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« L?unité nationale ne se construit pas sur un événement »

30 août 2003, 20:00

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Vous avez écrit le conte pour la cérémonie d?ouverture, mais aussi une chanson pour les jeux. Qu?est-ce qui vous a inspiré ?

J?ai essayé de faire un texte le moins moralisateur possible pour la chanson. Plutôt que de prêcher la tolérance, j?ai mis un certain nombre de langues que nous utilisons en juxtaposition pour y aller et dire que c?est possible. J?ai proposé un conte avec des personnages mauriciens sur le thème de l?environnement et de l?unité nationale. Je voulais que l?on puisse s?identifier à plusieurs personnages, qu?il n?y ait pas des bons et des méchants. Ce conte n?est pas un conte neutre. Certaines phrases doivent pousser à la réflexion.

La jeunesse a beaucoup participé dans la préparation des jeux. A-t-elle été conquise par l?esprit des jeux ou est-ce seulement l?aspect festif qui l?attire ?

La jeunesse de 2003 n?a pas la même mentalité que la jeunesse de 1985. Il faut savoir quel est le rêve de la jeunesse d?aujourd?hui. Si nous restons sur l?aspect festif uniquement, les lendemains risquent de nous apporter plus de gueules de bois qu?autre chose. Il faut encadrer cette jeunesse et lui permettre de s?inventer ses jeux. Il faut que les jeunes découvrent qu?un élan national est possible.

Mais à la base, qu?est-ce qui les attire vers ces jeux ?

Je n?ai pas de réponse immédiate. Mais une réponse se profile. Pour la première fois depuis longtemps, on fait appel à la jeunesse pour autre chose que les études. Notre nation est atteinte d?examinationite. C?est la seule chose pour laquelle on sollicite les jeunes.

Nous avons des moyens que nous n?avions pas il y a 20 ans dans le sport, mais plus le même engouement. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Le jeune d?aujourd?hui veut s?offrir les meilleures marques, il veut des sponsors. Si on ne lui donne pas les moyens, il ne pratique pas. Ce n?est plus du sport passion. Le boom économique a tué un peu la faim et l?appétit des jeunes pour le sport ou pour la musique par exemple. C?est un paradoxe qu?il faut gérer. Il faut leur redonner, en leur laissant l?initiative, les moyens de participer à leur avenir. On est arrivé à un stade où ils attendent tout des adultes.

L?esprit des jeux et par extension l?esprit du sport signifient quoi maintenant pour la jeunesse mauricienne ?

Il signifiera ce que nous adultes allons dire de lui. J?aime beaucoup l?esprit positif de certains qui disent que nous avons déjà réussi les jeux malgré la grisaille ambiante. Ce premier pas est accompli. Mais il faut aussi voir comment les fédérations sportives vont réagir à l?après-jeux. Vont-elles donner aux jeunes un encadrement sain où les dirigeants se montreront responsables ? J?espère que les parents réaliseront qu?une classe doit être faite pour le soin du corps et l?épanouissement sportif et le goût des loisirs. J?espère que les collèges et les institutions éducatives vont faire la place qu?ils méritent au sport mais aussi à la culture et aux autres activités humaines. Que les examens deviennent un moyen et non un but en soi.

Qu?est-ce qui doit changer dans notre rapport au sport à Maurice ?

La question est : qu?est-ce que Maurice veut obtenir du sport ? Le sport est un excellent moyen de fédérer les gens et d?apprendre l?effort mais aussi le sentiment d?appartenance. Il y a des valeurs qu?il faut déterminer. On ne peut pas faire du sport sans, jour après jour, promouvoir ces valeurs. La régularité et la discipline sont des valeurs que les fédérations doivent soigner.

Il y a une ferveur nationale autour des jeux. Certains la qualifient d?élan d?unité nationale. Ont-ils raison ?

