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« Je suis serein et j?attends d?être interrogé par la police »
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« Je suis serein et j?attends d?être interrogé par la police »
Par Erick BRELU-BRELU
Vous êtes probablement le ministre le plus médiatisé, communiquant à tout va sur votre future action. En tant qu?avocat, vous avez côtoyé des pauvres qui rencontraient de nombreux problèmes pour obtenir justice. Vous avez proposé une série de réformes. Le judiciaire a-t-il tant besoin de réformes ?
J?ai été nommé ministre avec une mission précise : mettre en pratique les réformes proposées à la page 19 du programme électoral de l?Alliance sociale. C?est-à-dire la justice pour tous ? avec en filigrane la notion de Nation solidaire. Une solidarité à tous les niveaux : entre Mauriciens pour pouvoir progresser ; dans la lutte pour un État de droit ; pour le respect des uns et des autres ; envers les plus faibles, ce qui à la base même de la notion de l?État de droit ; solidarité pour développer la République de Maurice.
Je crois en la justice pour tous, bien que ce soit un peu comme le mythe de Sisyphe : toujours à refaire, toujours un combat. Je serai heureux si je peux apporter ma pierre pour faire avancer ce combat.
Concrètement et à court terme, qu?est-ce que cela veut dire ?
Cela veut dire l?actualisation et l?application du rapport commandé par le premier gouvernement de Navin Ramgoo-lam à lord Mackay, ancien Lord Chancellor britannique. Cet éminent juriste propose, entre autres, la création d?une cour d?appel séparée de la Cour suprême, la séparation complète des bureaux de l?Attorney General, du Solicitor General et du Directeur des poursuites publiques (DPP). Ce point est important, car ces trois instances doivent être totalement indépendantes. Il faut donner au Solicitor General une security of tenure protégée par la Constitution. Lord Mackay propose un système judiciaire totalement indépendant de l?exécutif et du législatif. Tout cela est un vaste chantier.
Il faut donner au judiciaire son propre budget et plus d?indépendance : tel sera un des axes de mon action.
Ce gouvernement verra l?actualisation et l?application du rapport Mackay, avec des échéances et le financement nécessaires. Nous visons également à faire de Maurice un centre international d?arbitrage et le judiciaire sera ainsi vecteur de développement.
Et puis, il y a quelques réformes que je veux apporter : revoir l?accès et la disponibilité de l?aide judiciaire, introduire le juge d?instruction à la française, résoudre le problème de backlog cases, de la libéralisation de la profession d?huissier, de l?âge des juges et des magistrats, de la Judicial & Legal Service Commission?
Vous avez beaucoup parlé de justice à deux ou à multiples vitesses. Que voulez-vous dire ?
Je dis que les juges et ceux qui décident des affaires ne sont pas class biased, c?est-à-dire qu?ils ne rendent pas justice différemment si l?on est riche ou pauvre. Mais, ce que je veux faire comprendre, c?est que ceux qui ont les moyens, retiennent les meilleurs avocats, font appel aux meilleurs juristes qui élaborent, dès le départ, une stratégie de défense et qui connaissent tous leurs droits. Le simple policier qui vient arrêter un de leurs suspects va le faire avec des pincettes. C?est cela la base du problème. C?est pourquoi le gouvernement veut un juge d?instruction : pour que tous soient traités en égal, pour que l?enfant de Stanley reçoive le même traitement que le PDG d?une grosse boîte?
Vous avez ou allez rencontrer le DPP et le n° 1 de l?Icac. N?est-ce pas outrepasser vos prérogatives et intervenir dans les institutions ?
Nullement. Je rencontre le DPP pour que l?on voie ensemble comment l?aider, quels moyens lui donner pour qu?il puisse mieux assurer sa mission. Avec Navin Beekarry, de l?Icac, la rencontre n?a pas eu lieu, car il est souffrant. Je précise que cette rencontre allait être faite à sa demande.
Le démantèlement de l?Icac est-il à l?ordre du jour ?
Ce gouvernement s?est donné comme mission de lutter contre la fraude et la corruption de manière plus efficace. Nous allons changer et réformer là où c?est nécessaire. J?attends les débats en Conseil des ministres pour que nous venions avec quelque chose de concret.
Par ailleurs, le Premier ministre a bien fait comprendre à ses élus de ne pas compter sur lui pour empêcher que des enquêtes soient menées à bien. Mon devoir est de veiller à ce qu?il n?y ait pas d?ingérence, d?interférence dans les enquêtes.
Les squatters vous accusent, avec d?autres, de les avoir poussés à occuper des logements de la NHDC. Trois d?entre eux ont même consigné une déposition contre vous? Allez-vous démissionner ?
