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« Men as Partners » : des pères de famille qui agissent?

10 juillet 2004, 20:00

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«Il est difficile de toucher un homme. C?est un travail énorme? », laisse entendre Sangeet Jooseery, Executive Director de la Mautritius Family Planning Association. Mais derrière tout homme se cache une femme. Une femme capable de pousser l?homme à sortir de sa coquille de macho. Au départ, le projet Men as Partners a été mis sur pied il y plus d?un an par la Mauritius Family Planning Association et le Ministère des Droits de la Femme, du Développement de l?Enfant et du Bien-être Familial. Et il y a de plus en plus de membres. Si cette formation est principalement ouverte aux régions défavorisées, elle concerne toutefois toute la population.

Jusqu?à présent, cinq localités ont bénéficié de ce programme ; Pailles, Arjy, Petite-Rivière, Chamouny et Batterie-Cassée. Les séances commencent généralement vers vingt heures. Chacune est un temps fort où hommes et femmes parlent de leurs problèmes de couple. C?est aussi là que l?homme se débarrasse de sa frustration, apprend à connaître son rôle au sein de la famille, et ose tout avouer sans tabou.

Quand monsieur a un problème, il s?efforce trop souvent de le refouler et de ne rien laisser transparaître. C?est ce que pense Sangeet Jooseery de la MFPA. « Nous vivons dans une société patriarcale, qui incite les hommes à garder leurs soucis pour eux et à adopter une attitude de macho ! Malheureusement, c?est cette frustration qui les poussent à la violence verbale ou physique envers leur épouse et leurs enfants ! », explique-t-il.

Voilà ce que le projet Men as Partners tente d?inculquer aux hommes et aux femmes qui assistent aux séances. Tout d?abord vient l?étape de l?éducation et de l?information. « Ceci consiste à montrer aux hommes que leur participation à la vie familiale aidera les femmes à s?épanouir », affirme Sangeet Jooseery. Le but de cette première étape est aussi d?amener les hommes à participer activement aux petites corvées de la vie de famille et ainsi de soutenir leur épouse. Les tâches domestiques, s?occuper des enfants, la cuisine, la couture? Toutes ces choses qui sont généralement destinés aux femmes. Men as Partners brise quelque part les préjugés et renverse les barrières.

Sous l??il d?un spécialiste, les hommes avouent tout?

La deuxième étape, c?est celle du soutien médical. Souvent, la frustration de l?homme provient d?un trouble sexuel, et il ne peut pas toujours en parler avec sa conjointe. Le projet Men as Partners a également pour objectif de faire tomber ces non-dits qui s?installent dans le couple. Dès que la phase une du projet est entamée, les hommes qui participent aux séances sont invités à se faire examiner par un spécialiste. Deux médecins se sont portés garants, le Dr Boodhun et le Dr Daurueeawoo. Le docteur Boodhun nous explique le processus de cette deuxième phase : « D?abord nous établissons un constat général de chaque patient. Mais il faut que le courant passe entre le médecin et le patient pour que ce dernier puisse parler de ses troubles sexuels. Il s?agit en majeur partie d?un erectal disruption, mais c?est surtout grâce à la communication que ce problème peut être résolu ».

Outre ces conversations à c?ur ouvert avec les médecins, les hommes passent un examen d?échographie pour repérer d?éventuels pathologies au niveau des reins ou des organes reproducteurs. Toutefois, le Dr Boodhun avoue que certains hésitent quelque peu à confier leurs problèmes personnels. Ce qu?il prône avant tout, c?est d?instaurer une atmosphère de confiance entre lui et son patient. « La communication est de loin, la meilleure façon d?amener un homme à se libérer ! »

La philosophie du « Entertain to educate »

Sur ce point aussi, Joy Bissesur, Programme Officer de Men as Partners semble tout à fait d?accord. Rien ne pourra remplacer l?ultime phase du projet, c?est-à-dire, le cours de couple counselling, ou la libre communication entre les époux. Men as Partners, ce n?est pas uniquement une affaire d?hommes ! Les femmes sont aussi invitées à participer aux débats, aux cours d?information et de counselling. En effet, une des priorités de ce projet est de permettre aux couples de solidifier leur union. Construire un sens d?appartenance entre mari et femme.