C?est un peu prématuré mais ça peut être un bon départ. L?unité nationale ne se construit pas uniquement sur un événement. Nous avons eu de très grands moments d?euphorie à la suite de certaines élections par exemple qui n?ont rien donné ensuite. Qu?on définisse une unité à la mauricienne. C?est une tâche à laquelle nous devons nous atteler. L?unité nationale est une chose qui doit avoir une contrepartie, qui est une ouverture sur le monde. Que vaut notre unité nationale si nous nous montrons très chauvins face à nos visiteurs ? Il nous faut accepter les valeurs des autres.

Ne ressemblons-nous pas à une famille qui a des problèmes mais qui fait semblant que tout va bien quand elle reçoit des invités ?

ça pourrait être comme ça. Mais nous ne mentons pas. Nous avons des problèmes à Maurice et nous choisissons de les mettre au frigo pendant quelque temps. ça ne me dérange pas de dire qu?il y a du racisme chez nous. Mais il faut momentanément souligner ce qu?il y a d?unificateur. Il est possible de masquer les choses, mais c?est très dangereux de le faire car ça risque de nous éclater à la figure. Nous aimons tous Maurice, même si c?est de façon différente.

Est-ce qu?il nous manque des temps forts comme les JIOI pour resserrer nos liens ?

Les temps forts valent ce que les traversées du désert valent à leur tour. Les sports intercollèges marcheront quand les collèges les prépareront pendant l?intersaison. Il faut que les activités sportives dans les collèges marchent. L?appartenance au collège marche. On peut appliquer le même principe pour tout le pays. Cela culminerait à ces temps forts qui sont nécessaires. Mais s?ils ne reposent pas sur une vie quotidienne stable et un peu orientée, ils ne vont rien donner.

Il y a une grande nostalgie autour des jeux de 1985. Pourquoi ?

Nous sommes des éternels nostalgiques. Nous nous enfermons dans notre passé et les blessures de notre passé. Il nous faut l?assumer. Cela se voit dans notre littérature, dans les Jeux des îles ou dans notre éducation. Cela indique une peur d?appréhender le présent pour ce qu?il peut nous offrir. Nous aurions voulu calquer ces jeux sur ce qui s?est passé en 1985 mais ce n?est plus pareil. Ces jeux vont être différents et il faut les voir autrement.

Quels sont les enjeux des Jioi pour Maurice selon vous ?

On a une énorme responsabilité envers notre jeunesse qu?il ne faut pas décevoir une nouvelle fois. Si on mobilise la jeunesse autour d?un événement pareil en utilisant des slogans aussi importants qu?Ene sel lepep ene sel nation, il ne faut pas qu?on les déçoive après. Il ne faut pas que les adultes, les politiques ou les médias soient en décalage avec ce que nous avons promis. Il faut poursuivre le travail de réflexion et d?organisation sur le plan culturel et sportif.

Nous ne sommes plus une nation qui réfléchit énormément. J?aimerais voir une jeunesse qui s?interroge davantage. Il faut pousser la jeunesse à se demander what is at stake. Ont-ils changé quelque chose dans leur façon de voir à la suite de l?événement ? Vont-ils changer quelque chose dans leur façon de voir face au nouveau Premier ministre ? Est-ce que les fédérations vont se mettre à réfléchir sur leur politique après les jeux ? C?est une remise en question de tous.

Craignez-vous une récupération politique des jeux ?

Une analyse et un langage digne ne trompent jamais, que cela vienne du gouvernement ou de l?opposition. Le public comprendra si c?est une récupération. Ceux qui les organisent et qui les réussissent auront bien sûr un avantage énorme.

Quels sont vos pronostics pour la sélection mauricienne aux jeux ?

Je ne peux pas dire en quelle position nous terminerons. Je ne suis pas d?accord avec Michael Glover (quand il dit que Maurice ne gagnera pas la première place, N.D.L.R.). On ne peut pas, dans un enjeu où le foot représente une médaille, la natation une vingtaine, faire de la comptabilité, ce n?est pas rationnel. Dans certains sports individuels, nous réussirons plus que dans les sports collectifs. En athlétisme, cela va être intéressant sans doute.

Propos recueillis par Rabin BHUJUN

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