Je suis un homme public et il aura toujours des allégations. Je constate que les accusations contre moi tombent sous le délit de false and malicious denounciation in writing. J?ai demandé à mon avocat de suivre cette affaire. Je suis serein et j?attends d?être interrogé par la police. L?indépendance de la police sera illustrée quand je serai interrogé. Ce sera le signe que nous sommes dans un État de droit. En tant qu?Attorney General, j?accueille toute initiative de la police pour interroger un citoyen, qu?il soit ministre ou non. Ce sera la preuve que nous n?avons plus de justice à deux vitesses.
« Un juge d?instruction pour que l?enfant de Stanley reçoive le même traitement que le PDG d?une grosse boîte. »
Le vicaire général, Jean-Maurice Labour, a déclaré avoir été témoin de tentative d?intimidation contre ceux qui ont consigné une déposition contre vous. Pourquoi, si vous êtes innocent ?
Je comprends, mais condamne fermement ces actes. Je demande à mes supporters de ne pas agir ainsi. Ils veulent me défendre, car ils m?ont suivi durant la campagne et savent que je n?ai jamais demandé aux gens d?aller squatter les appartements de la NHDC. Ils sont révoltés contre cette calomnie utilisée par mes adversaires durant la dernière semaine de campagne ? calomnie qui m?a coûté mon élection.
Paul Bérenger a eu des propos élogieux à votre égard, après les élections?
Paul Bérenger et moi sommes toujours, au niveau politique, à couteaux tirés. Mais il sait que je suis un de ses très rares adversaires à ne l?avoir jamais attaqué en dessous de la ceinture. Je l?ai toujours attaqué sur sa politique, sur ce qu?il a dit et ce qu?il a fait ou pas fait. Venant d?un leader historique ayant marqué la Nation mauricienne, j?avoue que j?ai apprécié les mots de Bérenger. Nous sommes adversaires, mais pas ennemis. Il reconnaît que même si j?ai fait des erreurs, je suis sincère et que j?agis par conviction.
Comment se situe, politiquement, Rama Valayden : un mélange de Paul Bérenger et de Gaëtan Duval ?
On me dit souvent, dans le n° 19, que j?ai mal choisi mon camp, que j?aurais dû être avec Bérenger. Il faut savoir que je suis un produit de mon temps, de la génération de mai 1975. Mon idole était Bérenger. Mais, comme beaucoup de jeunes de mon âge, j?ai été déçu par les trahisons de Bérenger. J?ai connu Duval alors que j?étudiais le droit en Grande-Bretagne. Ce sont les deux personnes qui ont influencé mon engagement politique. C?est à l?histoire maintenant de juger ces deux personnages clefs de l?histoire mauricienne.
Les municipales, c?est pour bientôt. Allez-vous être de ce combat ?
Je vais suivre très attentivement ces élections, surtout que l?Alliance sociale sait qu?il y a des municipalités à prendre. Mais, en tant qu?Attorney General, je ne vais pas descendre dans l?arène. Je souhaite expliquer l?action gouvernementale et que l?on ait une campagne municipale basée sur des thèmes précis.
On vous dit très sensible à la question de l?éducation, aux écoles ZEP?
Ma circonscription compte un nombre important d?écoles ZEP. Je veux que les écoles primaires et les établissements préscolaires soient équipés du minimum pour que les enfants sachent lire, écrire, compter et faire preuve d?esprit critique. C?est pourquoi j?ai défendu le principe de transport et matériel scolaire gratuits. L?école doit devenir un lieu où l?on peut permettre aux jeunes de se développer.
Je ne suis pas de ceux qui croient qu?en cinq ans on pourra changer toute l?île Maurice. Je suis de cette génération qui sait que notre contribution viendra s?ajouter à ce qui existe déjà. Si nous arrivons à faire cela, je serai déjà un homme heureux.
Le meurtre de Marie Anita a relancé la demande de la réintroduction de la peine capitale. Qu?en pensez-vous ?
Je condamne tout crime et estime que les auteurs de tels actes doivent être punis. Mais je suis un abolitionniste enragé. Je pense qu?avec Navin Ramgoolam, Xavier-Luc Duval et Madan Dulloo, nous devons faire en sorte que la peine capitale disparaisse à jamais de notre Constitution. Mais c?est une question de timing. Nous sommes pour le principe de l?abolition, il faudra voir quand présenter la motion à l?Assemblé nationale. Maurice rejoindra alors le concert des Nations civilisées à avoir aboli la peine capitale. Nous verrons alors quand nous signerons le Deuxième protocole facultatif pour le pacte international relatif aux droits civils et politiques.
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