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« Le plus grand danger pour la mer est l’ignorance »
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« Le plus grand danger pour la mer est l’ignorance »
Quel est le but de cette grande conférence ?
Il fallait réunir, fédérer les efforts des scientifiques, et créer une plate-forme d’échanges pour une meilleure gestion des travaux en sciences de la mer. Elle nous offre une approche plus concrète, et permet d’avoir un regard plus critique de nos travaux.
C’est une grande initiative, mais il y a combien de chercheurs spécialisés dans les sciences de la mer à Maurice ?
Pas assez à mon avis. Toutefois le MOI a invité des étudiants à la conférence. Ils étaient nombreux à répondre à l’invitation et même s’ils n’ont pas posé beaucoup de questions, on trouve qu’ils sont très intéressés.
Vous-même êtes très jeune, qu’est-ce qui vous a poussé à embrasser une carrière dans ce domaine ?
Mon engouement pour la mer a commencé lorsque j’avais cinq ou six ans. À l’époque je partais plonger avec mon père.
Au début, la mer me faisait peur, mais ensuite j’ai fait la découverte d’un monde nouveau, et tellement plus beau. Puis j’ai appris tout ce qu’il y avait à savoir, et mon engouement s’est développé au fil des années. Je me suis alors décidé d’en faire ma carrière. Allier travail et passion apporte un plus.
Après, ce n’est qu’une suite logique, bac scientifique, Deug de sciences et vie, licence en biologie des organismes, et enfin maîtrise de biologie des populations et des écosystèmes en milieu marin.
En revenant, j’avais déjà les connaissances suffisantes pour commencer à travailler. J’ai alors fait un stage aux Seychelles, pour un recensement des holothuries.
Deux milles bornes sur un bateau, quatre semaines de plongée et de prises vidéo pour évaluer le stock de ces animaux dont les Seychelles font commerce. J’ai aussi travaillé à une étude de niveau international. Cela a été une très grande expérience pour moi.
Et en quoi consiste le travail d’un chercheur en sciences de la mer ?
Beaucoup d’études dans des domaines tels que la chimie, la géologie, la biologie, la cartographie. C’est tout un ensemble de petits détails qui vont, à la fin, permettre de mieux comprendre les choses. Toute la démarche repose sur cela, des études très précises pour obtenir une vision globale de tout l’écosystème marin. On peut alors comprendre et faire ce qu’il faut, et adapter les techniques de gestion.
Que pouvez-vous nous dire sur la situation de l’écosystème marin à Maurice ?
Environnement et économie sont généralement peu conciliables. Ainsi, lorsque Maurice a connu un développement économique formidable ces 20 dernières années, l’environnement n’a pas suivi, il y a eu des conséquences néfastes sur les écosystèmes du littoral.
La mer, malgré un secteur tertiaire en expansion, reste l’une des richesses principales de Maurice.
Aujourd’hui le gouvernement ouvre enfin les yeux, via les ministères de la Pêche, de l’Environnement et du Tourisme. Ils sont très actifs et développent de nombreux projets.
Pourquoi la mer n’intéresse-t-elle pas le Mauricien moyen ?
En fait, la population ne sait pas grand-chose et ne connaît pas l’importance de nos lagons.
Tout d’abord, les ressources marines ne sont pas inépuisables, et l’on en a déjà beaucoup abusé. La surexploitation est également l’un des grands dangers. Vous verrez que sur le marché local, on trouve davantage de langoustes importées de Madagascar, car il n’y en a plus beaucoup dans nos eaux.
Puis il y a la pollution, au sens large du terme. Les gens ne se rendent pas compte qu’un simple sac en plastique jeté dans une rivière peut se retrouver en mer, ou que le fait de marcher sur un récif peut détruire des dizaines d’années de développement corallien.
Il va falloir changer les mentalités et appliquer des règles de base, concernant l’exploitation de la mer, avant que toute vie n’y disparaisse. Il faut faire découvrir aux Mauriciens la beauté du monde sous-marin, fragile et en danger. J’ajoute aussi que le plus gros danger pour la mer est l’ignorance.
Est-ce là qu’interviennent les institutions ?
Le travail des scientifiques est conséquent, mais il n’est encore réservé qu’à une élite.
Les différentes institutions, le MOI ou le Centre de recherches d’Albion, travaillent énormément, mais la population ne le voit pas parce que ces recherches ne sont pas accessibles à l’homme de la rue.
Et c’est à ce niveau que les organisations non-gouvernementales doivent prendre le relais et passer le message à la population, principalement aux jeunes. Il y a tout un travail de sensibilisation à mettre en place. Mais il faut dire que ça commence à changer. Il était grand temps !
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