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« La prison ne changera rien »

23 janvier 2005, 00:00

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Pourquoi constate-t-on davantage de vols avec violence ces jours-ci ?

Il y a des situations où les forces de l?ordre se font de moins en moins sentir puisque la criminalité s?est répandue, s?est éparpillée. Cela arrive surtout lors des transitions sociétales, qui provoquent de brusques changements dans les styles de vie. Certains groupes n?arrivent pas à suivre le nouveau rythme et se sentent abandonnés, exclus du train. Pour subvenir, ils font alors usage de la force. Un autre facteur lié à ce développement : la société d?aujourd?hui tend à devenir de plus en plus anonyme et impersonnelle. Les liens qui unissent les habitants ne sont plus aussi forts qu?avant. Avant les habitants d?un quartier ou d?un village étaient tous liés, ils se connaissaient tous. Aujourd?hui, on attaque son voisin?

Dans quelle mesure le chômage influe-t-il sur le taux de criminalité ?

Il ne faut pas faire d?amalgame. Tous ceux qui sont endettés ou en chômage ne deviennent pas des criminels. À Maurice, nombre de vols sont surtout liés à la toxicomanie. On vole pour se procurer sa dose. Toutefois, le problème du chômage augmente le risque de recourir au vol ou à un acte criminel pour avoir de l?argent facile, dans le court terme. Ce qui ne veut pas dire que tous les chômeurs deviennent des criminels, car le facteur déterminant demeure l?environnement social qui favorise ou pas les actes criminels. Si autour de soi, voler est une norme acceptée, alors l?environnement social est plus déterminant que le coût de la vie ou le chômage.

Comment combattre donc, sur le plan social, la criminalité ?

La seule voie est de créer des opportunités de travail tout en réduisant les inégalités entre les différentes couches de la société. Ceux qui font partie de la classe possédante doivent comprendre qu?il leur faut investir afin de développer les infrastructures, et ainsi créer des emplois. Investir davantage équivaudrait dans un certain sens à assurer leur propre sécurité. On ne s?en rend pas compte : mais l?appétit de certains groupes est aiguisé par les publicités de luxe et crée des frustrations, eu égard à des besoins qui ne pourront jamais être satisfaits. Ces frustrations, associées à l?oisiveté, entraînent des actes criminels. Cette montée de la violence est révélatrice des dysfonctionnements de notre société. Ce qui est sûr, c?est qu?on ne va résoudre le problème en envoyant quelques-uns derrière les barreaux. La prison ne changera rien.

Propos recueillis par Nad SIVARAMEN

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