ressortir que s?il était facile de créer une prison sans drogue, cela aurait été fait depuis longtemps. Le but de ce programme n?est pas d?éradiquer complètement la drogue de nos prisons. Cela est quasiment impossible. Mais nous pouvons aider ceux qui veulent s?en sortir. Pour qu?ils puissent être préparés à réintégrer la société.
Avez-vous une idée du nombre de consommateurs de drogue dans la population carcérale ?
Nous ne le savons pas. Certains avancent le chiffre de 80 %, d?autres disent 10 %. Je pense que c?est quelque part entre ces deux chiffres. Si nous arrivons à tester au moins un échantillon de personnes, nous serons fixés.
Vous êtes parfaitement conscient que les prisonniers risquent de manipuler le test?
Effectivement, il y a ce risque. Nous devrons être vigilants et nous assurer que l?urine qui nous est remise provient bien du détenu que nous sommes en train d?examiner. C?est à nous d?anticiper les tentatives de manipulation des détenus.
Pour mener à bien ces projets, il vous faut le soutien de votre personnel. Est-ce que vous lui faites confiance ?
(Hésitations?) Ce n?est pas une question de confiance, mais plutôt de formation, de compétence et d?aptitude. Il n?y a pas de doute qu?il y a un manque de formation, aussi bien que de motivation. Pour avoir le soutien du personnel, il faut pouvoir le gérer adéquatement.
Si cela marche à la prison des femmes, la prochaine étape sera la New Wing ?
Notre plus grande préoccupation, c?est le niveau de risk behaviour. S?il n?y a pas de sécurité, ce n?est même pas la peine de parler de réhabilitation, de stratégie de drogue, etc. Notre priorité pour la New Wing, c?est d?en faire une prison de sécurité.
Quelle est votre réaction face aux violences répétées qui ont secoué cette semaine encore la New Wing?
Je suis très inquiet. Mais il faut savoir que tant que l?on n?aura pas sécurisé la New Wing, les détenus continueront à faire comme bon leur semble.
Est-on plus mal loti à la New Wing qu?ailleurs ?
On manque de facilités. Il n?y a rien, à part un concrete yard où les détenus passent leur temps.
Y a-t-il vraiment un problème en ce qui concerne les plans du nouveau bâtiment ?
Il y a un vrai problème. Le plan laisse beaucoup à désirer et j?estime que nous devons y apporter quelques modifications puisqu?il y a plusieurs moyens de monter sur le toit ! La prison a été construite avec un étage qui donne sur la prison des femmes.
Est-il vrai que les détenus de la New Wing s?adonnent à des séances de strip-tease sur le toit ?
Je ne peux pas confirmer. J?ai bien sûr entendu les rumeurs mais je ne sais pas?
Et le viol d?un détenu par trois autres, qui se serait passé la semaine dernière?
J?ai parlé au commissaire de police aujourd?hui et l?enquête est en cours.
Les gardiens disent avoir peur d?aller travailler. Que faites-vous pour y remédier ?
Je pense qu?il y a eu des incidents qui peuvent justifier cela. Nous revenons à ce que je disais plus haut. Il faut qu?ils se sentent en confiance et motivés.
Est-ce que l?environnement est propice à cela ?
L?environnement propice doit être créé; cela n?arrivera pas tout seul. Les gardiens doivent sentir qu?ils ont le support du management. Et ils doivent sentir qu?ils font partie d?une équipe. Il y a des problèmes quand il y a un manque de personnel et un sentiment d?insécurité. Mais nous sommes en train de recruter et donc c?est un début.
Quelle est votre stratégie en ce qui concerne les prisonniers infectés par le virus du sida ?
À l?heure actuelle, nous testons les détenus dès leur arrivée. S?ils sont positifs, nous les envoyons à la New Wing. Et il y a un suivi avec l?AIDS secrétariat et la Natresa.
Est-ce une bonne idée de séparer ceux infectés par le VIH des autres ?
Le problème, à l?heure actuelle, c?est que nous pensons qu?il y a un grand risque de contamination. Dans ce contexte, on peut justifier le fait de les garder séparément. Cela dit, il y a un gros travail de sensibilisation à faire, que ce soit parmi les prisonniers ou la population tout entière.
Toujours est-il que cette situation est frustrante pour ceux qui sont contaminés. Cela ne risque-t-il pas d?aggraver le problème ?
Je pense qu?il y a effectivement une frustration. Ils pensent qu?ils ont été mis de côté, dans une prison où il n?y a pas de facilités. De jeunes hommes, en particulier, ont besoin d?une forme d?activité récréative. Nous devons trouver un moyen pour qu?ils utilisent leur énergie d?une façon positive plutôt que d?une façon négative.
Tout le monde dit que nos prisons sont surpeuplées. Etes-vous d?accord ?
Oui, bien sûr, mais pas plus surpeuplées que certaines que j?ai connues. Il y a une stratégie pour faire face à ce problème : nous sommes en train de construire de nouvelles prisons, mais cela ne se fera pas du jour au lendemain.
Selon vous, construire plus de prisons est préférable à une révision de la sentencing policy ?
Je pense qu?une révision de la sentencing policy est toujours une bonne idée parce que les circonstances changent. Mais étant donné le court laps de temps où je serais à Maurice, je ne pense pas que ce soit une bonne chose pour moi d?en parler.
Auriez-vous conseillé au gouvernement de trouver d?autres alternatives à l?emprisonnement ? Avons-nous tendance à envoyer les personnes en prison trop facilement ?
Je ne pense pas que Maurice soit excessivement punitive en ce qui concerne la façon dont on traite les coupables de délits.
Que devrait être le rôle d?une prison, d?après votre expérience ? Centre de réinsertion ou de punition ?
D?après moi, la priorité d?une prison devrait toujours être la sécurité. Parce que si la sécurité ne règne pas, ce sont les prisonniers eux-mêmes qui vont en souffrir. Le plus grand problème dans les prisons, c?est que les prisonniers deviennent la proie des autres prisonniers. Aussi, avant de pouvoir parler de réhabilitation, il faut établir un fait : que ce sont les officiers de la prison qui sont en contrôle. De par sa nature, une prison est punitive. Cela ne veut en aucun cas dire que cela devrait être le seul but. L?objectif d?une prison doit toujours cependant être la réhabilitation des prisonniers.
Les clans s?affrontent
Des bagarres de clans agitent la New Wing de Beau-Bassin. Regroupés selon leur quartier d?origine, les prisonniers se sont agressés jeudi à la suite de tensions autour d?un trafic de drogue. Les deux parties en cause seraient un groupe de Rodriguais et un autre d?habitants de Karo Kaliptis.
Le commissaire des prisons a décidé de transférer sept agitateurs à la Bastille. Une enquête a été ouverte pour identifier les fauteurs de troubles.
« Ce qui m?inquiète, c?est que cette fois, ce n?était pas un cas isolé mais bien le fait d?un groupe de personnes », dit-il.
L?insécurité règne dans cette aile. La semaine dernière, c?est l?agression d?un détenu par trois prisonniers sidéens qui troublait l?ordre. L?utilisation de portables est aussi source de bagarre. Ceux qui n?en possèdent pas louent les portables contre leur stock de cigarettes.
Les prisonniers auraient démoli tout le grillage installé autour des bureaux. Et les officiers ne veulent pas s?aventurer dans certaines zones, de peur d?être agressés.
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