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« La police doit apprendre à communiquer »
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« La police doit apprendre à communiquer »
Avant de commencer, comment dois-je vous appeler : mon colonel ?
Oh, pas trop de formalisme : appelez-moi par mon nom, ce sera très bien.
Jean-Pierre Vanoye, vous êtes le « Monsieur Sécurité Intérieure » de la coopération France-Maurice. Derrière ce titre « James-bondien », de quoi est fait votre quotidien ?
Je représente le ministère de l?Intérieur et la direction de la police française. Nous possédons un réseau d?une centaine d?ASI [attaché de sécurité intérieure, NdlR] affectés dans 140 pays. Moi, j?ai en charge la coopération franco-mauricienne et franco-malgache dans le domaine de la sécurité intérieure.
Quelle est votre mission à Maurice ?
Il y en a trois principalement. La première, c?est d?être le conseiller en sécurité intérieure de l?ambassadeur de France. Ensuite, de développer des coopérations opérationnelles avec la police mauricienne.
Et enfin, de développer des coopérations techniques pour améliorer le savoir-faire et les échanges d?informations entre nos deux pays.
Côté opérationnel, quel est votre champ d?action ?
Ce qui intéresse mon ministère de l?Intérieur, ce sont les grands trafics internationaux, la lutte contre le terrorisme, l?immigration clandestine, la drogue ou le blanchiment d?argent. Sur toutes ces thématiques, je suis un point de relais.
Et vous relayez quoi au juste ? Prenons l?exemple du blanchiment d?argent à Maurice?
Dans deux semaines, la police française anime justement une session de formation sur le blanchiment offshore.
Et alors ?
Si on fait ça, c?est qu?il y a une demande des autorités mauriciennes, et donc un besoin. Le reste ne vous regarde pas?
Régulièrement, on évoque des traces de réseaux terroristes à Maurice. Info ou intox ?
Concernant le terrorisme, les faits sont têtus : aucun pays n?est à l?abri.
Quand on dit ça, on n?a rien dit?
Il n?y a pas de menace clairement identifiée pour Maurice. Mais l?île peut constituer, à l?évidence, une cible pour des attentats. Donc, il est indispensable d?être vigilant et la France participe à cette vigilance.
Comment ?
Je ne vous répondrai pas.
Vous avez réalisé un audit de la police mauricienne, n?est-ce pas ?
Oui, avec un commissaire de police français et à la demande des autorités mauriciennes.
Sur quoi portait précisément cette étude ?
Sur le maintien de l?ordre et la police scientifique.
Et où sont nos lacunes ?
Les autorités mauriciennes veulent obtenir des preuves policières plus scientifiques. Aujourd?hui, la preuve, en matière d?enquête judiciaire, est essentiellement testimoniale, c?est-à-dire obtenue par la dénonciation, le témoignage ou l?aveu. L?objectif de la police mauricienne, c?est de pouvoir venir en cour avec des dossiers qui ont plus de poids en matière scientifique.
« La police auricienne a beaucoup de chance d?avoir autant d?effectifs disponibles. »
La police scientifique, c?est là où le bât blesse ?
C?était, effectivement, la demande principale formulée par les autorités mauriciennes.
À juste titre ?
Disons que l?expertise et les compétences peuvent être améliorées dans ce domaine.
Quel autre point a attiré votre attention ?
Les effectifs de police qui sont très importants. La police mauricienne a beaucoup de chance d?avoir autant de monde disponible?
Elle fait pourtant l?objet de vives critiques et?
Je vous coupe tout de suite, c?est le lot quotidien du policier d?être critiqué.
Mais comment analysez-vous cette crise ?
Je ne vis pas ici, je n?ai pas assez d?éléments d?appréciation pour me prononcer. D?une manière générale, les difficultés que rencontrent souvent les services de police et de justice sont liées à des problèmes de communication externe. Il y a peut-être un problème à ce niveau-là à Maurice. Si on reste dans un système fermé ? ce qui a longtemps été le cas aussi de la police française ? on se coupe de la population, et on est mis régulièrement en cause sur nos méthodes. La police, comme d?autres services de l?État, doit apprendre à communiquer.
C?est une suggestion que vous avez formulée officiellement ?
On a fait état de la nécessité de s?ouvrir, d?être moins opaque. La police mauricienne a conscience qu?elle doit progresser en matière de communication et de transparence.
Quelle forme de criminalité est, à vos yeux, la plus alarmante à Maurice ?
Les stupéfiants. Non seulement la consommation est inquiétante, mais cette criminalité a un impact sur la sécurité quotidienne des Mauriciens. Elle génère naturellement de la délinquance puisque les consommateurs ont besoin d?argent pour acheter leur drogue.
Comment autant de produits entrent-ils dans un si petit pays ?
Dès que vous mettez fin à une filière d?importation, elle se recrée par une autre voie. C?est un combat permanent, et les enjeux financiers sont tels qu?il est difficile d?endiguer ce phénomène. Je travaille avec les services des stupéfiants mauriciens, et je peux vous dire qu?ils font du bon boulot.
Manifestement, ça ne suffit pas. Comment être plus efficace ?
Il y a deux actions en matière de stupéfiants. L?ac-tion majeure, à mon sens, c?est la prévention, en se dotant d?une politique nationale. Ensuite, en matière de police, les échanges d?informations sont déter-minants. D?où le développement d?une plate-forme entre nos deux pays. Cette cellule, je fais une paren-thèse, a été activée la semaine dernière pour interpeller trois Mauriciens à La Réunion.
Pour en revenir aux stupéfiants, je suis convaincu qu?il faut travailler auprès des jeunes qui ne sont pas encore des consommateurs. Les actions de prévention ? c?est un avis très personnel ? sont peut-être plus importantes que les actions de répression.
D?où provient la drogue qui entre à Maurice ?
L?héroïne vient essentiellement d?Afrique de l?Est. Pour ce qui est du canna-bis, Madagascar constitue un des gros réseaux d?approvisionnement.
Avez-vous rencontré le commissaire de police dans la semaine ?
Oui, comme à chacune de mes visites. J?ai eu un entretien avec le commissaire par intérim.
Et cet entretien est?
Confidentiel. Sachez simplement que la France continuera à répondre aux demandes de la police mauricienne en matière d?expertise.
BIO EXPRESS
● Né le 8 décembre 1951 à Toulouse (France).
● Marié, trois enfants.
Vit à Tananarive (Madagascar).
● Colonel de gendarmerie.
● Ancien des b?uf-carottes, le fameux service de « police des polices ».
● Signe particulier : servir dans les îles n?est pas anodin pour ce passionné de voile, « tout ça fleure bon le bord de mer ».
SES 5 DATES
■ 1971. Rencontre son épouse, une fille? de colonel de gendarmerie.
■ 1974. Fait ses débuts dans la gendarmerie.
■ 1992. Affecté à l?état-major de la gendarmerie de Papeete (Tahiti).
■ 2005. Nommé attaché de sécurité intérieure à Madagascar.
■ 2006. Première visite à Maurice.
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