« La solution est simple. Pour attirer les couples, nous organisons des concours et des jeux. Notre philosophie, c?est de divertir pour éduquer ! », lance Joy Bissessur. C?est en proposant ceci au public que la MFPA attire le plus d?intéressés. Il y a des tournois de volley-ball inter-couple, des parties de pétanques, de dominos qui finissent par créer un esprit d?équipe entre les conjoints.

Pendant ces cours de couple counselling, les participants prennent la parole. « Nous avons tous nos petits problèmes à la maison, après tout nous sommes humains ! Ce qu?il faut maintenant c?est ouvrir la porte sur la communication et encourager le libre échange entre les couples. Ce n?est pas toujours facile, mais seule la communication est capable d?apaiser les climats de tension qui pourraient régner au sein de la famille », affirme Sangeet Josseery d?un ton assuré.

Mais ces séances sont également ouvertes aux jeunes. Joy Bissesur confie qu?il a connu de nombreux cas où les parents témoignaient de leur incompréhension vis-à-vis de leur enfant. « Il faut que chaque individu se construise une confiance en lui-même. Le parent doit essayer de comprendre le trouble d?un enfant pour parvenir à l?atteindre. Men as Partners essaie au maximum de faciliter les rapports relationnels entre les membres de la famille et de tenter d?encourager tout un chacun à apprivoiser l?autre ». Ces cours de counselling peuvent également se faire individuellement.

Des témoignages poignants

Ceux qui ont participé à ce programme en sortent grandis. Tout comme Rajesh Heeraloll, 41 ans, ce père de deux enfants : « Sa bann séans causeries là inn permet mwa partaz et ekut lot. Non selman sa inn kass bayer, mais pandan sa prériod formasyon monn réalize ki mo ti perdi mo letan kan mo pa ti pe kontribie comme il le faut dans mo fami. Monn sanze. Aujourd?hui, ma famille est plus soudée ! ». Touchant. Les confidences de Rajesh crèvent l?abcès qui pourrait encore empêcher d?autres hommes et femmes de s?inscrire à ce projet. Ce qu?il souhaite surtout, c?est que le maximum de jeunes aient la possibilité de suivre cette formation.

Il n?est pas le seul à partager ce v?u. Mario Antonio, 48 ans, père de quatre garçons, travaille au Sugar Industry Label Welfare Fund, et il dit vivre « dans une famille heureuse ». Engagé dans le travail social depuis longtemps, c?est tout naturellement qu?il s?est tourné vers Men as Partners. Depuis, sa vie a changé. « J?ai eu beaucoup de chance, mon épouse m?a suivi aux séances. Maintenant, nous sommes beaucoup plus proches, on pourrait même dire que nous sommes de plus en plus amoureux ! », chuchote-t-il ému devant son épouse. Ce qu?il retient surtout, ce sont les périodes de sa vie où sa femme était très malade. « Elle cherchait un soutien, et elle m?a trouvé ! »

Men as Partners lui a inculqué aussi cette valeur : ouvrir son c?ur à ceux qu?il aime. « Je voulais partager mon expérience familiale et comjugale avec d?autres personnes. Mes enfants étaient présents et tout cela nous a appris une chose : que l?amour prime sur tout ! » Mario se pose encore des questions ; pourquoi après le mariage, tout finit par devenir amer pour un couple ? Pour lui, rien ne devrait étouffer l?amour. Men as Partners est une preuve d?amour que tous les coupes devraient apprécier et vivre ensemble. Mario n?a pas honte de le dire, « Je couds, je cuisine, je fais la vaisselle. Et alors ? L?homme et la femme doivent bien s?unir et se compléter ! »

Lors du bilan dressé samedi dernier par tous les membres actifs de « Men as Partners », Sangeet Jooseery et le comité la Mauritius Family Planning Association, de concert avec le ministère de la Femme, de l?Enfant et du Bien-être de la famille comptent tous analyser ce qui pourrait être fait pour renforcer au maximum le projet. Les séances reprendront très bientôt. Leur objectif est de propager Men as Partners à travers toute l?île. Ce que l?on peut retenir, c?est que ces membres restent essentiellement humains, l?un d?eux confie même : « Nous ne pouvons pas dire que les hommes sont plus sincères ou fidèles. Seulement, le changement, c?est qu?ils osent maintenant dialoguer enfin ! ».

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